
Deuxième round de pourparlers libano-israéliens à la Maison Blanche


Toute l’attention est portée sur Washington où se tient à 23h, heure de Beyrouth, le deuxième round de pourparlers directs entre le Liban et Israël, au niveau des ambassadeurs, alors que le conflit entre l’Iran et les Etats-Unis reste immobilisé dans cette zone grise, faite de tensions, dans laquelle il a glissé. Une zone grise qui permet cependant de basculer à n’importe quel moment vers l’escalade ou encore vers un apaisement, si jamais les médiateurs, notamment le Pakistan, parviennent à dégager une formule d’accord acceptable pour les deux parties.
Pour le Liban, l’enjeu est autrement plus important et s’article autour de deux objectifs à court et à long terme: à court terme, il s’agit d’obtenir dans une première phase, une prolongation du cessez-le-feu. Par la suite – ce qui sera plus compliqué tant que le Hezbollah n’est pas désarmé – il s’agit d’obtenir un arrêt des actes de violence israéliens au sud du pays où les soldats de Tel Aviv continuent d’aménager une zone tampon à coups de destructions, ainsi qu’un retrait de ces forces, éventuellement, et la libération des prisonniers libanais détenus en Israël.
C’est autour de ces éléments que les discussions se dérouleront à la Maison Blanche et non plus au Département d’État, selon le site Axios, où l’ambassadrice du Liban, Nada Moawad doit réclamer, sur instructions de Beyrouth, une rallonge du cessez-le-feu entré en vigueur jeudi dernier et dont la durée est seulement de dix jours. Elle devait également réclamer qu’au cours de cette trêve, l’armée israélienne suspende son ciblage des habitations, des établissements hospitaliers et éducatifs, des lieux de culte et des journalistes. Le Secrétaire d’Etat, Marco Rubio, sera présent à la réunion, aux côtés des deux ambassadeurs libanais et israélien qui seraient reçus par le président Trump.
A long terme, les autorités libanaises espèrent conclure avec Israël un arrangement, qui peut porter le nom d’accord de paix ou autre – il est encore prématuré de le dire – dont la finalité principale est de soustraire le pays à de nouvelles guerres.
En initiant un dialogue direct avec Israël, le pouvoir emprunte une voie certes semée d’embûches mais qui est primordiale pour affranchir le pays de l’état de dépendance à l’Iran dans lequel le Hezbollah l’avait plongé. Pour une fois, le pouvoir libanais dispose d’une marge de manœuvre lui permettant d’agir en fonction du seul intérêt des Libanais, sans être obligé, sous l’impulsion du Hezbollah et de ses alliés, d’accorder la priorité aux calculs stratégiques des uns et des autres.
C’est d’ailleurs sous ce seul angle qu’il faut aborder la levée de boucliers hezbollahi au processus diplomatique en cours. Son aboutissement marquera la fin de l’État satellite et l’émergence d’un État souverain, si le pouvoir va jusqu’au bout de son initiative souverainiste et tient bon devant les obstacles que l’axe pro-iranien ne manquera pas de dresser sur son chemin.
Apparemment désigné porte-parole du groupe, le député hezbollahi Hassan Fadlallah a tenu une nouvelle conférence de presse jeudi, pour mettre en garde contre la reprise de pourparlers directs avec Israël. Outre les menaces à peine voilées habituelles, il a joué dans son discours sur la fibre émotionnelle, en s’étalant sur le ciblage, certes lâche et condamnable, de la journaliste Amal Khalil, tuée mercredi dans une frappe israélienne sur el-Tiri, dans le caza de Bint Jbeil.
Ses propos, comme ceux de son chef, Naïm Kassem, tendent à déformer la réalité pour s’attribuer le rôle de sauveur hypothétique dans une situation catastrophique dont leur formation est la seule responsable et, surtout, pour défendre la pseudo légitimité d’un état anormal qu’ils veulent perpétuer. Ils mettent en relief surtout le décalage entre deux logiques: celle qui consiste à garder le Liban prisonnier d’intérêts stratégiques transfrontaliers, le Hezbollah ayant suffisamment démontré qu’il n’obéit qu’aux ordres de Téhéran, et celle, emmenée par le pouvoir libanais, qui consiste à prendre les initiatives et les mesures indispensables pour protéger les Libanais contre les dangers auxquels le Hezb les expose.
