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Étude

« L’empire iranien »: l’Irak, blessure ouverte; Gaza, profondeur palestinienne (4/5)

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Par Michel Hajji Georgiou
Publié déc. 21, 2025 - 23:23

L’Irak fut longtemps la pièce maîtresse des manœuvres et des ambitions géostratégiques de la République islamique iranienne. Sans l’Irak, rien ne tient : ni le corridor terrestre vers la Syrie, ni l’économie de contournement des sanctions, ni le réseau de milices qui assuraient à l’Iran une profondeur stratégique dans le Golfe. Les puissantes milices chiites (PMF), financées, entraînées et encadrées par les Gardiens de la révolution, ont contrôlé durant des années les zones frontalières de Al-Qaim/Boukamal, par où transitaient armes, hommes et technologies vers la Syrie et le Liban. 

Le gouvernement irakien, hésitant, oscillait en permanence entre Washington et Téhéran, mais les leviers iraniens demeuraient massifs. Aujourd’hui, l’Irak est devenu un champ de contradictions : les pressions américaines vont croissantes pour sanctionner les réseaux pro-iraniens ; les milices sont fragilisées après la désorganisation du front syrien ; la récente dispute interne sur la classification du Hezbollah et des Houthis, inscrits puis retirés des listes terroristes en quelques jours, montre clairement une confusion ; et, last but not least, un nationalisme irakien qui refuse autant l’ingérence iranienne que l’emprise américaine, se met en place. 

Bagdad joue désormais l’équilibriste entre Washington, Téhéran et Riyad. Téhéran y conserve une influence réelle et essentielle, mais plus du tout le « corridor » qui faisait de l’Irak une extension naturelle de son architecture défensive. Le maillon irakien existe encore ; mais il n’organise plus l’espace régional


Gaza, ou la profondeur palestinienne de l’axe iranien


Il reste Gaza. Pourquoi cet attachement géopolitique à la carte palestinienne, en dehors de l’acquis politique qu’elle constituait depuis 2006 – à savoir une extension sunnite de l’Iran et une carte de négociation avec l’Occident sur le nucléaire, parce qu’outil de pression sur Israël ? 


Pour comprendre Gaza dans le dispositif iranien, il faut défaire le mythe : Hamas n’est pas une créature iranienne. Hamas est l’émanation palestinienne des Frères musulmans, et son installation a nettement été facilitée par Israël pour créer un contrepoids au Fateh, l’Autorité palestinienne, pour scinder les rangs palestiniens, et justifier la poursuite du conflit israélo-palestinien au nom de l’existence d’un extrême terroriste. 

Entre 1990 et l’an 2000, le Hamas s’est rapproché progressivement de l’Iran et du Hezbollah, sur fond de refus d’Oslo. En 2007, la prise de Gaza aux dépens du Fateh a accru la dépendance croissante au soutien iranien à tous les niveaux. Certes, le Hamas n’est pas le Hezbollah — qui est une émanation directe des Pasdaran via des Libanais. Il conserve une autonomie idéologique et tactique — mais il est pleinement enchâssé dans la stratégie iranienne.


Pour Téhéran, Gaza sert trois fonctions. D’abord, elle constitue un front intérieur permanent contre Israël. La bande de Gaza est incontournable pour Tel-Aviv : enclavée, explosive, elle est impossible à neutraliser politiquement sans un coût humain et militaire colossal. La destruction systématique de l’enclave et la liquidation méthodique de ses habitants depuis octobre 2023 n’ont pas réussi à terrasser le Hamas. Le conflit fixe une partie de l’armée israélienne, empêche Israël de se projeter librement dans la région, et ouvre une brèche permanente dans la sécurité intérieure israélienne… mais, paradoxalement, il permet à Benjamin Netanyahu de rester au pouvoir en dépit des accusations de corruption dirigées contre lui. Ensuite, Gaza assure une légitimité palestinienne au récit iranien — fonction également assurée par le discours du Hezbollah.  

Sans Gaza, l’Iran ne peut prétendre être le champion de la cause palestinienne. Avec Gaza, le récit de la « résistance » prend chair — les roquettes sur Tel-Aviv et Ashkelon offrant l’iconographie nécessaire aux élucubrations iraniennes. C’est le divertissement parfait pour détourner les populations arabes de l’essentiel : la mainmise du vilayet el-faqih sur le Proche-Orient au nom de la restauration d’un âge d’or mythique impérialiste. 


Prochain article - Israël et l’alliance des minorités : une stabilité paradoxale


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« L’Empire iranien » : anatomie d’une chute (1/5) 

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