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Opinion

La taxe sur l’essence: la transition écologique par l’asphyxie économique!

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La hausse des taxes sur le carburant et celle de la TVA est destinée à financer les augmentations des traitements des anciens combattants qui ont exprimé leur colère devant le parlement le 29 janvier dernier. (Houssam Shbaro/Anadolu via AFP)
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بقلم Jawad Pakradouni
نُشر févr. 20, 2026 - 13:20
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Le paquebot de croisière Costa Concordia échoué devant l'île de Giglio après avoir heurté des rochers sous-marins le 13 janvier 2012. (Filippo Monteforte/AFP)

Imaginez, alors que le paquebot de croisière Costa Concordia coulait, en 2012, le chef de salle du restaurant demandant aux passagers de ne pas oublier de régler leur addition.

Absurde ?

C’est pourtant, à peu de chose près, la logique adoptée par notre gouvernement.

Dans un pays paralysé par la crise, où seule l’inflation progresse, l’État, cherchant désespérément à financer l’augmentation des salaires de ses fonctionnaires et des pensions plus ou moins adaptées pour les militaires retraités, a trouvé la solution : augmenter la TVA de 1 % et taxer l’essence à hauteur de trois cent mille livres par bidon.

Après tout, pourquoi pas ?

Dans un système où l’impunité est reine et la reddition des comptes une fiction administrative, il serait sans doute indélicat de demander aux dirigeants de restituer les fonds détournés. Tant qu’à faire, autant ponctionner un peuple qui a démontré une capacité remarquable à encaisser sans broncher.

Qu’y a-t-il de plus noble, d’ailleurs, que de payer des taxes pour soutenir un secteur public dont certains employés sont aussi furtifs qu’un bombardier B-2, invisibles 29 jours sur 30 ? Ou ceux qui prouvent qu’il existe une vie après la mort, percevant encore leur salaire bien après leur enterrement administratif ?

Et puis, si le taux de chômage avoisine les 40 %, cette taxe sur l’essence ne concernera finalement que ceux qui travaillent. Les chômeurs, eux, n’étant pas supposés sillonner les routes à ne rien faire.

Les motivations de ces taxes sont irréprochables : s’y opposer relèverait presque de l’ingratitude envers ceux qui maintiennent l’illusion d’un semblant d’État. Ou pire encore, envers une armée dont certains hauts gradés, au lieu de profiter d’une retraite bien méritée, ont accepté de se sacrifier une fois de plus, en nous présidant. Shakespeare écrivait, et il avait raison : « Souffle, souffle, vent d’hiver, tu n’es pas si cruel que l’ingratitude de l’homme », d’autant que les nouvelles taxes ne touchent pas le fuel qui nous réchauffe du vent d’hiver… 

Et cessons de voir le verre à moitié vide. Comme disait l’autre, il suffit de prendre un verre plus petit pour qu’il soit presque plein.

Certes, une véritable taxation de l’usage du domaine maritime public, des cigarettes et des moquettes (que certains dirigeants fument) aurait été plus cohérente. Mais la taxe sur l’essence aura au moins le mérite de réduire le nombre d’automobilistes, fluidifier la circulation et, par conséquent, faire baisser la pollution.

Ce gouvernement innove ! Il vient d’inventer la transition écologique par l’asphyxie économique.

Toutefois, nous avons fait preuve d’une grande maturité s’agissant des lois contre lesquelles nous nous indignons.

Souvenons-nous : en 2019, l’évocation d’une taxe de six dollars sur WhatsApp avait suffi à embraser le pays, dissoudre le gouvernement et remplir les rues.

Aujourd’hui, une taxe avoisinant les vingt dollars mensuels, assortie d’une hausse de la TVA, passe sans encombre. Notre révolte se fait sur les réseaux sociaux, mais au moins, elle est gratuite, et ce, grâce au sens des responsabilités et à la mobilisation générale autour d’une cause nationale, que nous avions ardemment défendue en 2019 !

Au fond, nos gouvernants ont parfaitement appliqué le concept de solidarité inversée : ponctionner ceux qui ne peuvent pas se permettre de s’arrêter, afin de financer un État qui, lui, est à l’arrêt.

La différence avec le Concordia est que lorsque le paquebot coulait, on ne facturait pas encore l’eau ou l’accès à la mer, alors qu’au Liban, nous coulons mais serons en règle….

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