Dans cette optique, le président Joseph Aoun a réaffirmé, au cours du Conseil des ministres, jeudi, sa disposition à se rendre à Washington pour des discussions avec le président Donald Trump, autour du dossier libano-israélien, en soulignant l’importance de cette rencontre pour la suite des événements, notamment pour la reconstruction du Liban. Il n’a pas commenté les propos de M. Trump qui avait annoncé vouloir inviter son homologue libanais et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à des discussions à Washington, mais sur son compte X, la présidence de la République a indiqué que Joseph Aoun «n’a jamais envisagé un contact avec Netanyahu».
Dans ce processus de rétablissement de la souveraineté libanaise, le Liban est soutenu par la majorité des Libanais et par la communauté arabe et internationale. L’Arabie saoudite, qui suit de près le dialogue entre Beyrouth et Tel Aviv et reste soucieuse d’une revitalisation du Liban, a dépêché un émissaire dans la capitale libanaise. Le Conseiller du ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Yazid ben Farhane, a eu une série de discussions avec les officiels, dont le président de la Chambre, Nabih Berry, allié du Hezbollah. Au cours de ses entretiens, l’envoyé saoudien a mis l’accent sur la nécessité d’une application de l’accord de Taëf, qui prévoit entre autres le désarmement de toutes les milices et a sondé ses hôtes libanais au sujet du dialogue avec Israël.
Démission de Qalibaf?
Celui-ci se déroule au rythme des échanges de tirs entre Israël et le Hezbollah qui se prévaut de cette «résistance» nébuleuse afin de lancer non plus des roquettes, mais des drones, contre le nord israélien. Dans la zone délimitée par cette fameuse Ligne jaune, un tracé fictif devant marquer les limites de la zone d’opérations de l’armée israélienne, c’est comme si la guerre ne s’est pas arrêtée. L’armée israélienne a cependant opéré, jeudi soir, en dehors de cette zone, en ciblant une voiture sur la route de Choukine (caza de Natabiyé) tuant trois individus.
Du côté de l’Iran et des États-Unis, l’impression est qu’il ne se passe pas grand-chose pour le moment, comme les deux adversaires donnent le sentiment de s’observer à distance, et de se défier pour voir qui pliera en premier. La seule information qui a brisé cette routine faite de pressions, est celle d’une éventuelle démission du président du Parlement iranien Mohammad Qalibaf, de sa fonction de chef de la délégation de négociateurs. Elle a été rapportée par des médias israéliens et n’a toujours pas été confirmée de sources iraniennes officielles. Si elle s’avère juste, la démission de Qalibaf aura surtout démontré l’ampleur des divisions au sein du pouvoir iranien.
Pour l’heure, le bras-de-fer entre Téhéran et Washington tourne toujours autour du détroit d’Ormuz, contrôlé par la République islamique et du blocus américain des ports iraniens. L’Iran a fait savoir qu’il a commencé à percevoir les recettes des droits de passage des cargos qu’elle autorise à traverser le détroit, alors que Donald Trump a annoncé avoir donné l’ordre à la marine américaine de cibler les poseurs de mines.
«Les premiers revenus provenant des droits de passage du détroit d’Ormuz ont été déposés sur le compte de la Banque centrale», a déclaré Hamidreza Hajibabaei, vice-président du Parlement iranien, selon l’agence de presse Tasnim.
Dans le même temps, les Pasdarans ont annoncé avoir pris le contrôle de deux cargos dans la mer d’Oman, dans ce qui semble être une réaction à la réquisition, par la marine américaine, d’un bateau commercial iranien.
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a affirmé avoir donné à la marine l’ordre d'«abattre tous les bateaux, aussi petits soient-ils (...) qui posent des mines» dans le détroit d'Ormuz.
«Nos bateaux démineurs sont en train de débarrasser le détroit en ce moment. J'ordonne ici que cette activité continue, mais au triple de son niveau actuel», a-t-il ajouté.
Reste à savoir jusqu’à quand cette logique de la pression calibrée suivie par l’Iran et les Etats-Unis durera. Attendent-ils une quelconque percée au niveau des efforts pour une reprise des discussions à Islamabad? Si les deux sont d’accord pour donner la priorité à la diplomatie dans leur épreuve de force autour des dossiers du nucléaire, des armes balistiques et, côté iranien, du Liban - ce que Washington rejette - ils donnent l’impression d’avoir une vision moins claire sur l’aboutissement d’une reprise des opérations militaires.
Seul Israël, qui affirme régulièrement avoir le doigt sur la gâchette, semble avoir une idée précise sur le sujet. Le ministre israélien de la Défense, Israël Saar, a affirmé jeudi que Tel Aviv «n’attend que le feu vert américain pour éliminer la dynastie de Khamenei et de ramener l’Iran à l’âge de pierre».