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Nanette Ziadé-Ritter

Nanette Ziadé-Ritter

Pourquoi la pensée de Habermas reste d’une brûlante actualité
Par
Nanette Ziadé-Ritter
Publié
août 24, 2026 - 15:04

En des temps où la réflexion publique semble parfois s’essouffler, la pensée du philosophe allemand Jürgen Habermas apparaît comme une boussole singulière et demeure, aujourd’hui encore, d’une brûlante actualité du fait qu’elle engage une réflexion sur la modernité laïque, la place de la religion, l’État-nation et le nationalisme dans un contexte européen, ainsi que sur la pensée critique d’une manière générale, sous l’angle de «l’éthique de la discussion» et du «dialogue libre de toute domination». Sa pensée s’oppose dans ce cadre à l’idée que le bien et le mal pourraient être définis par une autorité absolue, une tradition figée ou une vérité métaphysique incontestable. À l’inverse, Habermas défend l’idée qu’ils doivent être discutés rationnellement entre individus libres et égaux, dans un espace de dialogue ouvert.

Étudier en mode dégradé: quand l’instabilité fait système
Par
Nanette Ziadé-Ritter
Publié
mai 12, 2026 - 11:15

Il y a la guerre, et la terreur qu’elle impose. Et puis il y a l’entre-deux. Cet état de ni guerre ni paix, moins spectaculaire mais plus insidieux, qui installe une tension continue et empêche toute projection. C’est là que l’usure s’installe: la motivation s’érode, les ressources s’épuisent, le sens vacille. Et l’apprentissage n’y échappe pas. Formats hybrides subis, continuité pédagogique instable, engagement fluctuant: dans un Liban traversé par les turbulences, l’université semble tenir – mais au prix d’un affaiblissement silencieux. Ce qui relevait de l’exception – passer d’un format à un autre – s’est peu à peu imposé comme norme. C’est là le premier basculement: lorsque l’imprévisible devient structurel, il ne désorganise plus seulement les études, il en redéfinit les règles. La continuité pédagogique, dès lors se fragmente. Les cours oscillent entre présentiel et distanciel, parfois suspendus, le plus souvent dictés par les circonstances plus que par un choix académique. Or apprendre suppose une stabilité minimale, une progression inscrite dans la durée. Lorsque celle-ci se disloque, le savoir ne s’interrompt pas – il se dissout. L’université ne transmet plus seulement des connaissances, elle administre de l’instabilité.

L’accordéon qui trompe la violence
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Nanette Ziadé-Ritter
Publié
avr. 7, 2026 - 17:20

C’est en arpentant les rues de mon quartier que je tombe sur un spectacle des plus insolites: un accordéoniste qui joue pour personne et pour tout le monde. Pour offrir une parenthèse de bonheur dans un pays apparemment épris de violence. Il ne cherche ni deniers, ni attention. Il joue pour partager la magie de la musique avec ceux qui savent encore la ressentir. Thomas Kassis. C’est son nom. Celui que les parents qui l’ont adopté lui ont donné après qu’il a été balloté d’un foyer à l’autre, ceux qui ont finalement choisi de le garder. Ses parents biologiques? Il ne les connaît pas. Thomas travaille par ailleurs dans le bâtiment, un secteur durement touché par la situation actuelle. Mais c’est avec son accordéon qu’il vit une véritable histoire de couple. Une histoire d’amour transi qui commence à s’épanouir en 2017.

La guerre sans pitié laisse derrière elle des vies muettes
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Nanette Ziadé-Ritter
Publié
avr. 1, 2026 - 14:19

Chaque guerre apporte son lot de laissés-pour-compte. Mais il est une catégorie dont on parle peu, ou mal: les animaux. Dans un Liban où l’abandon est déjà légion, la guerre ne fait qu’aggraver une situation rendue précaire par des années de crise économique. À la détresse humaine s’ajoute ainsi une souffrance silencieuse, invisible, qui ne trouve que rarement sa place dans le récit collectif. Ce phénomène met aussi en lumière une fracture plus profonde. Car abandonner un animal en temps de guerre n’est pas toujours un geste de cruauté assumée, mais parfois celui d’un effondrement. Lorsque tout manque – nourriture, médicaments, abri – la hiérarchie des urgences s’impose avec brutalité. L’animal devient alors, dans l’esprit de certains, un poids supplémentaire.

Quand tout se déplace, sauf l’État
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Nanette Ziadé-Ritter
Publié
mars 23, 2026 - 17:32

Presque trois semaines de guerre et quasiment un million de déplacés. Le couperet est tombé. Des déplacés qui ont essentiellement choisi la capitale, déjà étouffée dans un Liban exsangue économiquement et surtout dépourvu de volonté politique pour changer un statu quo devenu totalement obsolète. Un état de choses qui non seulement freine le progrès mais est, disons-le sans ambiguïté, responsable de tous nos maux. Nul pays au monde, sans État fort ou au moins respecté, ne peut exister. Aujourd’hui, ce sont essentiellement les chiites qui sont déplacés. Ceux-là mêmes que le Hezbollah prétend protéger. Et le plus effrayant, c’est que, démunis sous les tentes et sous la pluie, beaucoup continuent de jurer allégeance à ce parti qui n’a de dieu que lui-même. On peut s’interroger sur l’efficacité de l’embrigadement exercé par cette milice, mais cela révèle surtout un fait politique: l’entité militaire et l’entité politique se nourrissent mutuellement et reprennent des forces dans un contexte où l’État, incapable de faire respecter sa souveraineté, se trouve impuissant à réguler ou intégrer une communauté entière.

La guerre, faute de mieux
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Nanette Ziadé-Ritter
Publié
mars 10, 2026 - 13:44

J’appartiens à cette génération qui a grandi avec la guerre, qui craint de mourir avec elle et qui, entre-temps, aura perdu le plus clair de sa vie à attendre ou espérer que cela aille mieux. J’appartiens à cette génération de l’entre-deux qui a connu l’avant 1975 sans pouvoir en extraire des souvenirs de jeunesse. Celle qui peut regretter sans jamais tourner la page. Celle qui pensait que, comme elle, les jeunes d’aujourd’hui, peu importe le camp auquel ils appartiennent, auraient jeté un regard en arrière et auraient préféré vivre que mourir en soi-disant martyrs. Je reste, comme tant d’autres, ahurie de voir que mon pays a pu de nouveau être entraîné dans une guerre absurde au lieu de signer un traité de paix. Celui-là même qui a permis à tous les autres Arabes d’avancer à pas de géant, alors que nous pensions détenir le graal de la région. Et nous voilà recalés au dernier rang, forcés de constater que notre géographie comme notre démographie en seront à jamais remodelées.