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Le Nouveau réel

Les Gardiens font main basse sur l'Iran

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Portrait de l'auteur
Par Khairallah Khairallah
Publié mars 10, 2026 - 12:15

En imposant Mojtaba Khamenei comme Guide en succession à son père, les Gardiens de la Révolution ont mis un terme à un régime dont la pierre angulaire était précisément le refus de la succession dynastique. La première directive émise par Mojtaba au lendemain de l'annonce de son accession au poste de Guide — cette autorité suprême et absolue de la «République islamique» — suffit à s'en convaincre.

Cette directive, qui trahit en toutes lettres la volonté d'escalade des Gardiens, est ainsi libellée :

«Premièrement : nous accordons aux forces armées un mandat plein et entier pour choisir le moment, le lieu et les moyens appropriés afin de répondre à toute agression portant atteinte à notre sécurité nationale. 

«Deuxièmement : la protection des installations vitales et nucléaires constitue une ligne rouge inviolable. Tout franchissement de celle-ci vous confère l'autorité de frapper des cibles stratégiques au cœur du territoire des agresseurs et de leurs alliés, sans attendre d'autorisation préalable. 

«Troisièmement : la riposte doit être ferme et dévastatrice, afin que l'arrogance mondiale comprenne que le changement de commandement en Iran ne traduit aucune faiblesse — bien au contraire, il attise l'esprit de la vengeance et du défi.»

Les Gardiens semblent avoir résolu d'embrasser l'escalade dans toutes les directions, y compris à l'égard des États voisins du Golfe, animés par cet «esprit de vengeance». Mojtaba Khamenei n'est, en définitive, qu'un instrument parmi d'autres dans ce jeu dont son père fut l'architecte.

Le choix de Mojtaba Khamenei pour succéder à son père ne saurait surprendre quiconque. Depuis son accession à la magistrature suprême, Ali Khamenei n'avait eu de cesse d'affermir son emprise sur les rouages de l'État en symbiose avec les Gardiens de la Révolution. Ces derniers incarnent désormais le pouvoir — et ils l'ont exercé de fait en décidant que Mojtaba serait le Guide, dans l'unique dessein de protéger les intérêts communs entre l'autorité suprême aux prérogatives absolues et les Gardiens eux-mêmes.

Sous le règne d'Ali Khamenei, qui s'étira sur trente-sept ans, de 1989 à 2026, les Gardiens de la Révolution se sont métamorphosés en colonne vertébrale du régime — plus encore, en une créature que nul ne saurait domestiquer. Les événements récents ont mis en lumière avec une clarté implacable que c'est bien le Corps des Gardiens qui gouverne l'Iran. Les déclarations du président Massoud Pezeshkian n'ont guère de poids. En pratique, les équilibres traditionnels entre réformateurs et conservateurs n'existent plus. En temps de guerre permanente, cette mise en scène dont le père Khamenei était passé maître — et qu'il orchestrait au service du régime et de ses manœuvres — a perdu toute utilité.

En l'absence d'Ali Khamenei, la pérennité de l'État des Gardiens ne pouvait se réaliser qu'à travers son fils. Exactement comme il était impensable qu'un autre que son fils succédât à Hafez el-Assad, après trente années de pouvoir sans partage. À la mort de Hafez, le maintien du pouvoir et de la fortune au sein de la famille s'imposait comme une nécessité, tant ces deux éléments étaient indissociables.

Ali Khamenei, en sa qualité de wali el-faqih — l'ombre de l'Imam caché sur la terre des hommes —, a exercé le pouvoir de manière absolue. Par l'entremise des Gardiens, il s'est taillé une part considérable de l'économie, à travers diverses sociétés et institutions relevant du Guide. L'activité économique des Gardiens n'était point étrangère à Mojtaba, qui consacra l'essentiel de son temps à forger sa propre puissance par l'accumulation de richesses — à l'instar de ce que fit Bachar el-Assad en Syrie durant un quart de siècle, avant d'être contraint de fuir vers Moscou.

L'élévation de Mojtaba Khamenei au rang de Guide — en dépit de son absence de la culture religieuse et des qualifications requises par cette charge — symbolise l'entrée du régime iranien dans une ère nouvelle: celle de la succession héréditaire.

Cette désignation, au sein d'une «République islamique» fondée précisément sur le rejet du principe dynastique, impose une question précise: dans quelle mesure Mojtaba s'inscrira-t-il dans la continuité des politiques intransigeantes de son père? Le nouveau Guide est-il un décalque de son prédécesseur — ou bien un homme pragmatique, conscient que la survie du régime repose exclusivement sur le maintien des Gardiens au pouvoir? Dans quelle mesure Mojtaba, âgé de cinquante-six ans, paraît-il disposé à trouver une formule d'entente avec l'administration Trump et avec Benyamin Netanyahu? Le nouveau Guide sait, mieux que quiconque — à la lumière du sort réservé à son père le vingt-huit février dernier —, que l'alternative qui s'offre à lui se résume à vivre dans la clandestinité ou à s'exposer à l'assassinat.

À peine l'annonce de la désignation de Mojtaba avait-elle retenti que les Gardiens s'empressaient de lancer une nouvelle salve de missiles en direction d'Israël. Un tel geste ne vise qu'à sauver la face. L'affaire est une question de jours, après lesquels se révélera si l'intérêt des Gardiens est de poursuivre la guerre ou de trouver une voie de capitulation, au nom de la priorité absolue: sauver ce qui peut encore l'être — y compris les coffres financiers et les investissements que gèrent Mojtaba et les membres de sa famille.

La voie de la capitulation est tracée. Des conditions connues existent, dont les Américains et les Israéliens ne sauraient se déjuger — depuis le programme nucléaire jusqu'aux bras armés iraniens, en passant par les missiles balistiques et les rampes de lancement. En apparence, le régime iranien ne peut y souscrire. Mais en réalité, il lui faudra s'y adapter par le biais de compromis qu'impose la nécessité de survivre au pouvoir à n'importe quel prix.

Car, en fin de compte, si Ali Khamenei, son fils Mojtaba et les Gardiens ont amassé toutes ces richesses, ce n'est pas pour se sacrifier — c'est pour demeurer au pouvoir. Le pouvoir engendre la fortune, et la fortune sert la permanence du pouvoir. Les circonstances n'ont pas épargné Khamenei père. Mais rien, dans ce que l'on sait du comportement de Mojtaba, ne laisse penser qu'il soit de ceux qui affectionnent le suicide. Il se pourrait qu'il diffère de son père — voire qu'il en soit profondément différent —, surtout qu'il a appris l'art d'amasser des fortunes et de les mettre au service du pouvoir: le pouvoir des Gardiens, qui ne veulent de Mojtaba qu'une docile marionnette, rien de plus. Cette servitude aux Gardiens l'empêchera-t-elle de s'engager dans le suicide vers lequel la «République islamique» avance, à pas comptés mais résolus ?


 

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