

Après quarante jours de guerre entre les États‑Unis et Israël, d’une part, et l’Iran, de l’autre, et simultanément entre Israël et le Hezbollah au Liban, le 8 avril 2026 un premier accord‑cadre de cessez‑le‑feu entre Washington et Téhéran est entré en vigueur.
Quelques heures plus tard, une série d'opérations aériennes israéliennes massives ont touché plus de trente positions du Hezbollah au Liban en l’espace de dix minutes, faisant plus de 300 tués et 1 150 blessés, des frappes parmi les plus meurtrières du conflit, l’aviation israélienne ayant largué précisément 160 bombes.
L’accord américano‑iranien, initialement prévu pour quinze jours et n’incluant pas le Liban, fut prolongé pour une durée indéterminée le 21 avril. Il prévoyait, en plus de l’arrêt des hostilités entre les deux parties, la réouverture du détroit d’Ormuz et l’amorce de pourparlers diplomatiques.
Ces pourparlers ont abouti le 17 juin 2026 au protocole d’entente, valide pour 60 jours, incluant un arrêt de la guerre au Liban, signé par Donald Trump et Massoud Pezeshkian, visant à instaurer une cessation durable des hostilités.
Entre‑temps, et sous forte pression américaine, un accord complémentaire concernant le Liban est entré en vigueur le 17 avril 2026, soit neuf jours après le début du cessez‑le‑feu entre l’Iran et les États‑Unis et la frappe israélienne meurtrière simultanée.
Cette trêve, négociée entre Trump, Netanyahou et Joseph Aoun, stipulait un arrêt des combats pour une période de dix jours. Elle fut prolongée puis aboutit à l’accord‑cadre libano‑israélien signé à Washington le 26 juin 2026.
L’illusion du cessez‑le‑feu
Depuis le 17 avril, et même après l’accord‑cadre du 26 juin, le cessez‑le‑feu au Liban a rapidement montré ses limites sur le terrain. En effet, les hostilités n’ont pas cessé: entre violations répétées, extension géographique des frappes et désastre économique, le sud du Liban demeurait le théâtre d’une confrontation de haute intensité jusqu’au 26 juin, puis d’intensité moyenne à faible depuis.

Dans le même « stand » du Hezbollah évoqué dans la légende précédente, une affiche montre un combattant faisant le salut militaire, avec le drapeau libanais et celui du Hezbollah. Une scène rarissime, voire presque impensable, le drapeau national étant souvent absent des manifestations du Hezbollah, et encore moins mis en avant face au drapeau jaune du groupe pro-iranien. (AFP)
Pour mieux illustrer l’attitude de la Maison‑Blanche concernant les cessez‑le‑feu entre Israël et le Hezbollah, ce dernier n’ayant pas été directement inclus dans les négociations, Donald Trump, interrogé début juin 2026 au Bureau ovale, a affirmé qu’«un cessez‑le‑feu au Liban est différent d'un cessez‑le‑feu dans d'autres endroits du monde».
Cette déclaration marque sa volonté de dissocier la situation libanaise du dossier iranien, bien que les Iraniens lient les deux conflits, lien plus conforme à la réalité et qui fragilise les accords, à moins que les autorités libanaises fassent preuve de fermeté et de solidarité.
Une asymétrie de feu persistante
Le Hezbollah ainsi que son public inconditionnel continuent de manifester un déni pathologique d’une réalité bien plus sombre que l’imaginaire collectif.
Entre le premier cessez‑le‑feu Liban‑Israël d’avril, et le 14 juin 2026, date de l’annonce du protocole d’entente Washington‑Téhéran incluant le Liban, les données recueillies démontrent un net déséquilibre des forces et de l’activité militaire sur le terrain.
Sur cette période de 59 jours, les forces israéliennes ont mené un total de 5056 attaques tous types confondus (surtout aérien, drones, artillerie, autres) contre 947 pour le mouvement chiite tous types confondus (missiles antichars à charge tandem, drones, mortiers, autres), soit 5,34 attaques israéliennes pour une attaque du Hezbollah (1). Cette disproportion se traduit par une moyenne quotidienne de 94 attaques israéliennes, avec des pics d’intensité alarmants, notamment le 26 mai 2026, lorsque 203 attaques opérées par l’armée de l’État hébreu ont été recensées en une seule journée.
Depuis le début du conflit, des chiffres alarmants
Si l’on remonte au début du conflit, aucun décompte officiel précis du nombre brut de bombes larguées sur le Liban depuis le 2 mars 2026 n’a été publié.
