
Le Hezbollah rejette le cessez-le-feu


Le quatrième round de négociations libano-israéliennes qui s’est tenu mardi et mercredi à Washington s’est soldé par une «première»: la publication, dans la nuit de mercredi à jeudi (heure du Levant) d’un communiqué conjoint américano-libano-israélien dont la teneur constitue lui aussi une autre « première ».
Parallèlement à l’instauration d’un cessez-le-feu conditionné par l’arrêt des tirs du Hezbollah contre Israël et la création de «zones pilotes» au Sud sous le seul contrôle de l’armée libanaise, le document souligne - et c’est là que réside le précédent - que «le futur des relations entre Israël et le Liban doit être décidé par les deux gouvernements souverains».
Les trois pays signataires soulignent en outre qu’ils rejettent «toute tentative déployée par un État ou un acteur non-étatique de tenir le Liban en otage». L’allusion au régime iranien et au Hezbollah n’échappera à personne.
Et dans une démarche dont la portée historique paraît indéniable, les pays signataires ajoutent surtout qu’«Israël et le Liban réaffirment qu’ils n’ont aucune intention hostile envers l’un l’autre et ils s’engagent à poursuivre les négociations directes afin de bâtir la confiance ».
En clair, le communiqué relève que l’Iran est tenu à l’écart du processus actuel enclenché par le Liban et Israël, sous l’égide américaine. De surcroît, c’est la première fois que le Liban et Israël affirment dans un communiqué conjoint qu’ils n’ont «aucune intention hostile envers l’un l’autre». Conséquence immédiate de la publication de ce document: l’AFP rapportait en fin de journée que le Hezbollah a informé les autorités libanaises qu’il rejette le cessez-le-feu avec Israël.
Une position qui fait, à l’évidence, échos à une réaction hostile du régime iranien qui n’épargne aucun effort pour contrôler la carte libanaise.
Les mesures prévues
Au niveau des résolutions prises tard dans la soirée de mercredi, le communiqué tripartite évoque la mise en œuvre d’un cessez-le-feu, sous condition de l’arrêt des attaques menées par le Hezbollah.
La nouveauté de ce texte est la création de zones pilotes qui se retrouveront sous le seul contrôle de l’armée libanaise au sud.
Le communiqué insiste sur la souveraineté et l’intégrité territoriale des deux pays et parle du démantèlement des groupes armés non étatiques, nouvelle pique contre le Hezbollah.
Les mots «accord global de paix et de souveraineté» sont explicitement évoqués. Les deux parties ont convenu d’un nouveau round de négociations le 22 juin, en vue de parvenir à un «accord global».
Ce quatrième round de négociations était inédit dans le fond et la forme, du fait des mesures pratiques visant à démilitariser le Hezbollah d’une part, et la lecture d’un communiqué conjoint d’autre part. Les trois parties libanaise, israélienne et américaine ont condamné ensemble les attaques iraniennes contre les pays du Golfe. En d’autres termes, autant le Hezbollah que l’Iran s’y retrouvent marginalisés.
Au cours de ces négociations, Israël a insisté sur la sécurité de son territoire et la nécessité de désarmer le Hezbollah une fois pour toutes, et le Liban a appelé au respect des frontières internationalement reconnues, ce qui signifie un retrait complet des forces israéliennes du territoire libanais occupé.
La proximité du prochain round témoigne de la volonté de progrès rapide entre les deux parties. Le cessez-le-feu, cependant, n’est pas une certitude absolue du fait que plusieurs cessez-le-feu avaient été décrétés avant cela, sans résultats.
Les combats sur le terrain au sud se poursuivent effectivement, mais la capitale et sa banlieue restent épargnées, pour le moment.
A l’issue de la réunion, l’ambassadrice du Liban Nada Hamadé Mouawad a assuré que «le moment est historique», et que les réalisations de ces négociations sont dues «à la seule volonté de l’Etat libanais souverain».
L’ambassadeur d’Israël Yechiel Leiter, dans une déclaration en marge de la réunion, s’est dit convaincu que «le Hezbollah devra comprendre que toute cette folie est terminée» et que les deux Etats parviennent graduellement à un accord.
Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a réitéré que le «Hezbollah est l’ennemi des deux parties».
Selon les informations de la MTV venant de Baabda, les négociations étaient très ardues, et le chef de la délégation libanaise, Simon Karam, a dû interrompre les pourparlers en vue de l’inclusion d’une clause sur le cessez-le-feu total au Liban.
Suite à une intervention du secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, les discussions ont repris et ont donné le résultat que l’on connaît.
Dans une première réaction aux négociations, s’adressant directement aux journalistes, le président de la République Joseph Aoun a estimé que le cessez-le-feu «pourrait être appliqué dans les 24 heures qui suivront son approbation définitive».
Un premier signe est venu d’un retrait des forces israéliennes du village de Debbin, Marjeyoun, et son remplacement par l’armée libanaise.
M. Aoun a dit attendre les réponses de toutes les parties et un engagement de leur part en vue de faire réussir cette trêve. Il a également informé ses interlocuteurs du fait que le Liban a proposé une première zone pilote dans deux villages stratégiques de la région de Nabatiyeh, Zawtar el-Charqiya et Zawtar el-Gharbiya.
