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Économie

Les grandes lignes d’une possible politique maritime au Liban (2)

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Por Jean-Patrick Dayras
Publicado févr. 18, 2026 - 20:04

Quelle politique le Liban pourrait, ou devrait, suivre dans le domaine maritime dans le cadre de ses efforts de développement? Quel pourrait être sur ce plan l’apport de l’Union pour la Méditerranée (UpM), qui a pris le relai du Partenariat euro-méditerranéen de Barcelone?

 

L’Union pour la Méditerranée s’est donné un cadre de nature «terrestre». Qu’il s’agisse de coopération politique et de sécurité dans le but de définir un espace commun de paix et de stabilité, de coopération économique et financière pour la construction d’une zone de prospérité partagée, ou de coopération culturelle et sociale pour favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges entre les sociétés civiles, l’objectif est de créer une zone de prospérité partagée dans une zone de libre-échange euro-méditerranéenne (ZLEM). Tout cela unit la terre.

 

Or la Méditerranée est une mer entourée de terres, non de terres séparées par une mer.

 

Quels projets maritimes pourraient être intégrés dans ce processus?

 

Trois critères seront déterminants à cet égard pour retenir les thèmes et les prioriser:

 

– Le pays doit pouvoir passer à la phase de réalisation sans qu’il y ait un frein à la dynamique proposée.

 

– Rechercher les secteurs d’activités proposant un grand nombre d’emplois et offrant une capacité de progression et d’évolution, donc de promotion sociale.

 

– Prioriser les projets selon les besoins les plus pressants et favoriser le dialogue et une coopération avec des États partenaires.

 

Missions et projets

 

Au-delà des fonctions portuaires et commerciales, les responsabilités maritimes d’un État reposent sur un ensemble de capacités régaliennes et de sécurité: surveillance de l’espace maritime, protection de la zone économique exclusive (ZEE), lutte contre les trafics illicites, secours en mer et prévention de la pollution. Ces missions sont stratégiques pour la souveraineté nationale, la stabilité économique et la protection des populations.

 

1 - Protection de la ZEE: Le Liban dispose d’une zone économique exclusive d’environ 22.700 km². La délimitation maritime avec Israël (accord de 2022) et avec Chypre a permis de clarifier le cadre juridique, condition préalable à toute surveillance effective. La surveillance de la ZEE doit être effective et permanente.

 

2 - Surveillance et contrôle des espaces côtiers: Avec environ 225 km de côtes, le littoral libanais concentre des ports commerciaux et de pêche, des zones urbaines densément peuplées, des installations industrielles et énergétiques sensibles. La surveillance côtière est une question de sécurité et de protection civile.

 

3 - Lutte contre les trafics illicites par voie maritime: l’État se doit de lutter contre la contrebande de marchandises, le trafic de stupéfiants et d’armes, ainsi que l’immigration clandestine par mer.

 

4 - Secours maritime et sécurité de la navigation: le Liban dans sa zone de responsabilité assure les missions de recherche et de sauvetage en mer (SAR), principalement via la marine et la Défense civile.Cela nécessite une coordination entre marine, ports et services de secours. Il faudrait également disposer d’un centre SAR maritime pleinement opérationnel, aux standards internationaux.

 

5 - La pollution maritime est essentiellement d’origine terrestre: déversement d’eaux usées non traitées, décharges côtières, ruissellement urbain, pollutions industrielles, déversements accidentels d’hydrocarbures dans les ports. Le développement potentiel de l’exploitation gazière offshore rend indispensable le renforcement des plans d’urgence antipollution, l’amélioration de la prévention terrestre et une parfaite coordination entre acteurs civils et militaires.

 

6 - Formation aux métiers de la mer: Elle constitue un maillon critique des capacités maritimes nationales. Elle conditionne à la fois la sécurité de la navigation, l’efficacité des opérations portuaires et logistiques, la crédibilité de l’État dans ses missions régaliennes, le développement futur de l’économie bleue et des activités offshore. Source d’intégration intercommunautaire, elle est aussi source de création d’emplois.

 

Schéma stratégique

 

– Définir une architecture nationale de surveillance maritime (ZEE et littoral).

 

– Renforcer les capacités de patrouille hauturière et de moyens aériens.

 

– Créer un centre national de coordination SAR maritime aux standards internationaux.

 

– Développer une capacité nationale de lutte antipollution structurée et pérenne.

 

– Disposer d’un Institut des métiers de la mer, civil et militaire.

 

– Inscrire la mer comme pilier central de la stratégie de souveraineté et de relance économique.

 

Les priorités à définir

 

Dans ce contexte global de politique maritime qui devrait être mise en place, l’État devrait définir de manière explicite et concrète certaines priorités.

 

1 – Mettre en place une gouvernance maritime nationale pour assurer une coordination permanente et efficace de l’ensemble des acteurs maritimes civils et militaires.

 

2 – Déployer une architecture nationale de surveillance maritime (ZEE et littoral) afin de garantir la souveraineté effective de l’État sur son espace maritime.

 

3 – Renforcer la lutte contre les trafics maritimes et la criminalité transnationale, réduire les pertes économiques et les risques sécuritaires liés aux trafics.

 

4 – Structurer une capacité nationale de recherche et de sauvetage en mer (SAR), protéger les vies humaines en mer et répondre aux obligations internationales du Liban.

 

5 – Développer une capacité nationale de lutte contre la pollution maritime, prévenir et gérer les pollutions, notamment dans la perspective du développement de l’offshore.

 

6 – Disposer d’un Institut libanais des métiers de la mer et disposer des compétences maritimes voulues.

 

7 – Intégrer la mer au cœur de la stratégie nationale de relance économique; transformer la mer en levier de développement durable.

 

Un tel projet maritime – déjà amorcé partiellement au Liban – s’inscrit pleinement dans les priorités des partenaires internationaux: sécurité et stabilité régionales en Méditerranée orientale; lutte contre les trafics transnationaux et le crime organisé; protection des vies humaines en mer; protection de l’environnement marin.

 

Conçu comme un programme de coopération civile–sécuritaire, conforme au droit international et aux engagements multilatéraux du Liban, il est fondé sur une approche associant gouvernance, capacités opérationnelles, formation, développement durable, création d’emplois et intégration des communautés. Une telle stratégie maritime libanaise devrait pouvoir se développer concomitamment avec une nécessaire réanimation de l’Union pour la Méditerranée…

 

Lire sur le même thème:

Un avenir maritime pour le Liban?

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