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La Boussole du Levant

Trois cessez-le-feu, un seul schéma

Comment le Liban s'est lui-même fourré dans l'impasse

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بقلم Rayyan Al-Basseer
نُشر avr. 20, 2026 - 10:00

Le 16 avril 2026, une cessation des hostilités de dix jours entre Israël et le Liban entrait en vigueur. C'était, à tout point de vue, l'accord le plus faible que le Liban eût jamais accepté. Là où la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée en 2006, imposait des obligations contraignantes et symétriques à toutes les parties, et où la cessation des hostilités de novembre 2024 avait institué un mécanisme de surveillance robuste assorti de calendriers d'application précis, l'instrument d'avril 2026 imposait une obligation immédiate, totale et inconditionnelle de désarmer le Hezbollah, tout en accordant à Israël des droits de légitime défense préemptive dont il n'avait jamais formellement disposé auparavant. Quelque chose avait manifestement mal tourné, non pas dans les salles de rédaction de Washington ou de Paris, mais dans les décennies de paralysie stratégique qui avaient immobilisé Beyrouth.

 

La lettre contraignante de la résolution 1701

La résolution 1701 était, sur le papier, un instrument sérieux. Adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 11 août 2006 pour mettre fin à la guerre de l'été entre Israël et le Hezbollah, elle définissait des obligations claires et inconditionnelles pour toutes les parties. Israël était tenu de cesser immédiatement ses opérations offensives, de se retirer du Liban-Sud parallèlement au déploiement de l’armée libanaise, de respecter en tout temps la Ligne bleue tracée par l'ONU, et de remettre les cartes des champs de mines restants. Le Liban était tenu de déployer son armée au sud, d'exercer sa pleine souveraineté sur l'ensemble de son territoire, de prévenir tout transfert d'armes non autorisé et, conséquence la plus lourde de portée, de poursuivre le désarmement des acteurs armés non étatiques. Le Hezbollah, qui n'était pas signataire formel mais dont le chef Hassan Nasrallah s'était publiquement engagé à respecter le cessez-le-feu, était tenu de cesser toute attaque contre Israël, de se retirer de la zone au sud du fleuve Litani, et de se soumettre à l'autorité du gouvernement libanais.

 

L'art de la non-application

Ce qui suivit fut un échec quasi complet de la mise en œuvre, sans pour autant être un échec équitable entre les parties. Israël mit fin à ses principales opérations et retira finalement la majeure partie de ses forces terrestres, mais continua à violer l'espace aérien libanais pendant des années et ne fournit qu'une divulgation partielle des cartes de mines. Le gouvernement libanais déploya l’armée libanaise au Liban-Sud dans une capacité limitée, mais ne chercha pas sérieusement, une seule fois, à désarmer le Hezbollah, le différant indéfiniment par le biais du dialogue politique, de la sensibilité communautaire et d'un calcul tacite selon lequel le coût d'une confrontation l'emportait sur celui de l'inaction. Le Hezbollah, le groupe qui s'était publiquement engagé à respecter le cessez-le-feu, passa les dix-huit années suivantes à constituer un arsenal estimé à terme à 150 000 roquettes et missiles, à creuser des tunnels vers Israël et à édifier ce qui revenait à un État parallèle au Liban-Sud, l'ensemble en violation directe d'une résolution contraignante du Conseil de sécurité.

 

La fiction de Chébaa

Pour contrecarrer la justification israélienne de légitime défense, le Liban et le Hezbollah invoquèrent le différend non résolu des fermes de Chébaa, une étroite bande de territoire dont le statut demeurait cartographiquement ambigu, comme fondement permettant de tolérer la posture armée du Hezbollah en tant que «résistance nationale». Cet argument souffrait d'un vice rédhibitoire: la Syrie avait reconnu en privé, en 2011, que ce territoire était syrien et non libanais, ce qui signifiait que le fondement politique central de l'existence armée du Hezbollah au Liban-Sud reposait sur une revendication que même Damas ne cautionnait pas. Rien de tout cela n'avait de validité juridique au regard du texte de la résolution, qui ne contenait aucune clause d'échappatoire autorisant le non-respect pour des motifs politiques.

 

Une seconde chance, mieux rédigée

Après que le Hezbollah eut ouvert un «front de soutien» à la suite des attaques du Hamas du 7 octobre, et que la guerre eut dégénéré en invasion terrestre israélienne du sud du Liban à l'automne 2024, la communauté internationale se réunit à nouveau. Il en résulta la cessation des hostilités de novembre 2024, négociée sous médiation américaine et française. Cette fois, les rédacteurs s'employèrent à colmater les brèches. Le langage glissa de l'aspirationnel au contraignant. Le Liban n'était plus simplement invité à œuvrer au désarmement du Hezbollah: il était tenu de «prévenir» les opérations du mouvement, en tant qu'obligation de résultat. Un calendrier de soixante jours fut fixé pour le retrait coordonné israélien et le déploiement de l’armée libanaise au Liban-Sud. Un mécanisme de surveillance présidé par les États-Unis fut établi pour vérifier l'application des engagements. Le mot «parallèle» apparut explicitement: les obligations des deux parties ne pouvaient être traitées comme séquentielles.

