
Netanyahu donne l’ordre à l’armée de «bombarder avec force les positions du Hezbollah au Liban»


Ce n’est désormais un secret pour personne. De profondes divergences opposent les hauts responsables iraniens au sujet de la tournure que devraient prendre les (éventuelles) négociations avec les Etats-Unis. Ce clivage, qui éclate de plus en plus au grand jour, a pratiquement gelé, voire remis en question, ce que certains appellent « l’option diplomatique » dans la recherche d’une issue au conflit actuel.
Ces divergences qui déchirent les deux courants antagonistes au sein du régime iranien – les Gardiens de la Révolution face à la faction dite « modérée » – ont rendu concrètement caduque la visite que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait entamée à la fin de la semaine à Islamabad. D’entrée de jeu, cette visite du chef de la diplomatie iranienne a été torpillée par le président de la commission de sécurité nationale au Parlement iranien qui a en effet déclaré que « Araghchi n’est chargé d’aucune mission au Pakistan concernant les négociations sur le nucléaire ». Et de souligner que « les négociations sur le nucléaire constituent l’une des lignes rouges pour l’Iran ».
Son rôle ayant été marginalisé dès le départ, à partir de Téhéran, M. Araghchi s’est contenté de s’entretenir avec les dirigeants pakistanais à qui il a remis un document définissant la position de l’Iran dans le conflit actuel. Le document met l’accent sue « les profondes réserves de l’Iran au sujet des demandes américaines », soulignant que la République islamique réclame « la fin du blocus naval et des attaques américaines ». Selon certaines sources, le ministre iranien a précisé à ses interlocuteurs pakistanais qu’il n’était pas en mesure de modifier le document en question «car c’est un cauchemar d’atteindre le Guise suprême»…
Conséquence directe du « rappel à l’ordre » provenant de Téhéran : une réunion de M. Araghchi avec les négociateurs américains, dans le cadre du 2e round des pourparlers avec les Etats-Unis (attendu depuis plusieurs jours) n’était plus de mise. Le ministre iranien a de ce fait quitté Islamabad samedi en fin de journée pour Oman. Le président Donald Trump a aussitôt annulé le départ de ses deux négociateurs pour Islamabad, Steve Witkoff et Jared Kushner, soulignant qu’il ne pouvait pas demander à ces derniers d’effectuer un voyage de 18 heures « pour s’asseoir à une table et ne discutait de rien ». Et d’ajouter : « Notre équipe de négociateurs a perdu beaucoup de temps à voyager inutilement (…). Personne ne sait qui est responsable en Iran. Même eux ne le savent pas (…). Nous effectuons un voyage de 18 heures pour discuter avec des personnes alors que nous ne savons pas qui ils représentent en Iran »…
Vive tension à Fanar et dans les quartiers sunnites de Beyrouth
Sur le plan libanais, trois développements majeurs ont marqué la journée du samedi 25 avril.
Au Liban-Sud, l’armée israélienne a mené une attaque aérienne ciblée qui a visé un véhicule à bord duquel se trouvaient trois miliciens du Hezbollah qui ont été tués sur le coup. Une seconde attaque a visé une moto conduite par un membre du parti pro-iranien qui a également été tué sur le coup. Deux autres partisans de la formation chiite ont en outre été éliminés dans la région du Litani. En soirée, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devait donner l’ordre à Tsahal de « bombarder avec force les positions du Hezbollah au Liban »…
Autres développements majeurs de ce samedi 25 avril : dans le quartier sunnite de Sakyet el-Janzir, à Beyrouth, et dans la banlieue de la capitale, à Fanar, deux graves incidents ont suscité une vive tension au niveau populaire.
A Fanar, dans le quartier (chiite) dit “el-Zeaiterieh” deux jeunes partisans du Hezbollah ont tabassé un agent municipal. Le curé de la paroisse de Fanar, le père Rabih, est aussitôt intervenu pour circonscrire l’incident, mais il a été agressé et insulté à son tour par les deux jeunes partisans. Le prêtre s’est alors réfugié dans l’église Saint-Joseph de Fanar. Il a été cependant poursuivi par les agresseurs qui ont fait irruption dans l’église en proférant des menaces de mort contre lui et en s’en prenant aux fidèles présents.
L’incident a provoqué une vive tension à Fanar où les habitants se sont rassemblés devant l’église dans un mouvement de colère. En soirée, le député du Metn Ibrahim Kenaan devait indiquer qu’à la suite de contacts entrepris avec les Renseignements de l’armée et des Forces de Sécurité intérieure, les deux agresseurs ont été appréhendés et remis aux Renseignements des FSI. Le député Elias Hankache a confirmé de son côté que les deux agresseurs ont été incarcérés.
A Beyrouth, des éléments du Service de la Sécurité de l’Etat ont fait irruption de manière intempestive, en se livrant à des tirs nourris d’armes automatiques (qui ont failli tuer une fillette), dans le quartier sunnite de Sakyet el-Janzir afin d’appréhender un notable, Abou Ali Itani (partisan du Courant du futur), propriétaire de générateurs d’électricité, accusé d’avoir augmenté, sans autorisation légale, les tarifs d’électricité.
L’intervention intempestive des agents de la Sécurité de l’Etat et les tirs nourris d’armes automatiques ont provoqué une réaction de colère parmi les habitants du quartier qui ont accusé les agents de sécurité de « partialité flagrante », affirmant que l’officier en charge de l’unité qui est intervenue dans le quartier est proche du Hezbollah et qu’il a voulu s’en prendre à Abou Ali Itani en raison de ses positions ouvertement hostiles au parti pro-iranien.
La tension à Sakyet el-Janzir a rapidement fait tâche d’huile dans les quartiers sunnites de la capitale où les routes ont été coupées à Kaskas, Mazraa, Aïcha Bakkar, Karakol Drouz, el-Mounla, Verdun, et Hamra.
Le comportement des agents de la Sécurité de l’Etat a été stigmatisé par le Premier ministre Nawaf Salam et le mufti de la République. En fin d’après-midi, une délégation des moukhtars et des habitants s’est rendue chez le ministre de l’Intérieur pour réclamer que des mesures soient prises à l’encontre des coupables. De fait, le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Claude Ghanem, a interrogé cinq agents de la Sécurité de l’Etat soupçonnés d’être impliqués dans l’incident.
Reste a signaler, enfin, que l’ancien leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a été reçu hier par le président syrien Ahmed Chareh.