Réponse du Hezbollah
De toute évidence, ces progrès ne sont pas du goût de tout le monde en Israël comme au Liban.
A Tel Aviv, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a qualifié le cessez-le-feu avec le Liban de «grave erreur».
Le ministre de la Défense Israel Katz a, pour sa part, assuré que son pays «gardera une liberté de mouvement au Liban», notamment en cas d’attaque du Hezbollah.
Du côté de l’axe iranien, le commandant de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution, Esmaïl Qaani, a réitéré l’appui de son pays à la «résistance au Liban», estimant qu’un retrait total des forces israéliennes jusqu’au point d’avant ce dernier conflit est la moindre des choses.
Peut-être M. Qaani oublie-t-il que l’armée israélienne occupait déjà cinq points sur le territoire libanais avant le 2 mars… alors même que l’Etat libanais négocie pour un retrait total du territoire.
Comme on pouvait s’y attendre, la réaction du secrétaire général du Hezbollah Naïm Qassem, lors d’un discours jeudi, à ce communiqué conjoint libano-israélo-américain, a été particulièrement virulente. Il a qualifié de «fictif» le cessez-le-feu obtenu par l’Etat libanais, et les négociations directes d’«inutiles et humiliantes». «Si l’objectif de tout accord est de démilitariser le Hezbollah, cela veut dire que l’on ôte au Liban toutes ses cartes de force», a-t-il lancé, ajoutant que «cette déclaration est une capitulation et un appel à la discorde interne».
Relevant le fait que ce texte demande au Hezbollah de cesser les hostilités en priorité, Qassem a déclaré que son mouvement «est seulement concerné par un cessez-le-feu total et un retrait israélien complet des territoires libanais occupés».
La violence de cette réaction est attendue, du fait que le communiqué conjoint marginalise totalement le rôle du Hezbollah et de l’Iran, alors même que la marche des négociations apparaît inéluctable.
Comment réagira le Hezbollah sur le terrain ? Dans tous les cas, comme l’a dit jeudi le président américain Donald Trump lui-même, les efforts se poursuivent pour séparer les volets iranien et libanais.
Sur le terrain, les combats n’ont pas cessé. Alors qu’il avait donné l’impression la veille d’éviter de frapper le nord d’Israël, le Hezbollah aurait à nouveau envoyé des drones vers cette région, même s’il n’a revendiqué des tirs vers Israël.
Les sirènes ont retenti dans le nord d’Israël juste après le discours de Qassem, selon l’armée israélienne. Celle-ci continuait aussi ses frappes en diverses régions du sud, et a lancé un nouvel appel à l’évacuation de tous les habitants du sud du Zahrani (Saïda), bien au nord du Litani, l’ancienne ligne de démarcation.
Autre développement grave au sud : la mort d’un Casque bleu à Marjeyoun, un soldat de la FINUL de nationalité serbe, suite à la chute d’un missile sur le siège de l’organisation. La FINUL a dénoncé «une attaque délibérée» contre ses soldats, et demandé une enquête pour délimiter les responsabilités.
Plusieurs Casques bleus ont été tués et blessés durant ce conflit, certains par des tirs israéliens et les autres par le Hezbollah, suivant les déclarations de l’organisation elle-même.
Notons aussi la visite au Liban de l’envoyé français Jean-Yves Le Drian, qui a rencontré jeudi plusieurs personnalités libanaises. Le président français Emmanuel Macron a espéré que les négociations en cours (dans lequel la France ne joue pas de rôle) aboutiront à un cessez-le-feu effectif, et que son pays « reste à disposition » selon l’AFP.
Le Congrès américain
Sur le front américano-iranien, le développement le plus spectaculaire en ce 4 juin est la résolution votée par la Chambre des représentants américaine en faveur d’un arrêt immédiat de la guerre en Iran, lancée par le président américain Donald Trump depuis le 28 février dernier.
Une décision qui a été rendue possible par le ralliement de 4 députés républicains au bloc de démocrates, mais qui n’a qu’une portée symbolique.
Le Congrès reproche en gros à Trump de s’être engagé dans une guerre sans vision claire et sans prendre en compte l’intérêt des Américains.
Sous pression (interne et externe, en raison du renouvellement des attaques contre les pays du Golfe, notamment le Koweït mercredi), Trump a estimé que les négociations pourraient aboutir ce week-end. Il a réitéré le fait qu’aucun accord ne pourrait être conclu sans une livraison totale de l’uranium enrichi iranien aux Etats-Unis.
De son côté, le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a publié un communiqué dans lequel il accuse les Etats-Unis et Israël de tenter de semer la discorde, assurant que «l’ennemi a subi un revers cuisant» lors de ce conflit avec son pays.
Cette déclaration virulente intervient alors même que le président américain a récemment exprimé sa volonté de le rencontrer, et qu’il continue à déclarer que l’Iran veut un deal et que les négociations ont beaucoup progressé.
Ce type de démentis iraniens est devenu une habitude à chaque fois que Donald Trump s’exprime.
Signalons enfin un regain des tensions dans la bande de Gaza, où les forces israéliennes ont mené des bombardements violents dans la nuit de mercredi à jeudi sur des appartements, tuant notamment une famille entière.