


En ce jeudi 10 septembre, c’est le front yéménite qui a surtout retenu l’attention au Moyen-Orient. Alors que les combats font rage depuis des jours entre les forces gouvernementales pro-saoudiennes, et les Houthis pro-iraniens, ces derniers ont pris jeudi le contrôle de la ville de Mokha sur la Mer rouge, une percée notable dans leur progression vers le détroit de Bab el-Mandeb.
Ce passage reliant l'Asie à l'Europe via la mer Rouge et le canal de Suez a gagné en importance depuis le début de la guerre au Moyen-Orient avec le verrouillage par l'Iran du détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.
Les Houthis auraient également pris l’île de Zuqar qui se trouve en plein centre du détroit.

Ces développements sont d’une grande gravité, d’une part parce qu’ils attestent du contrôle iranien qui persiste sur ce front yéménite, d’autre part parce que les Houthis, s’ils contrôlent des zones plus proches du détroit, auront davantage de marge de manœuvre pour une mainmise sur une route que les pétroliers saoudiens empruntent de plus en plus en vue de contourner le détroit d’Ormuz.
Les marchés du brut n’ont d’ailleurs pas tardé à réagir: le prix du baril de pétrole, qui bat désormais des records, ayant passé la barre des 100 dollars depuis mercredi. Hier le WTI a même atteint 106 dollars.

Trump: 5000 dollars par adulte en cas de victoire des Républicains
Alors que les combats se poursuivent au Moyen-Orient, le président américain Donald Trump se trouve, lui, face à des pressions internes dues aux élections législatives qui se rapprochent.
Ayant affirmé la veille que «la guerre se terminera après les élections de mi-mandat», il a lancé à son public, venu l’acclamer au Texas tard mercredi, qu’en cas de victoire aux élections, il allouerait la somme de 5000 dollars à chaque adulte américain… sans pour autant avancer les sources de financement d’une telle mesure.
Ces propos ont été contrebalancés par un article paru jeudi dans le Wall Street Journal, qui cite des sources selon lesquelles les plus proches collaborateurs du président américain l’auraient averti que la guerre contre l’Iran pourrait durer jusqu’à la fin de son mandat, voire jusqu’à l’investiture du prochain président, en janvier 2029.
Parmi ces proches collaborateurs cités dans l’article, le secrétaire d’Etat Marco Rubio et le vice-président JD Vance, tous deux pressentis pour être de futurs candidats, donc concernés par la possibilité que cette guerre impopulaire s’éternise.
Selon ces proches conseillers, les Iraniens, bien qu’affaiblis, peuvent continuer à résister malgré le blocus et les sanctions. Mais il semble que jusque-là, le président américain continue de favoriser le blocus, toujours selon WSJ.
Liban: déploiement de forces de sécurité à Nabatiyé
Sur le front libanais, les destructions systématiques israéliennes se poursuivent dans certaines localités où d’immenses explosions sont entendues toute la journée et toute la nuit, comme à Mansouri, un village aux abords de Tyr.
Tard dans la soirée de jeudi, Israël a annoncé avoir détruit «les infrastructures souterraines de l’organisation terroriste Hezbollah sur la crête d’Ali el-Taher, achevant ainsi l’établissement de la zone de sécurité dans le sud du Liban», selon un communiqué conjoint du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son ministre de la Défense, Israël Katz.
Cent tonnes d’explosifs ont été utilisées pour dynamiter les tunnels, selon l’armée israélienne, provoquant une secousse tellurique de magnitude 4,1 dans le Sud selon l’observatoire américain USGS.
Et alors que la région de Nabatiyé continue de subir les contrecoups de la prise de la colline de Ali el-Taher, la semaine dernière, les conséquences de l’appel lancé par des dizaines de figures de la ville en faveur d’un déploiement des forces armées libanaises dans la zone commence à porter ses fruits.
Outre le déploiement de l’armée libanaise constaté la veille, les agents de la Sûreté de l’Etat et de la Sûreté générale ont patrouillé dans les rues de la ville, accueillis à bras ouverts par la population.
Dorénavant, ces deux organismes de sécurité, ainsi que l’armée, patrouilleront à Nabatiyé, redonnant aux habitants un semblant de sécurité après la panique qui a suivi la frappe israélienne ayant fait 13 tués le week-end, selon l’agence officielle.
Comme pour appuyer ces mesures, le président libanais Joseph Aoun, qui présidait le conseil des ministres jeudi soir, a assuré «qu’il est temps que le sud redevienne une partie du Liban, et que l’Etat y soit présent à nouveau».
Les Etats-Unis, par le biais de leur ambassade à Beyrouth, ont salué le fait que «le peuple libanais montre tous les jours qu’il préfère les institutions de l’Etat libanais aux armes du Hezbollah». Dans un communiqué publié sur X, l’ambassade a assuré que «le sud du Liban n’est affilié à aucune partie régionale et à aucune milice», en référence au Hezbollah et à l’Iran.
Il faut retenir en ce jeudi les propos du président du parti Kataëb, Sami Gemayel, qui s’est adressé aux autorités libanaises, leur demandant d’agir pour désarmer de manière effective le Hezbollah et d’en finir avec «l’état de rébellion» qu’il représente. Sous peine, a-t-il ajouté, que les puissances étrangères (nommément les Etats-Unis) ne concluent un marché avec la milice, au détriment des autres Libanais.
Il se réfère probablement à une récente déclaration américaine selon laquelle Washington serait prêt à discuter avec le Hezbollah, mais «par le biais de l’Etat libanais».
Autre développement aux conséquences importantes jeudi: le Conseil des ministres a pris la décision «d’empêcher les ventes foncières dans les zones occupées par Israël» au Sud.
Une mesure cruciale pour éviter les abus. Rappelons qu’une mesure similaire avait été prise suite à l’explosion au port de Beyrouth en 2020, pour empêcher les ventes de bâtiments détruits à ce moment-là.