Les instituts scientifiques et les autorités gouvernementales libanaises ont cependant fait des recensements. Entre le 2 mars et le 16 avril 2026 (avant le premier cessez‑le‑feu Liban‑Israël), le CNRS libanais a enregistré 8200 attaques israéliennes tous types confondus (frappes aériennes, tirs d’artillerie et incursions), dont 306 vagues massives de raids aériens, rien que durant les deux premières semaines de mars.
Si l’on ajoute ce chiffre à celui recensé après le 17 avril (2), le total depuis le 2 mars et jusqu’au 14 juin s’élève à 13256 frappes israéliennes.
Enfin, depuis la mi‑juin 2026, les bombardements se poursuivent à un rythme moindre mais quotidien, de 10 à plus de 160 projectiles par jour, selon la FINUL.
Parallèlement, aucun chiffre officiel global et précis en tonnage de munitions (masse nette d'explosifs ou poids des bombes) n'a été publié depuis le début du conflit, ni pour l'armée israélienne ni pour le Hezbollah.
Cependant, les bilans publiés par Tsahal indiquent l’usage de bombes guidées de 250 à 900 kg lors des frappes aériennes, ce qui représente, en termes de tonnage total approximatif, 12 500 tonnes de munitions aériennes ayant ciblé le Liban.
À titre comparatif, pendant la guerre des 33 jours de 2006, Israël avait largué sur le Liban 7 500 tonnes de bombes.
Pour plus de précision, des relevés de la FINUL indiquent qu’en journées d’observation type, environ 97 % des trajectoires d’explosifs et de projectiles observées provenaient des forces israéliennes.
Du côté du Hezbollah, l’arsenal repose sur les roquettes, missiles antichar et drones‑suicides plutôt que sur des bombes d’aviation lourdes.
Depuis l’effondrement du premier cessez‑le‑feu du 17 avril, le parti pro-iranien a tiré plusieurs milliers de projectiles, avec des pics de 100 à 200 projectiles lors des journées de forte intensité.
La charge explosive unitaire de ces roquettes (type Katioucha/Grad) est généralement estimée entre 20 et 50 kg, ce qui laisse un tonnage total nettement inférieur de 18 fois au moins à celui des munitions israéliennes; cela ramène la masse de munitions du Hezbollah ayant ciblé les Israéliens à 700 tonnes.
L'innovation technologique du Hezbollah
À la fin du mois d’avril 2026, le Hezbollah a franchi un nouveau cap militaire en déployant massivement des drones kamikazes FPV (First Person View), guidés par des câbles ultrafins de fibre optique.
Inspirés des tactiques du conflit ukrainien et assemblés à bas coût (entre 300 et 600 dollars l’unité), ces appareils en matériau non métallique s'affranchissent totalement des ondes radio et du signal GPS.
Cette caractéristique technique les rend strictement indétectables par les radars et insensibles aux systèmes de brouillage électronique israéliens.
Grâce à un flux vidéo haute définition ininterrompu, à travers des câbles ultrafins en fibres optiques reliant les drones à leurs opérateurs du Hezbollah, ceux-ci parviennent à mener des frappes chirurgicales d'une précision redoutable contre les blindés de Tsahal, causant des pertes en vies humaines israéliennes plus élevées depuis le mois de mai et forçant l’état‑major de l’État hébreu à repenser ses systèmes de protection terrestre.
Ces « drones kamikazes » représentaient en effet plus de 50 % des opérations de la milice pro-iranienne jusqu’au 26 juin.
En face, la réponse israélienne reposait majoritairement sur la puissance aérienne (60,5 % des frappes) et une utilisation soutenue de l’artillerie, visant prioritairement les infrastructures, mais impuissante face aux drones FPV.
Et l’accord‑cadre libano‑israélien?
Sous un angle purement tactique et technique, depuis le 26 juin on note une baisse relative de l’intensité des opérations militaires.
Les campagnes massives de raids aériens israéliens ont laissé place à des frappes aériennes et des frappes de drones plus ciblées, et à des actions terrestres limitées incluant des démolitions de bâtiments et d’infrastructures.
Si le Hezbollah semble également avoir réduit ou arrêté ses attaques, le climat reste d'une fragilité extrême, vu le facteur iranien souhaitant retarder les pourparlers en cours à Bürgenstock, et israélien mettant en priorité la question sécuritaire et voulant vider le sud de la ligne jaune de ses habitants qui soutiennent la milice pro-iranienne.
En conclusion, le « cessez‑le‑feu » est excessivement fragile et le Hezbollah est loin de clamer haut et fort une victoire, bien qu’il se soit adapté à de nouvelles tactiques et techniques. Pour le Liban, déjà fragilisé par une crise multidimensionnelle, l’application des clauses de l’accord‑cadre est un vrai défi.
(1) et (2): Fadi Hajji-Georgiou – recherche et développement