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Un Œil sur l'évènement

La Liste de la honte

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Photo Ahmad GHARABLI/AFP
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Por Hisham Dibsi
Publicado juin 30, 2026 - 18:20

En 2005, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 1612, qui prévoit de désigner les parties responsables de violations graves commises contre les enfants dans les conflits armés et les guerres, qu’il s’agisse d’États ou de forces de fait, telles que des milices ou des autorités locales illégitimes. En application de cette résolution est publiée la «Liste de la honte», qui recense les États et les organisations selon le nombre et la nature des violations qu’ils commettent.

Le rapport annuel révèle que les forces armées et de sécurité ont commis, au cours de l’année écoulée, trente huit mille violations contre des enfants à travers le monde. Le rapport des Nations unies couvre seize pays, parmi lesquels figurent notamment l’Afghanistan, le Mali, Haïti, le Myanmar, la Somalie, le Nigeria, le Soudan, l’Iran et Israël.

Il apparaît que les forces armées et de sécurité israéliennes sont responsables, à elles seules, du quart des violations recensées, avec plus de 12 425 violations commises contre cinq mille enfants dont les dossiers ont été vérifiés, tandis que cinq mille autres cas font toujours l’objet d’une enquête. Les forces de sécurité israéliennes ont ainsi été désignées comme les principales responsables de ces violations et occupent, pour la deuxième fois, la première place de la «Liste de la honte».

La directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, a présenté son exposé sur la question en précisant que: «Les chiffres figurant dans ce rapport ne reflètent pas le nombre réel des violations commises contre les enfants, car le rapport ne prend en compte que les cas qui ont pu être vérifiés. De très nombreuses violations ne sont jamais signalées pour des raisons multiples, notamment les difficultés d’accès aux zones concernées, la crainte de représailles et d’autres facteurs.»

Le rapport montre également que 70 % des décès et des blessures résultent de l’utilisation d’armes explosives dans des zones densément peuplées.

La présence d’Israël en tête de cette «Liste de la honte» ne se limite pas à ce qui se déroule en Palestine. Les violations commises contre les enfants au Liban et en Syrie ne sont pas moins graves, pas davantage que celles qui frappent le peuple iranien, déjà soumis à la brutalité du régime des mollahs. Ces violations constituent toutefois un défi majeur pour l’ensemble des pays du monde civilisé, et tout particulièrement pour les démocraties qui se réclament du droit international humanitaire et des conventions qu’elles ont elles mêmes contribué à élaborer et à promouvoir. Le droit international prévoit en effet que soient poursuivis non seulement l’auteur principal et direct des crimes, mais également les parties qui se rendent complices du criminel, conformément à la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.

La complicité est ainsi considérée comme une forme de participation indirecte qui englobe le soutien matériel, le soutien logistique ainsi que le soutien moral. Cette responsabilité juridique concerne également les entreprises fabriquant des armes, ainsi que toutes celles qui participent, directement ou indirectement, à l’approvisionnement servant l’effort militaire des auteurs du crime de génocide, y compris les entreprises du secteur des technologies et de l’intelligence artificielle.

Dans son intervention, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés, Virginia Gamba, a déclaré: «L’inaction ne procède pas de l’ignorance. Elle relève d’un choix politique conscient.» À la lumière de ce témoignage, il devient légitime de réexaminer les positions de tous les États liés, de près ou de loin, aux crimes perpétrés contre les enfants partout dans le monde, où qu’ils vivent et quelles que soient les raisons pour lesquelles leur enfance a été bafouée.

L’écart demeure immense entre ce que prescrit le droit international et l’état actuel de l’humanité. Les progrès scientifiques considérables accomplis jusqu’à présent n’impliquent pas pour autant un véritable progrès de civilisation.

La capitale

Les négociations sur le statut de Jérusalem-Est avaient été reportées à l’issue de la période transitoire prévue par les accords d’Oslo, d’une durée de cinq ans. Lorsque l’échéance approcha, à l’aube du troisième millénaire, le Premier ministre israélien Ehud Barak refusa d’ouvrir les discussions sur les questions relevant du règlement définitif avec le président palestinien Yasser Arafat. La médiation engagée par le président américain Bill Clinton avant son départ de la Maison Blanche ne permit pas davantage de rapprocher les deux parties, aucune d’elles n’ayant accepté les propositions avancées. Ariel Sharon choisit alors une autre voie, celle d’une provocation soigneusement orchestrée et coordonnée avec Ehud Barak en pénétrant sur l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa. Il s’ensuivit, dans un premier temps, une vaste mobilisation populaire palestinienne, puis un retour à la lutte armée sous la conduite du Hamas. Lorsque Ariel Sharon accéda ensuite au poste de Premier ministre, il ordonna, le 15 août 2005, le retrait de la bande de Gaza dans le cadre du plan dit de «désengagement».

