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Le Nouveau réel

Trump, Obama… et le piège iranien

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(Photo BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)
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Par Khairallah Khairallah
Publié juin 4, 2026 - 03:59

Lequel des deux Donald Trump faut-il croire, celui qui connaît, au fond de lui-même, ce que représente l'Iran sous le régime instauré en 1979, ou celui qui semble s'être laissé gagner par les illusions de Barack Obama, convaincu que Téhéran détenait les clés de toutes les crises régionales et que son dossier nucléaire les résumait toutes à lui seul? Obama était allé jusqu'à s'imaginer que l'islam chiite radical, incarné par les Gardiens de la Révolution et leurs relais dans la région, se distinguait fondamentalement de l'islam sunnite radical, représenté par Al-Qaïda, Daech et, avant comme après eux, les Frères musulmans. Il n'avait pas compris que le fanatisme religieux, sous quelque forme qu'il se manifeste, chrétienne, islamique, juive ou hindoue, ne constitue jamais que des faces différentes d'une même monnaie.

Le comportement de Trump au cours des derniers jours a donné l'impression d'un homme en proie à l'indécision. Le président américain a semblé pencher, du moins en apparence, vers un accord bancal avec un régime qui cherche à reprendre l'initiative dans la région après avoir découvert une nouvelle arme: le détroit d'Ormuz. Tout indique qu'au sein de l'administration américaine, certains poussent à la conclusion d'un arrangement avec le régime iranien portant sur la réouverture du détroit, que l'on présenterait alors comme une victoire personnelle de Donald Trump.

Il est vrai que le dossier iranien est d'une complexité extrême, d'autant plus que Téhéran a trouvé cette nouvelle carte à jouer après avoir longtemps misé sur son programme nucléaire comme première ligne de défense du régime.

Que fera donc le président américain dans les jours et les semaines à venir, alors qu'il évoque sans relâche des «avancées» dans les négociations avec l'Iran, voire la possibilité d'une rencontre avec le «Guide suprême» Mojtaba Khamenei, dont peu de gens connaissent la réalité de l'état de santé et, plus fondamentalement, la capacité à exercer un pouvoir effectif sur la République islamique?

Les propos du président américain sur un possible «mémorandum d'entente» avec l'Iran suscitent une vive inquiétude, à l'heure où la République islamique n'a nullement renoncé à ses agressions contre les pays voisins. Les deux dernières attaques contre le Koweït et Bahreïn ont mis en lumière tout à la fois l'agressivité persistante de Téhéran et son incapacité à répliquer directement aux États-Unis et à Israël. Rien de tout cela n'a suffi à provoquer une réévaluation américaine de l'inutilité de tout accord avec un Iran qui a délibérément pris pour cible des civils dans un aéroport koweïtien, tant que ce dernier n'aura pas renoncé à son projet expansionniste, dont il n'a toujours pas accepté qu'il se heurte désormais à une impasse.

Certes, aucun Libanais ne peut que remercier Trump d'être intervenu pour dissuader Benjamin Netanyahu de lancer une nouvelle offensive sur la banlieue sud de Beyrouth, avec tout le surcroît de destruction que cela aurait infligé à une région libanaise attenante à la capitale, sans pour autant affecter sensiblement les capacités militaires du Hezbollah. Mais une telle initiative du président américain ne pèsera pas lourd dans les faits tant qu'il ne se sera pas doté d'une position claire face au projet expansionniste iranien dans son ensemble. On ne peut pas traiter avec la République islamique à la pièce, à la manière de Barack Obama qui avait tout fait pour ménager le régime iranien dans l'espoir de parvenir à un accord sur le nucléaire en juillet 2015, à quelques mois seulement de la fin de son mandat et de l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pour la première fois.

Dans la période précédant la signature de cet accord, entre la République islamique et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l'Allemagne, l'administration Obama avait tout mis en œuvre pour épargner à Téhéran le moindre agacement. C'est ainsi qu'Obama avait renoncé à l'été 2013 à frapper la Syrie pour abattre le régime minoritaire qui venait de retourner les armes chimiques contre son propre peuple. L'ancien président avait oublié ses promesses et la «ligne rouge» qu'il avait lui-même tracée pour Bachar al-Assad. Il avait cessé, du jour au lendemain, de voir la couleur rouge — toutes les autres, mais pas celle-là.

Donald Trump, depuis son arrivée à la Maison-Blanche au début de l'année 2017, avait pourtant fait la preuve d'une compréhension en profondeur de ce que représente l'Iran en tant que régime. Il avait déchiré l'accord nucléaire en 2018, le qualifiant de «pire du genre». Au début de l'année 2020, peu avant la fin de son premier mandat, il avait donné le feu vert à l'élimination de Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods au sein des Gardiens de la Révolution, qui était alors considéré comme la personnalité iranienne la plus influente après le Guide suprême défunt Ali Khamenei. Cet assassinat, survenu peu après que Soleimani eut quitté l'aéroport de Bagdad où il venait d'arriver en provenance de Damas, après une rencontre à Beyrouth avec Hassan Nasrallah, témoignait d'une connaissance intime de l'Iran, de l'architecture du régime et du rôle central que jouait un homme comme Soleimani, tant à l'intérieur du pays que dans toute la région.

Tout ce qu'a accompli le président américain depuis son retour à la Maison-Blanche, il y a un an et demi, atteste d'une maîtrise complète du dossier iranien. Il a notamment participé à deux guerres contre l'Iran aux côtés d'Israël. La première s'est achevée en juin de l'année dernière, après une campagne de frappes qui a touché les installations nucléaires iraniennes. Mais quelque chose a-t-il changé dans l'approche américaine de la République islamique et de ce qu'elle représente? Trump a-t-il commencé à traiter avec l'Iran en tenant compte de ses conditions, sous l'effet d'une médiation pakistanaise qui offre à Téhéran davantage de temps pour manœuvrer?

Quelques jours suffiront — quelques semaines tout au plus — pour savoir si Trump est désormais prêt à tomber dans le piège iranien en dissociant le dossier nucléaire des missiles balistiques et de leurs rampes de lancement, des instruments de la puissance iranienne en Irak, au Liban et au Yémen, du comportement général de la République islamique envers ses voisins et en particulier envers les six États membres du Conseil de coopération du Golfe.

Ce qui est certain, c'est que si Trump venait à changer et à traiter l'Iran en ordre dispersé — ou même s'il ne changeait pas — le Liban paierait un prix élevé en raison de l'arsenal du Hezbollah. Car la seule constante dans la relation israélo-américaine demeure cet acharnement à séparer le dossier libanais du dossier iranien.

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