
Trump souligne que l’Iran doit assumer la responsabilité des dégâts et des tués subis par les populations du Liban, de Syrie, du Yémen et de Gaza


La région semble s’être engagée dans une longue «pause», dans un temps mort appelé peut-être à durer jusqu’aux deux échéances électorales de l’automne, en Israël puis aux États-Unis. Des foyers de tensions itinérants persistent cependant, mais ils restent contrôlés.
La semaine qui s’ouvre s’inscrit ainsi dans le prolongement de la précédente, sur les plans politique et militaire. Pas de positions en flèche, ni du côté américain, ni du côté israélien, alors que les propos du président américain, Donald Trump, dimanche sur l’Iran, continuent d’alimenter les spéculations sur un éventuel changement de stratégie de Washington.
Seul Téhéran, engagé dans un processus de restructuration interne, a brisé l’accalmie, en répondant directement au locataire de la Maison Blanche. Dans une interview au site américain, Axios, dimanche, Donald Trump a comparé le bras de fer avec la République islamique à «une partie d’échecs», après avoir écarté un recours à la force pour la contraindre à rouvrir le détroit d’Ormuz.
Trump hausse le ton
Il reste que pour la première fois depuis une dizaine de jours, le président Trump a repris lundi ses attaques médiatiques contre le pouvoir iranien, soulignant qu’il a l’intention de demander au régime des mollahs d’indemniser «les familles des manifestants tués au cours des 50 dernières années». Et le chef de la Maison Blanche d’aller plus loin sur ce plan en indiquant que «l’Iran doit assumer la responsabilité des dégâts et des morts subis par les populations du Liban, de Syrie, du Yémen et de Gaza».
La position du président américain à cet égard est visiblement une réponse à l’attitude des Gardiens de la révolution iranienne qui ont posé six conditions aux Américains pour la réouverture du détroit d’Ormuz, dont notamment le versement par Washington d’indemnisations à l’Iran à titre de compensation pour les dégâts provoqués en Iran par les bombardements américains.
Téhéran a ironisé par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaei, qui a affirmé que les Iraniens étaient des «joueurs d’échecs professionnels». Une façon de dire que la République islamique aura le dernier mot dans le conflit en cours, alors que les spéculations allaient bon train, lundi, sur les implications du changement de stratégie américaine, Washington ayant renoncé pour le moment à l’option militaire contre l’Iran au profit de pressions économiques accrues.
En privilégiant les pressions économiques, les États-Unis misent-ils sur une implosion de la République islamique? Essaient-ils de calmer le jeu pour éviter des secousses internes avant les élections partielles de novembre? Cherchent-ils à gagner du temps en attendant de reconstituer leurs stocks d’armes et de munitions? Autant de questions qui ont alimenté les analyses politico-médiatiques en ce lundi. Ce qui est sûr en revanche, c’est que les négociations indirectes entre Téhéran et Washington sont interrompues et qu’un accord irano-omanais autour de la gestion du détroit d’Ormuz, présenté jeudi comme étant imminent par les deux parties, peine à voir le jour. Au cours d’un entretien téléphonique qu’ils ont eu, lundi, les deux ministres iranien et pakistanais des Affaires étrangères ont parlé de tout, sauf des négociations indirectes américano-iraniennes, qui se déroulaient par l’intermédiaire d’Islamabad.
Le seul élément confirmé reste la reprise du conflit yéménite, la milice pro-iranienne des Houthis étant de nouveau engagée à fond dans une guerre contre les forces gouvernementales yéménites et l’Arabie saoudite. Une guerre à mettre sur le compte du bras-de-fer, plus large, dans lequel l’Iran est engagé, avec les pays de la région qui accueillent des bases américaines, pour essayer de s’imposer comme une puissance régionale incontournable.
Six nominations de poids à Téhéran
Si les armes de manière globale se sont tues, l’état de ni guerre ni paix dans lequel la région est plongée est mis à profit par Téhéran pour reconstituer son directoire, militaire notamment. Selon divers médias iraniens et panarabes, le guide suprême Mojtaba Khamenei a nommé Ahmad Vahidi, commandant des Gardiens de la révolution islamique (les Pasdarans). Cinq autres ont été également nommés à des postes-clés militaires: Ali Abdollahi, chef d’état-major des forces armées, Kiyomars Heidari, vice-chef d’état-major des forces armées, Mostafa Izadi, vice-commandant des Gardiens de la révolution islamique, Ali Azmaei, commandant des forces navales des Pasdarans et Hussein Taeb, commandant de la milice paramilitaire des Bassidjs.
Téhéran avait déjà nommé Mohsen Rezaï, ancien commandant des Gardiens de la révolution, au poste de secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, en remplacement de Mohammad Bagher Zolghadr.
Toute la question reste de savoir si cette restructuration est accompagnée d’une reconstitution de la structure militaire iranienne, au moment où Israël menace de frapper la République islamique si elle reconstruit son arsenal nucléaire et balistique.
Téhéran mise sur le repli américain
Pour l’heure, Téhéran semble miser sur le repli stratégique américain ainsi que sur les désaccords qui continuent d’apparaître entre Washington et Tel Aviv, pour essayer de se remettre sur pied.
Selon divers médias israéliens, les rapports entre Donald Trump et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, ne sont pas au beau fixe. Washington privilégierait les solutions politiques et souhaiterait un retrait israélien de Gaza et du Liban. Il voudrait également que Tel Aviv freine ses menaces contre l’Iran, selon ces médias qui indiquent qu’un message en ce sens aurait été transmis par le commandant du Centcom, l’amiral Brad Cooper, aux autorités israéliennes. Mais Tel Aviv aurait rejeté les trois demandes. Israël conteste, notamment, le plan américain pour Gaza.
Idem pour le Liban où l’armée israélienne poursuit ses opérations militaires dans la partie qu’elle contrôle au sud du pays et où l’incertitude règne autour du huitième round des pourparlers directs, appelé à se tenir au début du mois de septembre à Rome. Le président libanais, Joseph Aoun, en a discuté lundi avec le chef de la délégation libanaise, Simon Karam. Selon diverses informations, l’affaire de la carte publiée dimanche sur X – puis retirée – par le ministère israélien des Affaires étrangères, représentant une partie du Liban-Sud comme annexée au territoire israélien, serait évoqué au cours de la prochaine rencontre libano-israélienne, d’autant que Beyrouth insiste pour un retrait total, progressif, israélien, de la partie méridionale du pays.