

Au Liban, le cessez-le-feu proclamé par Donald Trump, entré en vigueur dans la nuit de jeudi à vendredi, et le message à la nation du président Joseph Aoun, vendredi, applaudi par les ténors souverainistes comme par de nombreux éditorialistes, ont ravivé l’espoir du public.
Le Hezbollah a vite fait de critiquer avec virulence le discours présidentiel, allant jusqu’aux menaces, bien que son nom n’y ait pas figuré explicitement une seule fois. Ce discours, louable en soi, rappelle cependant celui de l’investiture du 9 janvier 2025, qui n’a toujours pas été mis en application.
Donald Trump va inviter le président Joseph Aoun et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche pour des négociations directes.
Les pourparlers entre belligérants commencent toujours par des positions contradictoires, généralement suivies par un compromis. Celui-ci est ordinairement en faveur du plus fort mais donne des garanties au plus faible, lorsqu’une véritable volonté de solution existe.
Avant de se livrer à l’exercice des prévisions sur les résultats des négociations libano-israéliennes prévues, il convient de rappeler les précédents pourparlers de paix régionaux.
L’Égypte est en paix avec Israël depuis 48 ans et la Jordanie depuis 32 ans. Au moment de la signature des traités de paix, les deux Etats ont été accablés de tous les maux par les pays se réclamant du «front du refus».
Les accords palestino-israéliens d’Oslo piétinent depuis 33 ans, à cause d’un manque de volonté israélienne et de divisions palestiniennes. Les accords Abrahamiques de normalisation, signés par les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc avec Israël, fonctionnent très bien malgré la guerre de Gaza déclenchée par l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023. À la suite de cette guerre cependant, l’Arabie saoudite a gelé l’ouverture de pourparlers de normalisation avec Israël.
La Syrie de Bachar el-Assad avait fait le calcul selon lequel il était dans son intérêt de ne pas signer d’accords de paix avec Israël, de garder une posture extrémiste et de s’allier à l’Iran.
Assad avait deux priorités: d’une part, préserver son régime et en assurer la succession au profit de son fils; d’autre part, garder sa mainmise sur le Liban. Il avait estimé que le seul moyen de sécuriser ces objectifs, était de ne pas s’engager dans une paix qui aurait pu menacer son régime, lequel, privé de l’état de belligérance avec Israël, ne pourrait plus justifier ni son emprise sur le Liban ni ses répressions internes.
La volonté de parvenir à un accord de paix de part et d’autre est donc la clef du succès des futures négociations libano-israéliennes. Cette paix priverait le Hezbollah de sa rhétorique de «résistance» et de la légitimation de sa structure milicienne. La formation pro-iranienne devrait changer de discours et peut-être abandonner sa raison d’être. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle fasse des concessions. D’ailleurs, elle affiche clairement ne vouloir ni négociations ni paix.
Que fera donc l’État libanais lors des pourparlers de Washington? Il est absolument clair qu’il y a un point commun entre le Liban et Israël: le démantèlement de la milice du Hezbollah. En termes de géopolitique, cela veut dire la fin de l’hégémonie iranienne exercée depuis 44 ans sur la Méditerranée orientale. Mais cela ne sera pas chose facile. Dans ce cas, comment le pouvoir libanais va-t-il résoudre ce problème? Cheikh Naïm Kassem a déjà annoncé la couleur, en affirmant sans détours qu’il poursuivra la résistance jusqu’au dernier souffle, et continuera de refuser de remettre ses armes avant le retrait israélien et la mise en place d’une stratégie de sécurité nationale (pour conserver ses armes sous une autre étiquette).
Le président et ses conseillers, et/ou le Conseil des ministres, ont-ils posé le problème du Hezbollah sur la table des discussions avec une approche multidirectionnelle ? Ont-il élaboré une stratégie militaire, sécuritaire, diplomatique, économique, sociale … une stratégie compacte comme l’impose toute action de cette envergure? Y a-t-il un travail collectif en ce sens? Ou bien vont-ils se cacher derrière notre armée, comme il le font depuis août 2025?
Il faut savoir que la guerre déclenchée par le Hezbollah pour soutenir l’Iran et qui vient d’être interrompue par le cessez-le-feu actuel, est la cinquième entre cette formation et Israël depuis 1993. Le Hezbollah a donc une expérience de 33 ans quant aux moyens de tirer profit des trêves pour se réorganiser, se réarmer, et revenir sur ses engagements à remettre ses armes, comme il le fit pour la résolution 1701 du Conseil de sécurité de 2006 et le cessez-le-feu du 27 novembre 2024.
Si les pourparlers de paix libano-israéliens trébuchent, il faut se préparer malheureusement à une sixième guerre du genre, toujours aussi dévastatrice, sinon plus.
Le mandat du président Élias Hraoui s’était trouvé dans l’incapacité de faire face au Hezbollah. Ceux d’Émile Lahoud et de Michel Aoun ont donné toutes les faveurs à ce groupe. Seul le président Michel Sleiman a proposé une feuille de route pour rétablir la souveraineté de l’Etat, avec, comme point de départ, la déclaration de Baabda (Juin 2012), très vite court-circuitée et paralysée par le Hezbollah, le Courant patriotique libre (Michel Aoun), et le Parti démocratique libanais (Talal Arslane). Le président Sleiman a été accusé de tous les maux par ses détracteurs, à la faveur d’une campagne médiatique et sur les réseaux sociaux.
Le Hezbollah a toujours considéré l’État comme une carapace, lui servant de couverture légale teintée de cosmétiques, mais demeurant à sa merci. Les négociateurs libanais aux pourparlers de paix devraient proposer des solutions crédibles à ce problème vieux de 44 ans et que plusieurs hommes du pouvoir actuel ont contribué à entretenir. Sans cela, les solutions viendront de l’étranger comme c’est le cas depuis 50 ans.
Un minimum de sérieux et de crédibilité devrait émerger, sinon le discours présidentiel du 17 avril, prometteur et source d’espoir, risque de ne pas être suivi par des actions et de finir comme le discours d’investiture.