 

Progrès prudents, ombres familières

Les premiers résultats furent prudemment encourageants. En avril 2025, le Hezbollah avait transféré le contrôle d'environ 190 de ses 265 positions militaires au sud du Litani à l’armée libanaise. Des responsables militaires libanais et américains signalèrent la saisie de milliers de roquettes et de centaines de missiles. Pour la première fois depuis 1990, le président de la République s'engagea à faire appliquer le monopole étatique sur les armes, et le gouvernement criminalisa formellement les activités militaires du Hezbollah. Ces mesures représentaient des progrès tangibles, encore que demeurés limités.

 

L'histoire se répète, plus vite

Les mêmes défaillances resurgirent néanmoins. La FINUL documenta plus de 7 500 violations de l'espace aérien israélien et près de 2 500 violations terrestres jusqu'en octobre 2025. Israël maintint ses troupes à cinq positions au Liban bien au-delà du délai de soixante jours, déclarant publiquement son intention de les y maintenir indéfiniment. L’armée libanaise ne se vit formellement confier la mission de confisquer les armes du Hezbollah que près d'un an après la conclusion de l'accord. Le Liban conditionna à maintes reprises ses propres efforts de désarmement à un retrait préalable et complet d'Israël, une condition que le texte de l'accord ne prévoit nullement. Le Hezbollah reconstruisit discrètement son arsenal. Et le 2 mars 2026, le mouvement tira des projectiles sur le nord d'Israël, invoquant l'assassinat du Guide suprême iranien Khamenei et la poursuite de l'occupation israélienne, des justifications dépourvues de tout poids juridique au regard des engagements auxquels il avait effectivement souscrit.

 

Le prix des défaillances accumulées

L'accord d'avril 2026 fut négocié dans ce contexte de violations répétées. Son architecture est le reflet du déficit de rapport de force que le Liban a accumulé au fil des années. Les obligations d'Israël sont plus étroites qu'à aucun moment depuis 2006, se réduisant pour l'essentiel à une abstention de dix jours des opérations offensives, qualifiée explicitement de «geste de bonne volonté» plutôt que d'engagement juridique contraignant. Plus significatif encore, le droit d'Israël à la légitime défense a été formellement élargi pour couvrir non seulement les attaques en cours et imminentes, mais aussi les attaques «planifiées», ce qui signifie qu'Israël conserve le droit explicite de conduire des frappes préemptives sur la base d'évaluations du renseignement, sans attendre qu'une attaque se matérialise. Ce n'est pas une concession qu'Israël a arrachée par une diplomatie agressive: c'est l'aboutissement logique d'un processus dans lequel chaque accord antérieur avait été violé, et chaque délai d'application avait été manqué.

Ce qui a été cédé sans être arraché

Les obligations du Liban en 2026 sont formulées dans un langage sensiblement plus strict qu'en 2024. Là où les accords précédents exigeaient du Liban qu'il «prévienne» les opérations du Hezbollah en tant qu'obligation de résultat, ou qu'il procède progressivement au désarmement des acteurs non étatiques, le texte de 2026 invoque la responsabilité «exclusive» du Liban de défendre son territoire, sans mécanisme de surveillance ni calendrier pour la confiscation des armes. En un seul instrument, toute l'architecture de supervision internationale patiemment édifiée depuis 2006 a été dissoute au profit de négociations bilatérales directes auxquelles le Liban se présente depuis une position de faiblesse structurelle.

Le schéma qui traverse les trois accords n'est pas difficile à identifier. Chaque cadre successif a imposé des exigences de désarmement plus strictes au Liban et au Hezbollah, tout en formalisant et en élargissant simultanément la latitude reconnue à Israël pour l'action militaire. Ce n'est pas le fruit du hasard. Lorsqu'un État ne parvient pas à établir le contrôle exclusif de son territoire, tolère qu'un acteur non étatique maintienne un arsenal militaire indépendant et laisse ses frontières servir de vecteurs à des transferts d'armes en violation de ses propres engagements internationaux, l'espace juridique et politique dont dispose l'État voisin invoquant la légitime défense ne peut qu'inexorablement s'élargir. La latitude opérationnelle d'Israël en 2026 n'a pas été conquise unilatéralement: elle a été concédée par paliers, au fil de décennies d'inaction libanaise.

Cela ne saurait excuser l'occupation israélienne continue du territoire libanais au-delà des délais convenus, la mort de centaines de civils depuis novembre 2024, ni les frappes répétées contre les infrastructures civiles. Ce sont là des violations graves qui engagent une responsabilité juridique — un avantage que tout gouvernement ayant rempli ses propres obligations aurait cherché à faire valoir. Dans les faits, cependant, la trajectoire générale des négociations entre Israël et le Liban demeure prévisible. Les conditions politiques et juridiques qui rendent l'action militaire israélienne défendable, tant sur le plan intérieur qu'international, ont été façonnées en grande partie par ce que le Liban et le Hezbollah ont omis de faire pendant plus de deux décennies.

La trajectoire qui va de la résolution 1701 en 2006 au geste de dix jours d'avril 2026 n'est pas celle d'une manipulation par les grandes puissances ni d'une trahison diplomatique, mais bien plutôt le reflet des choix d'un État qui a permis à une autorité militaire parallèle d'opérer sur son territoire, a tenté de circonvenir la communauté internationale, et a découvert — accord après accord — que la patience de celle-ci était épuisée. En conséquence, le Liban engage en avril 2026 des négociations directes avec Israël en tant qu'État souverain ayant formellement reconnu son incapacité à garantir le contrôle de son propre territoire. C'est une position exceptionnellement difficile depuis laquelle espérer parvenir à un accord équitable.

 

 

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