


Un jeune adolescent rentre fièrement chez lui et annonce à ses parents qu’il a réussi son examen, leur tendant son papier sur lequel une note de 3/20 est inscrite. Note éliminatoire, certes, mais pour l’élève, c’est une victoire !
Et dans le fond, pourquoi pas ? Le Hezbollah a bien proclamé la sienne, à l’heure psychologique, ce vendredi 17 avril, dans une ambiance de fête, où ses partisans ont laissé éclater leur joie ainsi que les obus de B7 et RPG ; les rafales de leurs mitraillettes à balles traçantes ont illuminé les cieux pendant plus de quarante minutes. Un véritable spectacle de sons et lumières au-dessus de la capitale, déclarée quelques heures plus tôt, lors d’une conférence, région démilitarisée…
Une victoire divine (ter repetita) qui ne sera en rien entachée des considérations telles que les bilans humains et matériels, aussi lourds soient-ils. Qu’importe les morts, les blessés, la destruction, la terre brûlée et l’occupation au Sud, les conséquences économiques, etc. tant que des pontes de la milice, pourtant éduqués et instruits, prônent et proclament des inepties, et le pire, en sont convaincus.
La présence d’un cerveau n’implique pas nécessairement son utilisation. C’est d’ailleurs pour cette raison que le lavage de celui des autres est tellement aisé.
Non seulement, le Hezbollah décide pour tous les Libanais, mais aussi il pense en lieu et place de ses partisans. Si l’armée israélienne a coupé les ponts de communication entre le sud et le nord (du Litani), les responsables du Hezbollah ont, quant à eux, réussi à couper les liaisons neuronales de leurs sbires, à un point que dans leur logique (s’il y en a une), douter de leur victoire, c’est se ranger du côté de l’ennemi.
Plus de 2200 morts, et alors ? Il est des guerres où le nombre est nettement plus élevé, donc victoire !
Plus de 40 villages littéralement rasés, et alors ? Ce n’est que de la pierre, ça se reconstruit, donc victoire !
Plus de dix kilomètres du pays occupés, et alors ? Le 25 mai prochain, on fêtera la journée de la « libération » et ce sera un jour férié, donc victoire !
Il est donc humainement impossible de convaincre un vaincu qu’il l’est.
Et puisqu’il semble que la réalité soit devenue une variable d’ajustement, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Il suffira de changer les mots et leurs sens pour transformer les faits.
À ce rythme, chaque recul deviendra une avancée stratégique, chaque perte une preuve de gain, chaque défaite une victoire mal comprise, la souveraineté est une notion flexible, la destruction est une forme d’investissement, la mort est une nouvelle vie, et surtout, penser par soi-même est une trahison.
Après tout, quand le mensonge est répété assez fort et assez longtemps, il finit par ressembler à une vérité pour ceux qui ont cessé de vérifier. Cependant, le plus inquiétant n’est pas que certains tentent de réécrire la réalité, c’est que de nombreuses personnes semblent prêtes à la croire sans la (re)lire…