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Mille plateaux

Les mollahs pris à leur propre piège

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Par Michel Hajji Georgiou
Publié févr. 28, 2026 - 14:25

L’ironie du sort est que le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghji, se vantait sur le marché du livre d’enseigner la « force de la diplomatie ». Ses « talents » diplomatiques n’ont servi à rien face à la volonté commune israélo-US d’en finir avec le régime des mollahs. La diplomatie n’a en effet jamais été le fort des régimes iraniens, pour qui le terme signifie, depuis des lustres, atermoiements et duplicité, tandis qu’en sous-main, le programme nucléaire se poursuivait en dépit des bavardages interminables et autres accords. 

Impossible aussi, parce que les chances d’un accord irano-US étaient minimes, voire insignifiantes, compte-tenu de la volonté israélienne et d’une grande partie des groupes de pression et think-tanks américains d’en finir une fois pour toutes avec le régime. Compte tenu aussi du fait que ce dernier, avec son programme balistique - doublé de son projet nucléaire - pouvant atteindre l’Europe, la Russie et la Chine, devenait une menace pour le monde entier. 

La répression massive et sanglante des manifestations populaires anti-Khamenei de janvier dernier a été sans doute le justificatif direct légitimant une intervention américaine, même si l’aide au peuple iranien ne constitue probablement pas vraiment une priorité pour l’administration US - le cynisme de JD Vance était suffisamment clair dans ce sens. En fait, Trump a joué le jeu iranien jusqu’au bout. Pour la première fois, les mollahs, les rois du tempo politique, n’ont pu imposer leur rythmique aux USA. La ruse perse n’a pas fonctionné. 

En massant une armada impressionnante autour de Téhéran tandis qu’il donnait une « chance » à la diplomatie, le président US invalidait par là-même toute possibilité d’accord en soi. Les Iraniens ont été sommés de choisir entre la capitulation sans conditions par la diplomatie - à travers le démantèlement de leurs programmes balistiques et nucléaires et la fin de l’exportation de la révolution extra muros, c’est-à-dire, en gros, l’effondrement de l’essence même du régime et des Gardiens de la révolution - et le suicide stratégique par une fuite en avant militaire. Au final, même ce choix ne leur a pas été donné : ils sont confrontés à la reddition au terme d’une guerre totale déclenchée par les USA, même si cela leur permettra d’adopter une posture victimaire et de justifier leur va-tout suicidaire par l’agression en cours. 

En d’autres termes, Trump n’a pas laissé suffisamment de temps aux dirigeants iraniens pour tisser patiemment la toile de leur survie en négociant indéfiniment dans l’attente de jours meilleurs, violon d’Ingres des régimes totalitaires. Les voilà confrontés à ce qui est sans doute leur fantasme absolu - le martyre - et leur cauchemar le plus terrifiant - leur chute. Aussi faudra-t-il s’attendre à ce qu’ils combinent les deux dans un déluge de feu suicidaire, qui est le propre des sectes millénaristes mis face à face avec la perspective de leur propre destruction. En pensant sans doute qu’une guerre d’usure, qui occasionnerait le plus de mal et de destruction possible à leurs ennemis, leur permettra de tenir bon le temps que la tempête passe - et, partant, de sauver leurs têtes. Ou que d’autres événements parallèles, comme les retombées de l’affaire Epstein ou un soulèvement de l’opinion publique US contre la guerre, feront le boulot à leur place. En bref, ils continueront à miser sur le temps, tout comme les USA et Israël voudront, pour les mêmes raisons, en finir au plus vite. 

C’est donc une guerre du temps. Pourvu, simplement, qu’elle n’ouvre pas la voie à la fin des temps. Après tout, Megiddo se trouve bien au cœur du conflit…

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