

L’objectif des négociations menées par l’administration américaine avec la partie iranienne à Mascate et à Genève n’était autre que de transmettre un seul message. Le contenu de ce message est que la « République islamique » doit changer, que ce changement doive intervenir à l’amiable ou par la force. Le président Donald Trump n’a pas hésité à déclarer récemment que la chute du régime iranien serait « la meilleure chose qui puisse arriver ». Dans cette perspective, on comprend la répétition par le président américain de son refus du retour de Nouri al-Maliki au poste de Premier ministre en Irak. De même, dans cette perspective, on peut comprendre l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et son transfert à New York avec son épouse.
Une opération d’encerclement méthodique est en cours contre l’Iran, accompagnée d’un rognage continu de ses ailes après son éviction de Syrie et l’élimination quasi totale du Hezbollah, joyau de la couronne du projet expansionniste de la « République islamique ».
Il convient de relever aujourd’hui l’insistance de l’administration américaine à revenir en Irak. Trump semble nourrir une véritable obsession irakienne. Les États-Unis ont payé au prix fort la chute du régime baassiste familial de Saddam Hussein en 2003. Ils ont payé en sang et en centaines de milliards de dollars pour voir l’Iran sortir comme unique vainqueur d’une guerre dont on ignore encore les motivations exactes, notamment celles qui ont conduit l’administration de George W. Bush à la déclencher.
Le retour du président américain sur la question de Nouri al-Maliki n’est nullement fortuit dans un contexte marqué par une escalade dangereuse entre la « République islamique » d’une part, et les États-Unis et Israël d’autre part. Il s’agit d’une escalade sérieuse, surtout après le transfert de la guerre à l’intérieur du territoire iranien en juin dernier.
Dans l’esprit de Trump se déploie un ensemble de calculs précis, dont un calcul lié à l’Irak désormais tombé dans le giron iranien. Les Américains, et plus précisément l’administration Bush, ont livré l’Irak à l’Iran sur un plateau d’argent. Cela semble demeurer gravé dans la mémoire de Donald Trump, qui s’est donné pour mission de mettre un terme à l’hégémonie iranienne dans la région en commençant par l’Irak.
Les États-Unis ont porté au pouvoir à Bagdad des milices chiites irakiennes affiliées aux Gardiens de la révolution iraniens. Ces milices se sont empressées de se retourner contre « l’occupant » américain et de servir les intérêts de Téhéran. L’administration Bush s’est trompée dans tout ce qu’elle a entrepris en Irak, notamment en raison de l’absence d’un plan clair pour l’après-Saddam Hussein.
Trump sait également que la relance du projet expansionniste iranien dans la région est partie d’Irak. Avec la chute de Bagdad en avril 2003, les équilibres régionaux ont été bouleversés. Avec la chute de l’Irak, la Syrie est tombée entièrement sous l’emprise iranienne, et le Liban également, où la « République islamique » a assassiné Rafic Hariri il y a vingt et un ans, après avoir estimé qu’il constituait un obstacle à son expansion fondée sur l’exploitation des instincts confessionnels et le remplacement des institutions étatiques par des milices affiliées aux Gardiens de la révolution.
Le roi Abdallah II de Jordanie avait mis en garde contre les dangers de livrer l’Irak à l’Iran avant même l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005. En octobre 2004, il évoquait le « Croissant chiite » dans son sens politique, comme un croissant perse s’étendant de Téhéran à Beyrouth via Bagdad et Damas. Il s’exprimait dans un entretien accordé au Washington Post. Ses propos révélaient sa clairvoyance quant aux conséquences de la mainmise iranienne sur l’Irak.
Depuis son entrée à la Maison-Blanche en janvier 2016, Trump a concentré son attention sur le danger iranien. Il a déchiré l’accord sur le dossier nucléaire iranien conclu en 2015 par l’administration Barack Obama, en mai 2018. Au début de l’année 2020, les États-Unis ont éliminé Qassem Soleimani, chef de la « Force al-Qods », fer de lance du projet expansionniste iranien. L’opération a eu lieu peu après que Soleimani eut quitté l’aéroport de Bagdad, où il était arrivé de Beyrouth via Damas, aéroport considéré comme sûr par la « République islamique ». Son élimination a constitué un tournant régional majeur, comme en témoigne l’apparence de Hassan Nasrallah, ancien secrétaire général du Hezbollah, lorsqu’il évoquait Soleimani et la relation qui les unissait, y compris la coordination entre l’Iran et le parti au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et dans plus d’un État du Golfe.
Trump est revenu à la Maison-Blanche il y a environ un an et un mois, dans un contexte nouveau où l’Iran s’est affaibli et où son projet expansionniste a subi des revers majeurs après la perte des guerres menées en marge de celle de Gaza.
Dans cette perspective, il apparaît naturel de poursuivre la campagne contre l’Iran à partir de l’Irak, qui ne saurait rester un terrain de jeu des Gardiens de la révolution, comme le furent le Liban et la Syrie avant l’assassinat de Hassan Nasrallah dans la banlieue sud de Beyrouth et avant la fuite de Bachar el-Assad vers Moscou.
Il n’est pas essentiel de s’égarer dans les méandres liés à la personnalité de Nouri al-Maliki ni de mesurer l’ampleur de l’influence iranienne sur lui. Pour Trump, l’essentiel est le retrait de l’Iran d’Irak. Il n’est pas acceptable que l’Amérique demeure prise au piège iranien. Depuis 2003, l’Irak est gouverné par des hommes revenus à Bagdad sur des chars américains. Donald Trump refuse cette ingratitude qui a accueilli la guerre américaine en Irak il y a vingt-trois ans.
À présent que l’administration Trump place l’Iran devant l’alternative de la capitulation ou d’une attaque massive par mer et par air, il paraît logique que Trump cherche à reconquérir l’Irak si l’objectif est véritablement de mettre un terme au projet expansionniste iranien.