


Il est indigne de livrer un fugitif à ses ennemis ! Dans nos contrées, le « devoir d’asile », obligation incontournable, remonte à la préislamique Djahiliya. Ne serait pas un « preux » qui remettrait une personne à ceux qui la talonnent, l’opprobre rejaillissant sur sa lignée. Mais alors que dire de l’extradition judiciaire en notre monde contemporain ? Est-elle acceptable au motif que les conventions internationales en ont posé les conditions et fixé le mode opératoire ?
Bachar el-Assad et sa camarilla dont les membres se comptent par dizaines ont trouvé refuge dès décembre 2024 en Fédération de Russie comme en Iran, en Irak et au Liban. Y a-t-il une chance pour que tout ce beau monde comparaisse en justice, à Damas ou ailleurs ?
La Syrie, a-t-elle demandé à la Russie l’extradition de Bachar ?
Cette question, dans sa crudité, n’a cessé d’être posée à Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères ; et, en diplomate averti, ce dernier l’a toujours esquivée. Mais ses réponses évasives n’ont pas empêché le président syrien par intérim Ahmed al-Chareh de demander à Vladimir Poutine, lors de la visite qu’il lui rendit à Moscou en octobre 2025, de lui livrer « tous ceux qui avaient commis des crimes de guerre » lors du dernier conflit civil, avec à leur tête, bien entendu, le chef de l’État déchu et son frère Maher.
Rien n’y fit et les autorités syriennes durent revenir à la charge en mai dernier et requérir auprès de Moscou l’extradition desdits criminels pourchassés, dans le cadre toutefois des procédures de la justice transitionnelle entamées fin avril à Damas. C’est du moins, ce qu’affirme une source judiciaire.
Extrader ou juger
En sa qualité d’ex-chef d’État, un président déchu ne bénéficie pas d’une immunité des poursuites pour crimes de guerre ou contre l’humanité. On a bien vu le sort réservé à Augusto Pinochet : celui-ci fut arrêté à Londres en octobre 1998. Quant à Slobodan Milošević, il fut inculpé en mai 1990 et passa en jugement devant le tribunal spécial pour l’ex-Yougoslavie. Et même que des actions judiciaires ont été initiées par la Cour Pénale Internationale contre deux leaders en exercice, à savoir Vladimir Poutine en mars 2023 et Benjamin Netanyahou en novembre 2024.
Mais que valent les mandats d’arrêt internationaux dans certains contextes précis ? Rien de plus que de pathétiques gesticulations !
Alors, voilà ce qu’il en est du dossier syrien : Moscou se refuse de jouer le jeu d’une saine justice internationale. L’adage latin « aut dedere aut judicare », qui veut dire soit extrader soit juger, ne semble pas devoir s’appliquer à la Russie de ce jour ! Pour le moment, ni Bachar ni Maher el-Assad ne risquent d’être inquiétés. Vladimir Poutine à la barre, ils ne seront ni livrés à la justice de leur pays ni jugés sur place !
Mais envisageons plutôt le cas où ces deux fugitifs se seraient trouvés en un pays de l’Union européenne. Probablement seraient-ils passés devant un tribunal du pays d’accueil ou devant un tribunal constitué ad hoc. Mais, jamais il n’y aurait jamais eu d’extradition! La raison en est simple : ni Berlin, ni Rome, ni Paris ni une autre capitale « civilisée » n’auraient extradé les bénéficiaires du droit d’asile dans des pays où ils risqueraient la peine de mort. Puisqu’il est entendu que c’est la potence qui, en Bilad el-Sham, attend ceux qui ont pris part aux massacres de la guerre civile.
Bachar à Moscou, en retraite anticipée
Tout compte fait, la Syrie est en droit de rompre avec plus de cinquante ans d’impunité. Le 26 avril dernier s’ouvraient dans la capitale des Omeyyades les « Procès de Damas » qui vont se prononcer sur les horreurs de la guerre civile. Mais la première audience se tint, et pour cause, en l’absence de Bachar et de son frère, les acteurs principaux du drame.
C’est que l’ex-président syrien a déguerpi et abandonné ses complices et sbires à leur sort : ils paieront pour lui. S’étant enfui avec la caisse comme un vulgaire malfrat, il coulera des jours heureux au bord de la Moskova. Aux crimes de sang dont il s’est rendu coupable, vont ainsi s’ajouter ceux de vénalité et de lâcheté !