


Négociations et dialogue à Washington, conflit et frappes aériennes au Liban. La journée du samedi 30 mai a été marquée par une intervention du Premier ministre libanais Nawaf Salam qui a stigmatisé les frappes israéliennes, tandis que le Pentagone a assuré que les discussions entre militaires israéliens et libanais à Washington, vendredi 29 mai, avaient été « constructives ».
Dans un discours télévisé, Nawaf Salam a estimé que la « politique de la terre brûlée » et de « punition collective » menée par Israël « ne lui apportera ni la sécurité ni la stabilité ».
Au lendemain de nouvelles discussions israélo-libanaises au Pentagone, alors que l'armée israélienne continue de progresser en profondeur sur le territoire libanais, M. Salam n’en a pas moins défendu la poursuite des négociations avec Israël. Celles-ci constituent « la voie la moins coûteuse » pour Beyrouth, a souligné le chef du gouvernement.
Le président libanais Joseph Aoun a, de son côté, assuré au secrétaire d'État américain Marco Rubio qu'une trêve constituait « le passage obligé » vers tout progrès dans les négociations.
Le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby, a qualifié la réunion de vendredi de « constructive », estimant qu'elle servirait « de base au volet politique » qui doit être abordé par les deux pays les 2 et 3 juin au Département d’Etat.
Selon une source israélienne bien informée, citée par Reuters, Israël et le Liban n'ont pas abordé la question de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, où Israël affirme avoir largement contenu ses attaques sous la pression des États-Unis.
Israël poursuit son expansion vers le nord
Sur le plan des opérations militaires, l'armée israélienne a appelé, samedi matin, les habitants de plus d'une dizaine de villages du Liban-Sud à évacuer les lieux avant des frappes ayant visé plusieurs localités de la région.
De son côté, l'armée libanaise a annoncé qu'une frappe de drone israélien, décrite comme « ciblée », avait grièvement blessé deux de ses soldats à bord d'un véhicule près de la ville de Nabatiyé.
Des tirs d'artillerie ont également visé les abords de la forteresse médiévale de Beaufort, au lendemain des déclarations des ministres des Affaires étrangères Joe Raggi et de la Culture Ghassan Salamé, qui s'étaient inquiétés du «danger sérieux» que les attaques israéliennes font peser sur le patrimoine historique.
Notons dans ce cadre que l’armée israélienne a diffusé une vidéo, largement reprise par plusieurs médias libanais, montrant que les tirs qui ont atteint il y a 48 heures l’église grecque-orthodoxe Saint-Georges de Marjayoun provenaient de positions tenues par le Hezbollah.
Les appels des pôles d’influence de Nabatiyé et Tyr
Face à la recrudescence des raids et des bombardements, le président Joseph Aoun et le Premier ministre ont dénoncé, dans un communiqué conjoint, «les pratiques condamnables d'Israël», «l'extension de ses attaques», ainsi que «la poursuite des bombardements et la destruction au bulldozer des habitations et des sites historiques».
Il convient de signaler à l’ombre de ce contexte que qu’une centaine d’intellectuels et de pôles d’influence de Nabatiyé et autant de la ville de Tyr ont publié, respectivement, un «appel» dans lequel ils réclament la démilitarisation des deux localités, la fin de toute présence milicienne et le rétablissement de la seule autorité de l’Etat et de l’armée dans les villes en question. Les deux «appels» s’élèvent contre le fait que les Gardiens de la révolution islamique iranienne aient entrainé le Liban-Sud dans une «guerre stérile» et appuient les démarches entreprises par le gouvernement libanais afin de rétablir la paix au Liban-Sud. Notons que le Hezbollah a publié un communiqué condamnant vivement la teneur des deux «appels» de Nabatiyé et de Tyr.
En Iran, les « lignes rouges » de Washington
Sur le plan régional, Les États-Unis ont affirmé samedi disposer des moyens nécessaires pour reprendre la guerre contre l'Iran, tout en réaffirmant qu'un accord de paix ne serait possible que si leurs « lignes rouges » étaient respectées.
Dans ce contexte, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré que les États-Unis étaient « tout à fait capables » de reprendre les hostilités contre l'Iran « si nécessaire ». « Nos stocks sont largement adaptés à cet objectif », a-t-il affirmé lors d'un forum sur la défense à Singapour.
Une source diplomatique américaine a indiqué samedi que, si les négociations achoppent sur trois dossiers essentiels — le stock d'uranium enrichi, le détroit d'Ormuz et les avoirs iraniens gelés à l'étranger —, le blocage provient principalement de l'aile dure du régime.
Celle-ci est notamment représentée par le général Esmaïl Qa'ani, commandant de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution islamique, ainsi que par le député Ebrahim Azizi, connu pour ses positions radicales.
Selon cette source, ces deux figures influentes du régime s'opposent au président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a récemment montré des signes d'ouverture envers Washington.
Parallèlement, en Irak, une déclaration faite samedi par un responsable de la sécurité de Kataëb Hezbollah — organisation souvent surnommée le « Hezbollah irakien » — a relancé la polémique sur l'avenir des armes échappant au contrôle de l'État, alors que des sources politiques à Bagdad indiquent que cinq factions armées envisageraient de commencer à déposer les armes.
Cette formation chiite proche de l'Iran a souligné qu’elle refusait de relettre ses armes au gouvernement central et qu’elle est déterminée à « poursuivre la résistance », affirmant qu’elle était « prête à recevoir certaines armes spécialisées pour lesquelles les institutions de l'État ne disposent pas des compétences nécessaires, telles que les drones, les missiles de croisière et les armes antichars », ajoutant qu'elle était également « prête à les financer ».
Signalons, en conclusion, que le département d'État américain a relevé Tom Barrack de ses fonctions d'envoyé spécial des États-Unis pour la Syrie, sans fournir davantage de précisions.