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Quand Joseph Aoun sort le Liban du jeu iranien

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Par Khairallah Khairallah
Publié avr. 19, 2026 - 03:27

Dans le discours audacieux que le président de la République Joseph Aoun a adressé aux Libanais le 17 avril 2026, le point le plus important porte sur la conclusion d'«accords permanents» avec Israël à la faveur d'un cessez-le-feu. Le chef de l'État a en effet délibérément affirmé la sortie complète du Liban du jeu iranien en passant sous silence tout rôle de la « République islamique » dans l'obtention de ce cessez-le-feu. Il a en revanche souligné le rôle de l'«ami», le président Donald Trump, et du groupe arabe, «en tête duquel le Royaume d'Arabie saoudite».

Cela n’a pas été sans attirer la colère de l'Iran et du Hezbollah sur un président de la République qui s'emploie à mettre fin à l'occupation et à permettre le retour des déplacés dans leurs villages.

Le cessez-le-feu au Liban a été obtenu une fois que les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam ont compris qu'une demi-sortie du jeu iranien ne servirait à rien. Il fallait soit une sortie intégrale, soit le Liban demeurait une victime supplémentaire du projet expansionniste iranien et de l'impasse où il s'est engagé.

Le problème de l'Iran avec le Liban est d'une complexité extrême. Cela tient d'abord à l'incapacité iranienne de comprendre la composition du Liban et sa formule complexe, d'une part, et au refus de la majorité des Libanais de voir leur pays tomber sous la tutelle iranienne directe, sitôt débarrassé de la tutelle syrienne, d'autre part.

Mais le nœud gordien pour l'Iran réside dans la découverte que son investissement dans le Hezbollah, vieux de plus de quarante ans, n'était pas fondé. Les milliards investis par la «République islamique» se sont évanouis en fumée, que ce soit au Liban ou en Syrie.

Il faut comprendre la situation de l'Iran et le problème que le Liban lui a causé. Ce problème tient à l'incapacité de la «République islamique» à s'adapter aux mutations qu'a connues la région. La meilleure illustration de ce changement est que la guerre en cours se déroule désormais au sein même de l'Iran. Le jour n'est plus loin où cette guerre révélera l'échec du régime fondé par l'ayatollah Khomeiny en 1979, dont le mot d'ordre originel était «l'exportation de la révolution».

Quarante-sept ans après la naissance de la «République islamique», le slogan brandi par Téhéran s'est retourné contre ceux-là mêmes qui le brandissaient. Le Liban, dans sa majorité, refuse que ce reflux iranien ne l'emporte lui aussi dans sa chute.

Le régime iranien n'a finalement pas pu continuer à se défendre en exportant ses crises au-delà de ses frontières. Un jeu aussi grotesque que périlleux devait bien avoir une fin. Ce jeu reposait sur la naïveté des administrations américaines successives depuis l'ère Jimmy Carter, et sur la complicité israélienne. Israël a joué tous les rôles que l'Iran lui assignait pour servir ses propres intérêts, fondés sur la fragmentation de la région.

Les règles du jeu régional ont changé. Ce jeu reposait principalement sur la complaisance américaine envers Téhéran et sur la complicité israélienne. Or la région a changé, Israël inclus, depuis le 7 octobre 2023. La «République islamique» n'a même pas saisi ce que signifiait ne plus être la partie qui décide de l'identité du président de la République au Liban.

On ne peut oublier que le Hezbollah a imposé Michel Aoun à la présidence de la République le 31 octobre 2016. On ne peut pas davantage ignorer que Joseph Aoun est parvenu au palais de Baabda au début de l'année 2025 en dépit de la volonté de l'Iran et du Hezbollah.

Il reste que la réalité est une chose, et l'illusion une autre. Michel Aoun, avec son gendre Gebran Bassil, n'était qu'un instrument entre les mains du Hezbollah, lui-même instrument de l'Iran. Les nouvelles donnes régionales, en particulier le bouleversement majeur survenu en Syrie, permettent au président actuel de la République libanaise de s'affranchir de la tutelle iranienne et d'être un vrai président pour le Liban, malgré l'absence de clarté dans la vision de Baabda par moments...

Le fait est que l'Iran ne sait pas perdre, contrairement à l'Allemagne et au Japon en leur temps. La «République islamique» ne semble pas savoir perdre aujourd'hui, tout comme elle n'avait pas su gagner à l'époque où elle se croyait maîtresse de quatre capitales arabes, Beyrouth comprise.

Ce qui importe pour un pays comme le Liban, c'est de savoir perdre et de s'extirper définitivement de l'emprise iranienne. Les options sont peu nombreuses pour un pays qui devra payer le prix d'une «guerre qui lui a été imposée», selon les mots de Nawaf Salam.

Par le discours de Joseph Aoun, le Liban a montré qu'il entend réellement aller au-delà d'un simple cessez-le-feu avec Israël, au prix de concessions inévitables. Plus le Liban s'empressera d'accepter les conditions susceptibles de déboucher sur un cessez-le-feu permanent, mieux ce sera pour le Sud et ses habitants. De même que l'Iran négocie avec l'Amérique, le Liban doit négocier avec Israël sans complexe d'aucune sorte.

Quand la «République islamique» ne ménage ni les habitants ni les villages et villes du Liban-Sud, Beyrouth n'a d'autre choix que de faire primer son intérêt sur tout autre, à commencer par celui de l'Iran. Il lui faut prendre acte qu'en face d'un monstre nommé Benjamin Netanyahu, le pays ne dispose d'aucune carte à jouer hormis le dialogue direct avec «Bibi». Un tel dialogue pourrait s'avérer utile à un certain stade, avec l'ambition d'aller au-delà du cessez-le-feu et d'explorer s'il existe un moyen de mettre fin à l'occupation, au prix d'une contrepartie inévitable.

C'est là le prix de la subordination totale du Hezbollah à la «République islamique»...

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