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Strategia

Hezb-Israël, une guerre au service de qui? (3)

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Un convoi d'ambulances transporte les corps et les dépouilles de 102 civils tués lors d'un bombardement d'artillerie israélien contre un camp de réfugiés de l'ONU à Cana, le 18 avril 1996, dans le cadre de l'opération israélienne « Raisins de la colère ». (Rabih Moghrabi/AFP)
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Par Khalil Helou
Publié avr. 24, 2026 - 12:51

Dans une série d’articles, nous nous proposons d’apporter un éclairage sur la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, laissant au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Il est grand temps dans ce contexte de contrecarrer sérieusement la rhétorique stérile de résistance, non par une contre rhétorique, mais par une approche en profondeur, prônant la culture de l’Etat de droit, lequel ne pourrait être édifié qu’à travers la souveraineté.

Les deux premiers articles présentaient une relecture des événements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf en passant par l’opération «Règlement de comptes», et l’«Entente de Juillet» (1993), jusqu’à la veille de sa 2e guerre avec Israël.  

Étape 3: Guérilla du Hezbollah contre Oslo et Madrid

Pendant les trois années qui suivirent l’opération «Règlement de comptes» (juillet 1993), l’application des accords d’Oslo entre l’OLP et Israël n’avançait que péniblement, catalysée par Washington, qui maintenait à tout prix sa stratégie visant à contenir le conflit entre Israël et le Hezbollah afin d'éviter qu'il ne fasse dérailler le processus de paix israélo-palestinien, tout en cherchant à faire progresser les tentatives de rapprochement entre Tel Aviv et Damas. Par ailleurs, Washington et Tel Aviv discutaient ouvertement de l’imminence de négociations israélo-libanaises, à la lumière de nouvelles venant du Liban indiquant que l’armée baathiste syrienne avait déclenché une campagne de répression vis-à-vis du Hezbollah. Plus tard, cette nouvelle s’est avérée être une désinformation orchestrée par les Iraniens, avec la connivence de Hafez el-Assad. Téhéran, pour crédibiliser ses leurres, a laissé filtrer que l’Iran allait désormais acheminer les aides militaires au Hezbollah à travers des voies autres que la Syrie, qui laissait percevoir qu’elle était consentante à diminuer la tension au Liban-Sud. Pour mieux convaincre les observateurs des bonnes intentions syriennes, les Iraniens ont effectivement envoyé une cargaison d’armes qui s’est laissée intercepter en Turquie, ce qui a fait râler Ankara. En réalité, les Syriens jouaient deux cartes contradictoires: d’une part, celle de la paix qui leur permettait de manipuler Washington, et d’autre part, celle de l’échec des négociations de paix. Les Américains, ayant cru à l’adoption par les Syriens de l’option de la paix, étaient convaincus que leurs pressions sur Tel Aviv et Damas avaient porté leurs fruits… alors qu’il n’en était rien. Hafez el-Assad se préparait en réalité à anticiper l’échec des processus d’Oslo et de Madrid, se rapprochant de plus en plus de l’Iran et se réunissant en secret avec Saddam Hussein, qui était sous sanctions américaines.

Profitant de la stratégie américaine d’apaisement et convaincus de la limite des pressions de Washington, Assad et Téhéran avançaient leurs pions au Liban, surtout en soutenant, armant et renforçant le Hezbollah. Entre 1993 et 1996, celui-ci mena une guerre d’usure contre l’Armée du Liban-Sud (ALS) et l’armée israélienne en utilisant roquettes, missiles et pièges routiers explosifs. L’ALS et Tsahal, pour leur part, ripostaient par l’artillerie et l’aviation. Les belligérants ont essayé d’épargner les civils conformément à l’«Entente de Juillet 93», mais en vain. À chaque accrochage, les États-Unis intervenaient rapidement et jouaient le rôle d’arbitre, empêchant Israël d’élargir ses ripostes au-delà d’un seuil extrême. Début 1996, le bilan s’alourdissait côté israélien. Depuis la fin de l’opération «Règlement de comptes» et en raison des tactiques avancées du Hezbollah, 210 soldats israéliens ont été tués et 110 de l'ALS; par ailleurs, entre 60 et 80 civils libanais sont tombés à l’intérieur et à l’extérieur de la «zone de sécurité», sous les frappes aléatoires ou des explosifs. Pour sa part, le Hezbollah a perdu 200 combattants, des cadres assassinés, d’autres capturés et d’autres ayant échappé à des tentatives de capture. 