Il présenta ainsi un modèle de règlement fondé sur le maintien du projet du Grand Israël tout en se retirant uniquement des agglomérations palestiniennes, laissant se poursuivre parallèlement la judaïsation de Jérusalem-Est, soumise à la législation israélienne d’annexion depuis la fin de la guerre de juin 1967.

Ce modèle continua d’être appliqué afin de poursuivre la judaïsation de la capitale de l’État de Palestine. Les habitants de Jérusalem-Est furent placés sous un statut juridique particulier qui leur interdit de détenir une carte d’identité palestinienne tout en les privant également de la nationalité israélienne, contrairement aux Palestiniens vivant à l’intérieur d’Israël. Le gouvernement leur accorda donc une carte portant la mention de «résident permanent», qui leur permet uniquement de voter aux élections municipales de Jérusalem, sans leur reconnaître le droit de participer aux élections de la Knesset. À chaque élection législative palestinienne, la même bataille ressurgit autour du droit des habitants de Jérusalem à voter pour l’Autorité nationale palestinienne et son Conseil législatif. Les autorités israéliennes s’opposent systématiquement à leur participation au scrutin palestinien, alors même que, selon le droit international, ils demeurent les habitants d’un territoire occupé appelés à bénéficier d’une protection internationale.

Dès son premier mandat, le président Trump a reconnu l’annexion de Jérusalem par Israël en transférant l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers la ville, sans se soucier des conséquences d’une telle décision. Il est allé plus loin encore en fermant le bureau de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington. Au mois de mai dernier, la Knesset a approuvé en première lecture un projet de loi portant création d’une «Autorité du patrimoine en Judée et Samarie», appellation biblique donnée à la Cisjordanie. Le texte doit encore être adopté en deuxième puis en troisième lecture. Une fois entré en vigueur, l’ensemble des sites archéologiques de Cisjordanie relèvera de l’autorité du gouvernement israélien. Ces vestiges, présents presque partout, couvrent des périodes allant de l’époque cananéenne jusqu’aux époques romaine et ottomane, ce qui permettra à cette autorité de restaurer, de construire, d’acheter et de vendre sans rencontrer d’obstacle.

Une telle évolution permettrait à Israël de s’approprier toute zone située à Jérusalem ainsi qu’en Cisjordanie d’une manière générale. À leurs yeux, la question centrale demeure celle du Temple qu’ils considèrent enfoui sous la mosquée Al-Aqsa selon leur propre narration. C’est dans cette perspective que le gouvernement de Netanyahu multiplie les mesures visant l’administration du sanctuaire en occupant certaines de ses parties afin d’y déployer des soldats ainsi que l’«Unité des gardiens du Temple», chargée de protéger ceux qui souhaitent pénétrer dans l’enceinte de la mosquée pour y accomplir leurs rites religieux. Les forces israéliennes ont ainsi pris position dans quatre bâtiments situés à l’intérieur du complexe d’Al-Aqsa: le dôme de l’imam Al Ghazali, le dôme de Salomon, le dôme de Moïse et la Maison du Hadith. Les forces de sécurité ont également écarté trente sept gardiens et employés afin de ramener le nombre de gardiens palestiniens de cinquante à vingt par équipe, tout en retirant les permis de travail de trente employés du sanctuaire résidant en Cisjordanie. Parallèlement, la police israélienne a lancé une campagne de recrutement de nouveaux volontaires destinés à rejoindre l’«Unité du mont du Temple», parmi les extrémistes juifs les plus radicaux.

Ces politiques, qui portent atteinte aux accords conclus avec l’Autorité palestinienne ainsi qu’avec le Royaume hachémite de Jordanie, dépositaire de la tutelle sur la mosquée Al-Aqsa depuis les années vingt du siècle dernier, ne suscitent de la part de Netanyahu qu’une brève déclaration assurant que rien n’aurait été modifié sur le terrain.

Pourtant, malgré la faiblesse de ses soutiens, le mouvement La Paix Maintenant demeure la seule organisation à avoir dénoncé ce projet en déclarant: «Si ce projet de loi est adopté par la Knesset, il constituera, à tous égards, une mesure d’annexion accompagnée d’une vaste confiscation des terres palestiniennes.»

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