


Au lendemain de la funeste guerre de juin 1967, la guerre dite des Six jours, les pays arabes devaient faire un constat amer: l’Égypte avait perdu la bande de Gaza et le Sinaï, le Royaume hachémite avait été délesté de Jérusalem et de la Cisjordanie, alors que la Syrie s’était piteusement retirée de son Golan.
Or le Baas au pouvoir à Damas, refusant d’assumer la responsabilité d’un revers historique, laissait entendre que les Israéliens ne l’avaient pas emporté tant qu’ils n’avaient pas renversé son régime!
Tant que ce dernier tenait bon, Tel-Aviv ne pouvait se prévaloir d’une victoire!
Cette attitude de déni allait constituer un précédent chaque fois que les Arabes subissaient un Waterloo.
Et voilà que, pour ne pas déroger à la règle, le secrétaire général du Hezbollah, haussant le ton en dépit de la reculade, a annoncé la veille des célébrations d’Achoura, la victoire du parti de Dieu «face au complot tissé par l’alliance des États-Unis et d’Israël et où l’État libanais a servi de couverture».
Ne manque pas de toupet celui qui s’arroge les lauriers de la victoire, au moment même où Tsahal grignote le Sud et le vide de ses habitants.
Il s’agit de sauver la face
Et Donald Trump alors, comment se fait-il qu’il soit si triomphant?
Pour Nicolas Baverez du Figaro, le protocole signé à Versailles par le président américain présente de nombreux traits communs avec le traité de 1919, qui mit fin au premier conflit mondial et entérina «une fausse paix et une simple suspension des hostilités».
Partant de là, cet éditorialiste sauta aux conclusions et rendit le verdict suivant: «Le protocole de Versailles acte ainsi la débâcle stratégique qui clôt la guerre d’Iran pour les États-Unis, Israël, les monarchies du Golfe, l’Europe et les alliés asiatiques de l’Amérique».
Cela dit, mieux vaut se méfier de l’antiaméricanisme primaire d’une certaine presse française et prêter une oreille attentive à Thomas Friedman du New York Times, organe de presse qui n’est pas tendre avec l’actuelle administration américaine.
Voilà ce que Friedman nous dit : les leaders d’Israël, d’Iran, du Hezbollah, du Hamas et des États-Unis n’ont qu’une chose en commun: nul d’entre eux ne voudrait de l’établissement d’une commission d’enquête pour examiner sa conduite et ses performances lors du dernier conflit au Moyen-Orient!
Alors qui a gagné et qui a perdu ?
Mais n’est-ce pas trop tôt pour poser cette question ou pour y répondre !
L’Axe du mal, ou celui du bien, peut n’avoir pas remporté une bataille, mais il n’aura pas pour autant perdu la guerre. On ne juge pas d’un conflit sur les premières manches, mais sur l’issue finale!
Et le conflit larvé se poursuivra sous une forme ou une autre, sous un prétexte ou un autre, avec le Liban comme champ d’expérimentation et pour les règlements de compte !
Se dissocier de l’Iran à tout prix
Notre Liban, plus que jamais punching-bag des belligérants, est ravagé depuis début mars par une nouvelle guerre entre Israël et le Hezbollah: il a subi des dégâts estimés à plus d'un milliard de dollars, 11000 bâtiments ayant été totalement détruits dans le Sud.
Et c’est sans parler du nombre des milliers de tués, de blessés et de déplacés.
Cependant, ce qui est encore plus grave, et que Naïm Qassem appelle de ses vœux, c’est le maintien du lien entre le cessez-le-feu instauré au Liban et celui intervenu entre l’Iran et les États-Unis.
Or rendre les deux fronts indissociables aboutirait à sacrifier la cause libanaise sur l’autel des intérêts iraniens lors des négociations qui se tiennent à Bürgenstock en Suisse. Alors que pour se tirer d’affaire, notre pays doit demeurer un théâtre d’opérations autonome et aux conditions qui lui sont propres.
Si l’arrêt des combats au Sud venait à dépendre d’un entendement entre Téhéran et Washington, c’en est fait de notre souveraineté! Et cela établirait une tutelle persane sur l’État, plus pernicieuse que la tutelle syrienne sous la dynastie Assad.
Naïm Kassem n’attend que cela pour claironner sa victoire. Néanmoins, ce serait là une victoire de l’Iran, non du Liban.