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Opinion

Naïm Kassem est un menteur

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Par Makram Rabah
Publié mars 6, 2026 - 05:41

Dans sa dernière allocution, Naïm Kassem a tenté de présenter la décision du Hezbollah de lancer des roquettes et d'élargir la guerre comme un acte défensif contraint, imposé par les violations israéliennes. Selon son récit, le Hezbollah a fait preuve de patience pendant quinze mois après le cessez-le-feu de novembre 2024, a laissé la diplomatie suivre son cours, et n'a finalement agi que lorsqu'il est devenu évident qu'Israël ne cesserait pas de violer la souveraineté du Liban.

Cet argument ne mérite pas d'être sérieusement débattu, car il est bâti sur un mensonge.

Kassem ne se trompe pas. Il n'est pas mal informé et ne présente pas une interprétation alternative des événements. Il ment. Les faits ne sont ni compliqués ni ambigus, et la chronologie elle-même expose la malhonnêteté de sa thèse. Le Hezbollah n'a pas soudainement découvert les violations israéliennes après quinze mois de silence, pas plus qu'il n'a décidé que la souveraineté libanaise avait finalement atteint son point de rupture. L'organisation a choisi son moment avec beaucoup de soin, et elle l'a fait immédiatement après l'assassinat d'Ali Khamenei.

Ce seul calendrier suffit à démanteler l'ensemble du récit.

Si la guerre du Hezbollah était vraiment une affaire libanaise, elle aurait dû commencer bien avant. Kassem lui-même a consacré une part considérable de son discours à énumérer des milliers de violations israéliennes présumées au cours de l'année écoulée — incursions dans l'espace aérien, attaques frontalières, destructions de biens et victimes civiles. Selon sa propre logique, ces violations étaient graves et constantes. Pourtant, malgré cette situation prétendument insupportable, le Hezbollah a répété à plusieurs reprises qu'il resterait patient et que l'État libanais devait poursuivre la voie diplomatique.

Pendant quinze mois, le Hezbollah a attendu.

Puis soudainement, après l'assassinat du Guide suprême iranien, des roquettes ont été tirées depuis le Liban-sud et le pays a été une fois de plus entraîné au bord de la guerre. Kassem aimerait faire croire au public libanais que cet enchaînement d'événements est purement fortuit, que le Hezbollah a simplement atteint la limite de sa patience au moment précis où la direction iranienne était frappée.

Aucun observateur sérieux ne peut accepter une telle affirmation.

Le Hezbollah n'a pas agi parce que la souveraineté libanaise avait été violée, mais parce que l'Iran avait été touché. La direction de l'organisation peut tenter d'envelopper cette décision dans le langage de la résistance, du martyre et de la défense nationale, mais la réalité sous-jacente demeure inchangée. La boussole stratégique du Hezbollah ne pointe pas vers Beyrouth. Elle pointe vers Téhéran.

En fait, Kassem lui-même a involontairement révélé la vérité lorsqu'il a évoqué dans son discours le ciblage de Khamenei comme faisant partie du contexte de la confrontation. Cette référence n'était pas accidentelle. Elle a exposé le centre émotionnel et idéologique de la réaction du Hezbollah. Lorsque la direction iranienne a été frappée, le Hezbollah s'est senti contraint de répondre — non pas en acteur politique libanais défendant un intérêt national, mais en composante loyale de l'axe régional iranien.

C'est pourquoi traiter le discours de Kassem comme s'il constituait un argument politique légitime revient à passer à côté de l'essentiel. Ce discours n'était pas une tentative honnête d'expliquer les événements ; c'était une tentative de les dissimuler. La direction du Hezbollah sait très bien qu'admettre ouvertement la véritable raison de son escalade exposerait la mesure dans laquelle le Liban est traité comme un champ de bataille pour la guerre d'autrui.

Le comportement de la direction du Hezbollah ressemble aujourd'hui à quelque chose de bien moins noble que l'image héroïque qu'elle cherche à projeter. Ce qui reste de la direction de l'organisation ressemble de plus en plus à un groupe de pyromanes qui prennent plaisir à allumer des incendies à travers le Liban, parfaitement conscients que ce sont les maisons des Libanais ordinaires qui brûleront en premier. Ils déclenchent des guerres, célèbrent le sacrifice et invoquent le martyre depuis la sécurité de leurs discours politiques, tandis que la destruction se répand à travers des villages et des quartiers qui n'ont jamais choisi cette confrontation.

Leur réaction à l'assassinat du Guide suprême iranien révèle cette mentalité avec une clarté troublante. Au lieu de traiter le moment avec retenue, le Hezbollah s'est précipité pour démontrer sa loyauté par l'escalade, transformant effectivement le Liban en une arène symbolique de deuil et de vengeance. Ce faisant, ils ont demandé aux civils libanais de payer le prix de la mort d'un homme qui a passé sa vie à gouverner l'Iran par la répression et à exporter la violence à travers la région. Ali Khamenei n'a pas défendu le Liban, n'a pas répondu devant le peuple libanais, et n'a rien sacrifié pour le pays dont le Hezbollah place maintenant le territoire en première ligne des représailles.

Pourtant, la direction du Hezbollah s'attend à ce que les citoyens libanais acceptent cette guerre comme si elle était la leur.

La contradiction est flagrante. Kassem parle sans cesse de souveraineté tout en rejetant l'autorité de l'État libanais chaque fois que celui-ci tente de réguler les armes du Hezbollah. Il parle de défendre le Liban tout en réservant au Hezbollah le droit exclusif de décider quand le Liban entre en guerre. Il appelle à l'unité nationale tout en accusant ses critiques de trahir la résistance.

Mais la souveraineté ne peut exister dans un pays où une milice décide du sort de la nation, et l'unité ne peut se bâtir sur un mensonge.

Le Liban mérite une honnêteté sur les raisons pour lesquelles il est sans cesse entraîné dans des guerres qui dévastent ses villes et déplacent son peuple. Ce qu'il a reçu à la place, c'est un nouveau discours conçu pour obscurcir la vérité derrière des slogans idéologiques et des appels émotionnels.

Kassem espère peut-être qu'en répétant le langage de la résistance, il finira par convaincre le public que le Hezbollah agit dans l'intérêt du Liban. Pourtant, le calendrier de cette guerre, la structure des alliances du Hezbollah et le contenu même de son discours révèlent quelque chose de bien différent.

Ce n'est pas la guerre du Liban.

C'est la guerre d'une organisation qui continue de traiter le Liban comme la scène sur laquelle elle prouve sa loyauté à une cause étrangère, quand bien même les incendies qu'elle allume consument le pays qu'elle prétend défendre.

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