


A l’occasion de la visite du pape Léon XIV au Liban, et alors que le trentième sommet sur le climat vient de se clore à Belem, au Brésil, sans résultats notables, il est utile de se souvenir d’une notion, l’écologie intégrale, et d’un texte, le Laudato Si, du pape François, publié en 2015, qui redessinent les contours d’une écologie humaine et inclusive préconisée par l’Eglise.
Le terme d’écologie intégrale suggère une vision transdisciplinaire et holistique de l’écologie qui donne une vue d’ensemble de l’être humain et du monde. En disséminant ce concept, l’Eglise catholique veut souligner « le fait que l’indispensable conversion écologique ne se limite pas aux seules questions environnementales stricto sensu » et que « la dynamique spirituelle de l’écologie intégrale se nourrit de l’espérance chrétienne et intègre la vie spirituelle, les enjeux de respect de la dignité de toute vie et de toute personne et l’exigence de fraternité et de justice sociale », lit-on sur le site de l’Eglise catholique en France. Toujours selon ce site, l’Eglise catholique considère avoir une responsabilité de prendre soin de la Création.
« Nous oublions que nous sommes poussière »
Bien qu’on en parle depuis les années 80, cette notion d’écologie intégrale a pris un essor particulier suite à la publication, par le pape François en 2015, de l’encyclique Laudato Si, appelée ainsi car reprenant le titre d’un cantique que chantait Saint François d’Assise, « Loué sois-tu, mon Seigneur ». Dans ce texte long et dense, le défunt pape revient sur la protection de la nature qui est au cœur du sentiment religieux et de la croyance dans le Créateur.
« Nous avons grandi en pensant que nous étions les propriétaires (de la planète) et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter (…) Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure », lit-on dans l’introduction de ce texte.
Dans son approche, le pape François commence par un constat de l’état de l’environnement dans le monde, sous le titre « Ce qui se passe dans notre maison ». Un constat accablant sur ce que les changements rapides de la civilisation humaine coûtent à la nature. Le texte fait ainsi le tour des principales questions qui se posent à l’écologie aujourd’hui, notamment la pollution et le changement climatique, la question de l’eau, la perte de la biodiversité, et, enfin, la détérioration de la qualité de vie et la dégradation sociale.
Car « si nous tenons compte du fait que l’être humain est aussi une créature de ce monde, qui a le droit de vivre et d’être heureux (…) nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération les effets de la dégradation de l’environnement, du modèle actuel de développement et de la culture du déchet, sur la vie des personnes », a écrit le pape François, soulignant l’inégalité planétaire qui marque cette situation et la faiblesse des réactions face à un tel désastre.
Dialogue entre la science et la religion
Dans son Laudato Si, le pape François consacre tout un chapitre à montrer comment la foi éclaire d’un sens nouveau ce que la science dévoile sur cette crise climatique. Conscient que beaucoup considèrent les deux comme antinomiques, il prône un « dialogue intense et fécond » entre eux. Il explique que pour construire une écologie réparatrice, « aucune branche des sciences et aucune forme de sagesse ne peut être laissée de côté, la sagesse religieuse non plus ».
Dans le prolongement de cette pensée, le pape François souligne ce qu’il appelle « la racine humaine de la crise écologique », en conformité avec les conclusions du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), la plus grande instance scientifique de l’ONU sur le climat, qui a établi la responsabilité des activités humaines dans le changement climatique. Il a ainsi évoqué la technologie et le sentiment de pouvoir qu’elle confère à l’être humain, ou encore les conséquences de la mondialisation et du modèle unique qu’elle impose.
La lutte contre la dégradation ne peut se faire en dossiers séparés
Pour définir l’écologie intégrale, le pape François dresse un constat ferme : la crise du XXIᵉ siècle n’est pas double – environnementale d’un côté, sociale de l’autre – mais unique, globale, profondément imbriquée. C’est la thèse centrale d’une écologie intégrale, qui invite à regarder le monde comme un système tissé de relations, où les choix économiques, politiques et culturels façonnent autant les paysages que les destins humains. Il insiste sur l’interconnexion entre les espèces, les humains étant partie prenante des écosystèmes.
Dans cette perspective, la lutte contre la dégradation du vivant ne peut plus être menée en dossiers séparés, car pollution, pauvreté, exclusion, exploitation des ressources… sont les chapitres d’une même crise. Les réponses doivent être globales, articulant les dynamiques naturelles et les structures sociales, plaide-t-il.
L’écologie doit aussi être « culturelle », ajoute le pape François, insistant sur l’importance du patrimoine et de la mémoire collective. L’écologie culturelle, selon lui, se fonde sur un principe : les réponses aux défis environnementaux doivent dialoguer avec les cultures locales, afin de les prendre en compte, loin du modèle unique de développement. La disparition d’une culture, souligne l’auteur, pourrait être plus grave encore que celle d’une espèce animale.
Dans son exploration de l’écologie intégrale, le défunt pape n’a pas oublié la vie quotidienne. Il ramène l’écologie au plus près de la vie humaine, dans les gestes ou les relations. L’enjeu n’est plus seulement global ou institutionnel : il touche les quartiers, les logements, les espaces publics — tout ce qui façonne la qualité de vie concrète.
Quel monde allons-nous leur laisser ?
Le pape François replace l’écologie intégrale au cœur du concept du « bien commun », défini comme un ensemble de conditions qui permettent à chaque individu et à chaque groupe d’atteindre pleinement son développement. Trois piliers en découlent : la dignité de la personne, la vitalité des corps intermédiaires, notamment la famille, et la paix sociale, fondée sur une justice distributive capable de prévenir la violence et l’exclusion. Dans cette perspective, l’État se voit rappeler son rôle : protéger et promouvoir ce bien commun, base indispensable d’une société équilibrée. Mais l’auteur inscrit ce principe dans la réalité du monde actuel, marqué par des inégalités croissantes.
Enfin, l’écologie intégrale prend en compte les droits des générations futures, et le texte pose une question essentielle : Quel monde voulons-nous leur laisser ? Un défi, vu la crise éthique et culturelle face à ce que le pape François considère comme la montée de l’individualisme, la fragilisation des liens familiaux et sociaux, et l’incapacité à penser au-delà des intérêts immédiats.
Parmi les lignes d’orientation identifiées par le pape François, le dialogue sur l’environnement dans la politique internationale, le renouvellement des politiques nationales et locales pour limiter les inégalités dans les pays, la promotion de la transparence dans la prise de décisions, ou encore le dialogue entre les religions et les sciences.