

Dans notre précédent article, nous avons exploré les différents atouts économiques de la Syrie.
Grâce à la richesse de son sol et à son emplacement géographique, Damas présente un potentiel économique majeur, mais inexploité. De plus, la chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024, et l’ascension d’Ahmad el-Chareh à la tête du pouvoir, la levée des sanctions américaines et européennes, ainsi que la tenue, en juillet 2025, d’un sommet syro-saoudien ont enclenché une dynamique de reconstruction, ainsi qu’une réintégration dans le giron arabe et le commerce international. Sauf que tout n’est pas rose dans la Syrie post-Bachar al-Assad, et de nombreux défis restent à relever.
La sécurité
Le premier défi du nouveau pouvoir reste, encore et toujours, la sécurité. Après plus de 13 ans de guerre civile au cours de laquelle des factions communautaires et ethniques se sont livré une guerre sans merci, le pays est toujours en proie à des troubles sécuritaires à caractère sectaire, notamment sur le littoral et à Soueida. À cela s’ajoutent les nombreux accrochages à la frontière libanaise avec des groupes inféodés au Hezbollah libanais, ainsi que les bombardements israéliens.
Le gouvernement consolide, pas à pas, son pouvoir et s’efforce de rétablir l’ordre et la sécurité sur l’ensemble du territoire. Le chemin est encore long et le gouvernement devra poursuivre ses efforts pour pérenniser la sécurité du pays, sans quoi de nombreux investisseurs verront leurs ardeurs refroidies.
Tout est à reconstruire
Le FMI estime que près de 50% des logements syriens ont été détruits ou ont un besoin drastique de rénovation. De plus, près de la moitié de la population se trouve en dehors du pays. Avec le retour des déplacés, la demande de logement ne fera qu’augmenter. Parallèlement, une bonne partie de l’infrastructure du pays a été détruite, notamment les usines, les hôpitaux, les stations de pompage d’eau, les centrales électriques, les puits, les raffineries d’hydrocarbures, etc. Autant d’installations essentielles à l’effort de reconstruction.
Les investissements des pays du Golfe visent à pallier ce manque d’infrastructures et à aider à remettre le pays sur pied. Mais plusieurs années sont nécessaires avant que ces nouveaux moyens de production soient opérationnels. Dans l’attente, l’effort de reconstruction devrait générer près de 200.000 emplois selon la Banque mondiale et verrait plusieurs milliards de dollars affluer dans le pays, renforçant ainsi les réserves en devises de la banque centrale syrienne.
Des défis économiques structurels majeurs
Après plus de 13 ans de guerre civile, l’économie syrienne est en lambeaux. Le PIB est passé de près de 60 milliards de dollars en 2010 à un peu plus de 20 milliards en 2022. En 2018, l’ONU a reclassifié la Syrie de pays en voie de développement (comme l’Inde, le Mexique ou l’Indonésie) à pays à faible revenu (tels que l’Afghanistan, le Burkina Faso ou encore l’Angola). Toujours selon l’ONU, près de 90% de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec moins de deux dollars par jour.
La livre syrienne a perdu près de 99% de sa valeur. En effet, en 2010 le dollar US valait 47 livres contre près de 22.000 livres à l’automne 2024. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, sa valeur est repassée à près de 11.000 livres. Cependant, la banque centrale ne possède que 200 millions de réserves en devises étrangères et il lui serait très difficile de faire face à un nouveau choc monétaire.
D’un autre côté, la banque centrale syrienne détiendrait près de 26 tonnes d’or, soit près de 3 milliards de dollars (chiffre évalué sur la base du prix de l’once d’or à 3.700 USD). Cet or pourrait être mis en gage, permettant ainsi de libérer des lignes de crédit vitales pour le pays.
Notons dans ce cadre que le gouvernement syrien doit près de 23 milliards de dollars à différents créanciers, représentant près de 115% du PIB. La majeure partie est due à l’Iran (17 milliards) et à la Russie (1,2 milliard).
Le service de cette dette accapare près de 30% du budget de l’État, somme qui aurait pu être allouée à la reconstruction ou aux services publics.
Le régime actuel envisage de ne pas rembourser sa dette envers l’Iran et la Russie, jugée par le gouvernement de « dette odieuse », c’est-à-dire une dette contractée sans le consentement ou sans le bénéfice du peuple. Cependant, bien que cette dette ait été contractée par le régime Assad pour l’achat d’armes et de carburants pour combattre sa propre population, le droit international ne prévoit pas un schéma d’application pour le traitement des dettes odieuses des États. Un défaut de paiement sur tout ou une partie de la dette va à l’encontre du principe de la « succession d’États » en droit international. Un nouveau gouvernement hérite de tous les avoirs et droits, mais également de toutes les obligations d’un gouvernement précédent.
Nécessité d’un cadre institutionnel robuste
La réforme des institutions publiques, la lutte contre la corruption et l’amélioration de la gouvernance et de la transparence sont indispensables pour restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs. Sans un État de droit fiable, toutes les initiatives économiques risquent d’être compromises.
Le renforcement des institutions judiciaires, administratives et économiques est une condition sine qua non pour inscrire la Syrie dans une trajectoire de croissance durable. D’autre part, il est essentiel d’introduire des réformes visant la privatisation de l’économie. En effet, le régime de Bachar al-Assad contrôlait une majeure partie des moyens de production et détenait un contrôle direct sur l’économie. Il est donc essentiel de privatiser les secteurs clés et de permettre à un plus grand nombre d’entreprises de se disputer le marché, faisant ainsi jouer la concurrence et poussant ces entreprises à innover.
Réintégration sociale et gestion des flux migratoires
Des millions de Syriens se sont déplacés à l’intérieur du pays ou se sont réfugiés à l’étranger. Leur retour est un enjeu social et économique, mais doit être accompagné de programmes d’intégration. Faute de quoi, cela mènerait à des fractures sociales, des tensions communautaires et à une précarité prolongée, qui freinerait dangereusement la dynamique de développement et de reconstruction.
Les défis qui attendent la Syrie sont nombreux et complexes, mais ils ne sont pas insurmontables. La sécurité, la reconstruction des infrastructures, la stabilité économique, la réintégration sociale et les réformes institutionnelles doivent être abordées de manière coordonnée pour créer un cadre stable et attractif. En relevant ces défis, la Syrie pourrait instaurer une paix durable et ainsi profiter de son formidable potentiel économique pour le plus grand bien du peuple syrien et de toute la région.