
La «cessation des hostilités» prolongée de 45 jours; réunion le 29 mai au Pentagone pour lancer un «processus sécuritaire»


Il ne fallait évidemment pas s’attendre à des résultats ou des décisions spectaculaires au terme du troisième round de négociations directes libano-israéliennes qui s’est tenu jeudi et vendredi au Département d’Etat, à Washington. Il faut toutefois reconnaître que la simple tenue de ces discussions bilatérales en face-à-face à Washington, sous l’égide de l’Administration US, est une importante avancée en soi.
A ce paramètre symbolique politiquement est venu s’ajouter certains indices apparus vendredi soir, à l’issue des réunions marathon tenues par les délégations libanaise et israélienne. Le Département d’Etat a ainsi souligné que les échanges se sont déroulés dans une «atmosphère positive qui a même dépassé nos attentes».
Abondant dans le même sens, l’ambassade du Liban dans la capitale fédérale a indiqué qu’elle accueillait «favorablement le résultat des discussions» avec Israël, précisant que ces négociations s’inscrivent dans le cadre d’un «processus politique» qui devrait aboutir à une issue favorable au conflit actuel dans le sens du rétablissement de la souveraineté de l’Etat libanais « par ses forces propres ». Quant à l’ambassadeur d’Israël à Washington, il a déclaré que les chances du succès des négociations avec le Liban sont «grandes».
Concrètement, la réunion marathon de vendredi a débouché sur des mesures pratiques: la prolongation de la cessation des hostilités pour une période de 45 jours; la convocation des officiers et experts militaires des deux pays à une réunion le 29 mai au Pentagone afin de lancer «un processus sécuritaire entre le Liban et Israël»; la convocation des deux délégations à un nouveau round de négociations, fixé aux 2 et 3 juin prochains, au Département d’Etat.
A défaut, donc, de décisions spectaculaires et rapides, le médiateur américain opte pour la démarche, réaliste, de la politique des petits pas (chère à Kissinger) qui vise à établir progressivement un climat de confiance et de coopération fructueuse entre les deux pays.
Modification de l’appellation du chômage du 25 Mai
Il convient de relever, en marge de l’esprit du processus en cours à Washington, que le Premier ministre Nawaf Salam a adopté, vendredi, une mesure symbolique, certes, mais dont la signification et la portée politiques sont loin d’être anodines. Il a publié ainsi une note administrative confirmant le chômage du 25 Mai qui était placé les années précédentes, depuis le retrait israélien de 2000, sous le signe de la célébration de « la Journée de la résistance et de la libération ».
Pour cette année, la note du Premier ministre sur ce chômage du 25 Mai ne fait aucune mention de «la résistance» ni de «la libération», mais souligne, plutôt, que le chômage sera observé «en signe de solidarité avec les familles des martyrs, les blessés, les prisonniers, les déplacés, et les habitants du Sud et des villages frontaliers».
Cette mention particulière, et très explicite, confirme ainsi que le gouvernement ne reconnait plus l’existence d’une «résistance», que le Hezbollah cherche à incarner contre vents et marées, faisant fi de la position de la légalité et de l’écrasante majorité des Libanais qui rejettent les aventures guerrières suicidaires de la milice pro-iranienne.
Pas plus tard que dans la soirée de vendredi, le Premier ministre a d’ailleurs déclaré qu’il «est temps de mettre un terme définitif aux aventures insensées (allusion au Hezbollah) menées au service de projets étrangers», fustigeant sur ce plan les accusations de «trahison», lancées par la milice pro-iranienne.
Rappelons dans ce cadre qu’au lendemain du déclenchement par le Hezbollah, une nouvelle fois, des hostilités le 2 mars dernier, pour «venger la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei», à Téhéran, le Conseil des ministres avait adopté une résolution stipulant que l’appareil sécuritaire et militaire du Hezbollah est désormais considéré comme «illégal».
A la suite de cette décision, le ministre de l’Information avait demandé aux médias officiels de ne plus faire mention d’une «résistance» dans leurs bulletins d’information et leurs programmes politiques.
