

Certaines personnes subissent constamment leur sort, mais d’autres prennent leur destin en main. Cela est d’autant plus difficile quand il s’agit d’une femme dans un monde d’hommes. Et pourtant… certaines femmes ont choisi le combat, réussissant à briser les tabous de leur époque. Qu’elles aient manié le pinceau, la plume, la science ou la voix, elles ont habité leur siècle avec une audace qui tenait parfois du scandale.
D’Artemisia Gentileschi bravant la société et les tribunaux italiens, il y a cinq siècles, à George Sand troquant le corset pour la liberté d’écrire, en passant par Camille Claudel l’écorchée vive, ou la rigueur et le génie de Marie Curie, ou encore la voix universelle d’Oum Kalthoum… ces femmes ont réussi à surmonter les préjugés sociaux.
Dans une série d’articles, nous proposons un voyage à travers le temps à la rencontre de ces femmes rebelles.
Nous poursuivons notre série sur les femmes célèbres, mais rebelles, avec George Sand. La littérature du XIXe siècle était dominée principalement par les hommes. Pourtant, une femme va refuser ce fait accompli: Amantine Aurore Lucile Dupin, alias George Sand. Elle va bousculer les codes, les mœurs et les lois. Écrivaine prolifique, mère courageuse et amoureuse absolue, elle a traversé son époque comme un ouragan, refusant de se laisser enfermer dans les cages dorées de la bienséance et du socialement correct.
L’enfance
Aurore Dupin a passé son enfance dans le Berry, dans le domaine de Nohant auprès d’une grand-mère aristocrate et cultivée qui lui a prodigué une éducation de parfaite femme du monde et qui lui a permis d’acquérir une culture exceptionnelle pour son temps. Orpheline de père et délaissée par sa mère au terme d’un marché sordide, Aurore a pourtant passé une enfance heureuse au contact de la nature et des livres de sa grand-mère.

Portrait de George Sand, huile sur toile réalisée par Auguste Charpentier en 1838, conservée au Musée de la Vie romantique à Paris.
La bataille pour ses enfants et ses terres
«Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs.»
La vie de George Sand bascule lorsqu’elle décide de fuir son mariage malheureux avec le baron Casimir Dudevant. À cette époque, le Code Napoléon est implacable: la femme mariée est une mineure juridique. Ses biens, son argent et même ses enfants appartiennent légalement à son mari. Pourtant, Aurore refuse de se soumettre. En 1835, elle entame un procès retentissant en séparation de biens et de corps. Au cœur de cette lutte se trouvent ses trésors: ses enfants, Maurice et Solange et son cher domaine de Nohant.
Au XIXe siècle, une femme qui demande le divorce et réclame la fortune familiale provoque un scandale absolu. Face à ses juges, Sand fait preuve d’une détermination féroce et d’une intelligence juridique remarquable. Elle gagne son procès et récupère à la fois Nohant et la garde de ses enfants.
Gagner sa vie par la plume: un combat d’avant-garde
Libre mais financièrement asphyxiée par les frais de justice, elle dut gagner sa vie de sa plume pour faire vivre sa famille. Pour pouvoir publier ses livres, circuler librement dans Paris sans être escortée, assister aux pièces de théâtre, fréquenter les rédactions des journaux, etc., elle décida de porter un costume d’homme (sa fameuse redingote grise), de fumer le cigare et d’adopter un nom masculin. George Sand était née.
Elle écrivait la nuit, parfois jusqu’à quatorze heures par jour, enchaînant les pages pour payer l’éducation de ses enfants et entretenir son domaine. Dans ses romans, les sujets abordés, comme par exemple le désir féminin, étaient parfois sulfureux et inédits pour l’époque. Elle devint la première femme en France à vivre de sa plume, traitant d’égale à égale avec les génies de son temps: Balzac, Flaubert ou Victor Hugo, au grand dam de ces derniers. Pour elle, écrire n’était pas un passe-temps, mais un acte de foi: «L’art pour l’art est un vain mot. L’art pour le vrai, l’art pour le beau, l’art pour le bon, voilà la religion que je cherche.»
L’amoureuse absolue: l’idylle avec Chopin
«Il n’y a qu’un bonheur dans la vie, c’est d’aimer et d’être aimé.»
George Sand ne faisait rien à moitié, et surtout pas aimer. C’était une amoureuse absolue qui cherchait dans la passion une élévation de l’âme, quitte à souffrir et à scandaliser. Après une liaison tumultueuse et destructrice avec le poète Alfred de Musset qui se termina par un grand scandale, et après de multiples liaisons, elle connaîtra avec Chopin l’une des plus belles – et des plus complexes – histoires d’amour du romantisme.
Lorsqu’ils se rencontrèrent, Chopin était malade et tourmenté. Sand, au contraire, débordait d’une force vitale. Ce fut le coup de foudre. Ils s’exilèrent alors un hiver à Majorque, à la Chartreuse de Valldemossa. Dans ce lieu sauvage et pluvieux, alors que Chopin crachait le sang et composait ses plus beaux Préludes, Sand se transforma en amante, en muse et en infirmière dévouée. Elle veilla sur son cher génie, géra le quotidien, et écrivit ses romans à la lueur des bougies pendant qu’il improvisait au piano. Leur relation dura près de neuf ans, oscillant entre fusion artistique et déchirements douloureux.
Malgré toutes ses déceptions, l’amour restera toujours pour elle le grand moteur de son existence.
Un héritage d’ombres et de lumières
«Les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre.»
Au soir de sa vie, celle que l’on appelait affectueusement la «bonne dame de Nohant» tira sa révérence, retirée dans son cher domaine. Elle laissa derrière elle plus de soixante-dix romans, des milliers de lettres et le souvenir d’une femme entière, qui a su transformer ses combats intimes en une œuvre universelle. Elle s’est éteinte en laissant une certitude à toutes les femmes (et les hommes aussi) qui allaient marcher sur ses pas: la liberté ne se négocie pas, elle se conquiert!
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