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Politique

Mer Rouge, Golfe et Corne de l’Afrique : la régionalisation du conflit soudanais (2/4)

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Une vidéo diffusée sur le compte Telegram des Forces de soutien rapide le 26 octobre 2025, montre des combattants des FSR célébrant leur victoire dans les rues d'El-Fasher, au Darfour, une province ravagée par la famine et les massacres. (FSR via AFP)
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Par Michel Hajji Georgiou
Publié févr. 3, 2026 - 12:58

Focus analytique sur la guerre du Soudan qui, depuis 2023, s’est déjà traduite par des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, avec un coût humain particulièrement écrasant au Darfour, où la violence de masse, les sièges et les déplacements forcés ont pris une dimension que nombre d’acteurs internationaux qualifient désormais de génocidaire.

Analyser la guerre soudanaise selon les paramètres d’une guerre confinée à l’espace territorial national relèverait de l’aberration, tant la géographie du pays s’impose comme un facteur structurant. État riverain de la mer Rouge, adossé à la Corne de l’Afrique et situé à proximité immédiate de la péninsule Arabique, le Soudan occupe une position stratégique qui le rend particulièrement vulnérable aux projections de puissance régionales.

Depuis une décennie, la mer Rouge est redevenue un espace de compétition active. Routes commerciales, sécurité maritime, contrôle des flux migratoires, ports, bases militaires et logistiques s’y superposent. Le conflit du Yémen, à titre d’exemple, en est l’une des expressions les plus manifestes. La crise du Soudan aussi. Dans cet espace étroit mais décisif, la rivalité croissante entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, longtemps masquée par une rhétorique de coordination stratégique, s’est progressivement cristallisée. 

Le Soudan est l’un des théâtres où cette rivalité prend une forme particulièrement brutale. Les Émirats ont privilégié une approche indirecte, fondée sur des réseaux, des acteurs armés non étatiques, des circuits économiques parallèles et des hubs logistiques. Les accusations répétées de soutien aux RSF, qu’Abou Dhabi nie officiellement, s’inscrivent dans cette logique. Le commerce de l’or soudanais, les routes passant par le Tchad et la Libye orientale, l’accès aux marchés et aux infrastructures du Golfe forment un ensemble cohérent qui permet aux RSF de maintenir leur effort de guerre malgré les sanctions et la condamnation internationale. Cette approche ne vise pas nécessairement la victoire militaire des RSF, mais leur capacité à durer, à rester un acteur incontournable et à empêcher toute stabilisation qui ne passerait pas par leurs réseaux. La guerre devient, partant, un levier d’influence et un moyen de peser sur l’architecture régionale sans s’exposer frontalement.

À l’inverse, Riyad privilégie une logique plus classique de stabilisation étatique. Le soutien à l’armée soudanaise, souvent coordonné avec l’Égypte, vise à contenir l’effondrement d’un État riverain de la mer Rouge, à sécuriser les voies maritimes, à limiter les flux migratoires incontrôlés, et à empêcher qu’un espace de chaos durable ne s’installe face aux côtes saoudiennes — car Le Caire soutien aussi le FAS dans le but de maintenir au sud un verrou étatique face aux dynamiques de fragmentation armée et aux ingérences concurrentes — notamment émiraties et iraniennes — susceptibles de remettre en cause la sécurité du Nil et l’équilibre stratégique régional.

 

Un abcès de fixation régional  

 

Mais si cette approche est moins flexible et plus institutionnelle, elle est aussi plus coûteuse politiquement. La divergence entre ces deux doctrines alimente ainsi directement l’enlisement du conflit. Chaque camp soudanais devient le relais local d’une rationalité régionale distincte, sans que l’un ou l’autre des parrains n’ait intérêt à une victoire nette susceptible de reconfigurer l’équilibre général. Le conflit soudanais devient alors un dossier de gestion, non un problème à résoudre. Une sorte d’abcès de fixation régional.

À cette rivalité régionale s’ajoute une couche plus discrète mais décisive : celle de la Russie et de la Chine. Certes, ni Moscou ni Pékin ne jouent un rôle de parrain direct du conflit soudanais. Leur influence s’exerce ailleurs, dans l’arrière- plan du système international, en créant les conditions d’un enlisement durable.

La Russie adopte une posture opportuniste. Sans s’engager frontalement, elle bénéficie d’un affaiblissement du cadre normatif international. Chaque blocage au Conseil de sécurité, chaque sanction édulcorée, chaque débat juridique sans traduction opérationnelle contribue à installer le précédent d’un ordre international incapable de produire des effets contraignants.

La Chine, de son côté, privilégie une approche silencieuse et économique. Le Soudan demeure pour Pékin un espace d’intérêt à long terme, tant pour ses ressources que pour sa position sur les routes maritimes reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Fidèle à sa doctrine de non-ingérence, la Chine évite toute condamnation politique forte et s’accommode d’un statu quo conflictuel tant que ses intérêts essentiels ne sont pas directement menacés.  

Ce positionnement russo-chinois neutralise toute perspective de contrainte internationale réelle. Les qualifications juridiques, y compris celle de génocide reconnue par les États-Unis, restent ainsi sans traduction opérationnelle. Le droit international existe, mais il ne produit plus de rupture stratégique. Bienvenue dans le désordre mondial du XXIᵉ siècle.

 

Lire aussi sur le même thème :

Effondrement du Soudan: la guerre pour la guerre (1/4)   

 

Prochain article - L’Iran et sa guerre indirecte au Soudan (3/4)

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