Elimination du chef militaire du Hamas
Signalons, sur un tout autre plan, mais toujours dans ce contexte militaro-sécuritaire – cette fois-ci au niveau régional – que l’armée israélienne a éliminé vendredi, au cours d’une frappe ciblée à Gaza, le chef de l’appareil militaire du Hamas, Ezzeddine Haddad, accusé d’être l’un des cerveaux de l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 contre des civils israéliens à la périphérie de Gaza.
Le sommet de Pékin
Le second dossier à caractère hautement stratégique qui a marqué l’actualité de ce vendredi 15 mai est la clôture du sommet américano-chinois qui s’est tenu à Pékin, et qui avait débuté vendredi.
Il faudra attendre sans conteste quelques jours pour que des informations crédibles et précises soient divulguées concernant le bilan réel des discussions que le président Donald Trump et la délégation qui l’accompagnait ont eues pendant ces deux jours avec les dirigeants chinois.
D’ores et déjà, quelques indications significatives rendues publiques permettent de dresser une esquisse des retombées possibles de ce sommet historique sur le conflit iranien.
Le président Trump a notamment fait état d’une convergence totale des points de vue américain et chinois concernant l’Iran.
Concrètement, le président Xi Jinping rejoint la position de l’Administration Trump au sujet du dossier nucléaire, en ce sens qu’à l’instar du chef de la Maison Blanche il affirme qu’en aucun cas le régime iranien devrait pouvoir se doter d’un armement nucléaire.
Cette position chinoise n’est d’ailleurs pas nouvelle, comme l’illustre l’attitude que Pékin avait adoptée lors du vote des cinq résolutions du Conseil de Sécurité de l’Onu portant sur le dossier de l’enrichissement de l’uranium par le régime iranien.
La première de ces résolutions, datée de juillet 2006, « exigeait » que Téhéran mette un terme à son enrichissement de l’uranium.
Le régime des mollahs avait, évidemment, fait fi de cette résolution. En décembre de la même année, le Conseil de Sécurité imposait des sanctions à l’Iran pour l’amener à se conformer aux injonctions onusiennes.
En vain… Trois autres résolutions étaient votées par le Conseil de Sécurité en 2007, 2008 et 2010 pour imposer à Téhéran des sanctions de plus en plus lourdes.
La Chine, à l’instar d’ailleurs de Moscou, n’avait pas imposé de veto, ce qui reflétait une convergence de vue avec les pays occidentaux sur la nécessité de contraindre le régime des mollahs à arrêter le processus d’enrichissement de l’uranium.
Lors de ses entretiens avec le président Trump, Xi a ainsi réitéré la position de principe de son pays sur ce plan.
Autre point de convergence de Xi avec le chef de la Maison Blanche (ainsi qu’avec les pays européens, d’une manière générale): le refus de la souveraineté de l’Iran sur le détroit d’Ormuz et, donc, le rejet de l’imposition d’un péage par les Gardiens de la Révolution.
Parallèlement, le dirigeant chinois se serait engagé auprès de son hôte à ne pas fournir de matériel militaire au régime iranien.
Il ressort de ces indications, que le sommet de Pékin pourrait avoir pour conséquence un affaiblissement de la position de l’Iran face aux conditions américaines visant à aboutir à une solution politique au conflit actuel.
Les prochains jours devraient, en tout état de cause, clarifier davantage la situation sur ce plan.
La grande question à cet égard qui sera remise sur le tapis à court terme, à la lumière du bilan du sommet de Pékin, est de savoir si le président Trump décidera de lancer, oui ou non, de nouvelles opérations militaires bien ciblées en territoire iranien dans le but, notamment, de recueillir l’uranium enrichi et de porter de nouveaux coups sévères aux infrastructures économiques de l’Iran afin d’amener le régime des mollahs à renoncer à ses aventures irrationnelles et son comportement belliqueux et arrogant, défiant toute raison d’une manière totalement éhontée.