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Opinion

Liban: le danger venu de l’intérieur

Quand les loyautés extérieures se retournent contre la patrie

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Por Najib Zwein
Publicado juin 8, 2026 - 15:22

Les Libanais ont de tout temps répété ce proverbe populaire: «Mieux vaut mille ennemis hors de chez soi qu’un seul ennemi dans la maison.» Et c’est en peu de mots qu’il a résumé, de génération en génération, une vérité politique et nationale immuable: les dangers venus du dehors, si redoutables soient-ils, demeurent moins dévastateurs que ceux qui s’insinuent au-dedans pour frapper l’unité de l’État, paralyser son jugement et saper sa souveraineté.

C’est à cette aune que l’on peut comprendre une large part des épreuves que le Liban a traversées au cours des dernières décennies. L’Iran n’a jamais traité avec l’État libanais comme avec un État souverain et indépendant, doté de ses propres institutions constitutionnelles ; il a toujours choisi de passer par des forces et des organisations qui lui doivent allégeance politique et idéologique. Il a trouvé dans les circonstances régionales, au lendemain de la révolution khomeiniste et sous le drapeau de l’«exportation de la révolution islamique», une occasion propice pour tisser des relais et étendre une influence qui déborde largement ses frontières nationales vers plusieurs pays arabes.

Avec le temps, l’affaire en vint à une vantardise publique de domination sur quatre capitales arabes, dont Beyrouth figurait en tête. Sur la scène intérieure libanaise, le Hezbollah réussit à instrumentaliser l’étendard de la résistance pour asseoir sa position politique et militaire, jusqu’au point où son ancien secrétaire général, Hassan Nasrallah, déclara ouvertement que l’argent, les armes et les ressources du Parti provenaient d’Iran.

Or les deux parties commettent la même erreur. L’Iran s’est comporté comme si le Liban faisait désormais partie intégrante de sa sphère d’influence directe, tandis que le Hezbollah s’est conduit comme s’il était la référence suprême, au-dessus des institutions de l’État et de ses autorités constitutionnelles. Mais les faits ont démontré que le Liban, malgré tout ce qu’il a enduré, n’a pas perdu sa capacité à se relever ni à restaurer son rôle et ses institutions.

Avec l’élection du général Joseph Aoun à la présidence de la République et la désignation du docteur Nawaf Salam à la tête du gouvernement, une nouvelle phase politique s’est ouverte, dont le signe distinctif est la réhabilitation de l’État libanais et du concept de souveraineté nationale. Les conditions qui avaient si longtemps permis à des projets de tutelle et d’emprise de perdurer ont changé de nature, et les nuages de l’occupation et de l’influence étrangère commencent à se dissiper progressivement du ciel libanais, tandis que nombre de projets régionaux se révèlent sous leur vrai jour.

Le malheur est que le Hezbollah et l’Iran ont refusé de reconnaître ces mutations. Plutôt que de revoir leur manière d’aborder l’État libanais, ils ont continué de s’adresser à lui avec la mentalité d’un passé révolu. L’autorité libanaise avait d’abord tenté d’adopter un langage posé et diplomatique, mêlant le respect à la fermeté, et affirmé la nécessité de traiter avec les institutions légitimes comme avec la seule instance habilitée à exprimer la volonté des Libanais.

Mais l’outrecuidance a persisté, jusqu’à ce que la position ferme du président de la République vienne trancher nettement: la légitimité libanaise réside dans la Constitution et dans les institutions de l’État, et le peuple libanais n’est le vassal d’aucun État étranger ni le sujet d’aucune direction partisane, quelle que soit son envergure ou son influence.

Malgré tout, certaines postures iraniennes ont continué de faire fi de ces réalités, allant jusqu’à un niveau d’offense politique et morale sans précédent lorsqu’un journal iranien s’en prit au président de la République en des termes indignes des relations entre États et irrespectueux de la souveraineté des nations. Ce comportement témoigne de l’ampleur de la crise que vivent ceux qui n’ont toujours pas assimilé que le Liban n’est la propriété de personne, et que le temps des diktats et des tutelles a commencé à décliner.

Les Libanais ont considéré Israël comme un ennemi pendant de longues décennies, et le différend avec lui demeure ouvert sur des questions fondamentales de souveraineté, de frontières et de sécurité. Mais négocier avec des adversaires et des ennemis ne relève ni de la capitulation ni de la concession. Il s’agit d’un instrument politique auquel les États recourent pour défendre leurs intérêts et protéger leurs peuples. Les États négocient depuis une position de confiance en eux-mêmes, non depuis une position de peur ou de sujétion.

À l’inverse, la blessure venue du dedans reste la plus dangereuse de toutes. L’histoire libanaise est remplie de moments qui ont montré que les divisions internes et les allégeances extérieures ont toujours constitué la plus grande porte d’entrée aux crises et aux catastrophes. C’est pourquoi les Libanais ont répété sans cesse que la trahison venue de l’intérieur ébranle les montagnes, parce qu’elle vient de ceux qui sont censés partager le même toit.

Ce dont le Liban a besoin aujourd’hui, ce ne sont ni de nouvelles loyautés transnationales, ni de projets supplémentaires qui placent les intérêts de l’étranger au-dessus des intérêts des Libanais. C’est un seul État, une seule autorité, une seule décision nationale. Car lorsque l’État avance, l’influence recule ; lorsque la logique des institutions l’emporte, les chimères de la domination s’effondrent d’elles-mêmes ; et lorsque les Libanais se rassemblent autour de leurs institutions constitutionnelles et de leurs autorités légitimes, il ne reste plus de place pour quelque nouveau Brutus qui viendrait poignarder le Liban de l’intérieur.

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