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Culture

Le Musée d’Iran, reflet d’une histoire plusieurs fois millénaire (2/2)

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Le Musée national d’Iran couvre l’histoire iranienne du Paléolithique aux périodes mède, élamite, achéménide, parthe, sassanide, puis islamique. (Fatemeh Bahrami / Anadolu via AFP)
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Par Micha Moussallem
Publié févr. 19, 2026 - 12:45

Les musées en Iran contribuent activement à la consolidation de la stratégie politique et diplomatique du pays. Ils jouent aussi un rôle crucial dans la préservation et la mise en valeur des trésors de la civilisation perse.

 

Le Musée national d’Iran est le principal musée archéologique et historique du pays. Il témoigne de la richesse du patrimoine persan et abrite des collections inestimables couvrant l’histoire iranienne du Paléolithique aux périodes mède, élamite, achéménide, parthe, sassanide, puis islamique. C’est d’ailleurs dans ce musée qu’est élaborée la narration officielle de ce qu’est «l’Iran»: un continuum qui va d’Élam et de l’Empire achéménide jusqu’à la République islamique, à travers plus de 300.000 objets qui constituent la trame même de l’histoire plusieurs fois millénaire du pays.

 

À cet effet, le musée national est constitué de deux entités: le musée de l’Iran ancien et le musée de la Période islamique.

 

Le musée de l’Iran ancien

 

Créé dans les années 1930 sous le règne de Reza Shah, le bâtiment principal ou musée de l’Iran ancien, consacré à la période préislamique, s’inspire de l’architecture sassanide, notamment du monument Taq-e Kasra ou Arche de Ctésiphon. Conçu par les architectes français André Godard et Maxime Siroux, il a été inauguré en 1937.

 

Il ne s’agit plus ici des bijoux fabuleux du Trésor des joyaux des chahs, mais de toute l’histoire du pays, portée par des milliers d’objets dont des sceaux, des bas‑reliefs, des poteries, des manuscrits, des statues etc.

 

Parmi les pièces phares du musée figurent des inscriptions et des textes datant de la période du Late Uruk (vers 3350‑3000 av. J.‑C.), qui ont été transférés dans des réserves modernisées et sécurisées au cours des années 2010.

 

On y trouve également l’un des «Salt Men» de Zanjan, une momie naturelle d’un mineur, parfaitement conservée par le sel de la mine où elle a été découverte. Elle daterait de la période 550-330 av. J.C.

 

Parmi les autres pièces impressionnantes figure le Bronze monumental de Shami, haut de 1,94 mètre, chef-d’œuvre de la sculpture parthe. Le musée conserve aussi des bas-reliefs et des chapiteaux à tête de taureau en provenance de Persépolis (VIe-IVe siècle av. J.C.), d’une qualité exceptionnelle, qui constituent un condensé remarquable de l’architecture achéménide.

 

Le musée comprend également des poteries et des céramiques préhistoriques provenant de Tepe Sialk, près de Kashan, véritables œuvres d’art datant du VIe au IVe millénaire av. J.-C., ainsi que des bronzes du Lorestan (environ 1000 à 650 av. J.-C.), et des coupes et rhytons en or pur de Marlik (1400 à 1200 av. J.-C), considérés comme l’expression la plus accomplie de l’art iranien de l’âge du fer.

 

Le musée de la Période islamique

 

Le département de l’art islamique du Musée national d’Iran est situé dans un bâtiment moderne dédié, inauguré en 1996. Il abrite une collection inestimable retraçant l’histoire postislamique de la Perse, témoignant du raffinement de l’art islamique en Iran. On y trouve notamment des œuvres d’art safavides, des céramiques, des manuscrits, des pièces métalliques, des textiles, et bien d’autres trésors.

 

Parmi les pièces maîtresses du musée figure le mihrab ilkhanide de Dar-e Behesht, surnommé «Porte du paradis». Cette mosaïque de carreaux émaillés du XIVe siècle, réalisée sous la dynastie Ilkhanide, estcélèbre pour sa calligraphie complexe (kufique, thuluth, naskh) et pour ses motifs floraux et géométriques. On y trouve également le bol en céramique du IXe siècle (Gorgan) orné d’une figure anthropique à tête de taureau, et les aquarelles de Sani-ol-Molk de l’époque qajare (XVIIIe siècle), ainsi que d’élégants astrolabes et d’autres chefs-d’œuvre.

 

Rôle des conservateurs de musées

 

Entre pouvoir et mémoire, les conservateurs des musées en Iran avancent sur une ligne de crête. Ils sont confrontés à une censure, parfois diffuse: il ne s’agit pas toujours d’interdictions explicites, mais de signaux, de recommandations, de «sensibilités» à respecter. Ainsi, dans le choix même des œuvres exposées et du narratif choisi, certains thèmes deviennent glissants comme ceux relatifs au pluralisme religieux antique, au rôle des femmes dans les sociétés anciennes, ou encore aux influences étrangères.

 

Toute la difficulté, pour les conservateurs, consiste à concilier le récit préislamique, celui d’une nation antique et impériale, avec le récit islamique et la stratégie identitaire de l’État, tout en respectant une certaine rigueur intellectuelle indispensable à tout récit historique.

 

Enfin, Il convient de souligner les efforts de professionnalisation entrepris dans certains musées de la capitale : modernisation des réserves et des systèmes de sécurité, nomination d’un conservateur de la section des inscriptions, etc. Ces efforts reflètent une approche de gestion patrimoniale de plus en plus technocratique.

 

En conclusion, une question s’impose: dans les périodes dramatiques que traverse un pays, n’est-il pas indécent de se soucier du sort des musées et des œuvres d’art plutôt que celui des hommes? Bien au contraire, plus le monde va mal, plus nous avons besoin de l’art et des gardiens de la mémoire pour témoigner, et surtout transmettre notre histoire humaine aux générations futures…

 

Lire sur le même thème:

Les musées en Iran: un patrimoine en état de siège (1/2)

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