Étape 4: Opération «Raisins de la colère» d’Israël contre le Hezbollah

La deuxième guerre Hezbollah-Israël, baptisée opération «Raisins de la colère» (du 11 au 27 avril 1996), a mis fin à l’«Entente de Juillet» et représentait une escalade majeure visant à changer les règles du jeu entre les deux parties. L’objectif d'Israël était de faire pression sur le Liban et la Syrie pour contenir les opérations du Hezbollah. L’aviation israélienne a effectué au cours de cette opération 1.800 sorties, ciblé 500 objectifs comprenant des infrastructures civiles aussi bien que militaires, et déplacé 400.000 civils, ce qui correspond exactement à la situation actuelle, avec en plus le rasage des villages du sud. Le point culminant de cette guerre a été le bombardement par l’artillerie israélienne d'un centre de la Finul dans la ville de Qana, où des centaines de civils cherchaient refuge, ce qui a entraîné la mort de 106 personnes. Israël a affirmé que c’était une bavure, alors que le Hezbollah a qualifié l’incident de délibéré. Toujours est-il que le massacre de Qana a suscité une pression internationale énorme, conduisant à un cessez-le-feu. L'opération «Raisins de la colère» n'a pas réussi à stopper les tirs de Katioucha sur Israël et s'est terminée au bout de seize jours de combats par un accord écrit non signé, baptisé l’«Entente d’Avril», parrainé par la France et les États-Unis. Cet accord stipulait une règle d’engagement fragile et mal définie qui est la suivante: «Le Hezbollah ne tire pas depuis des zones peuplées, et Israël ne bombardera pas les zones peuplées.» Par ailleurs, un comité réunissant les États-Unis, la France, la Syrie, le Liban et Israël a été créé afin de surveiller les violations et d’examiner les plaintes. Il ressemble étrangement au «Mechanism» issu du cessez-le-feu de novembre 2024, qui avait suivi la guerre d’appui à Gaza et qui regroupait les mêmes membres, à l’exception de la Syrie, avec en plus la Finul. Séparés de 33 ans, ces deux comités n’ont pas été efficaces pour arrêter les hostilités.

L’«Entente d’Avril 96» a affirmé le droit du Hezbollah à agir contre des cibles militaires à l'intérieur de la «zone de sécurité» au sud du Litani, occupée par Israël et tenue par l’ALS, tout en épargnant les civils et les zones résidentielles des deux côtés du fleuve ainsi qu’en Israël. Cet accord a été considéré comme un tournant majeur car il a donné une «légitimité» implicite aux opérations du Hezbollah contre Tsahal et l’ALS à l'intérieur du territoire libanais, et a indirectement amplifié l’influence iranienne grandissante au Liban. En effet, Téhéran était le grand gagnant de cet accord et a prouvé à ses alliés syriens et palestiniens, ainsi qu’à ses ennemis américains et israéliens, qu’il pouvait initier des guerres à travers ses mandataires, et par conséquent torpiller les processus de paix d’Oslo et de Madrid. Curieusement, l’arrêt des combats et la continuation des activités du Hezbollah convergeaient parfaitement avec les objectifs américains consistant à faire pression sur Israël afin qu’il fasse des concessions à la Syrie, et à inciter celle-ci à parvenir à un accord de paix avec Israël. (à suivre) 

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