


La deuxième session du quatrième round de pourparlers directs entre le Liban et Israël a repris mercredi au Département d’État, à Washington. Les discussions, qui restent ardues et impactées par la violence sur le terrain au sud du Liban, devaient reprendre après une pause-déjeuner. Beyrouth s’efforce toujours d’arracher en priorité à Tel Aviv un engagement pour une trêve durable, alors même que sur le terrain, la formule de cessez-le-feu que le président Donald Trump a imposée, lundi, après les menaces israéliennes de frapper la banlieue sud, reste malmenée.
Le Hezbollah a montré mercredi qu’il fait peu de cas de ces menaces, formulées par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ministre de la Défense, Israel Katz. Les deux avaient averti que leur armée frapperait la banlieue sud de Beyrouth si la formation iranienne poursuivait ses attaques contre les localités du nord du pays. Donald Trump s’y était cependant fermement opposé.
En début d’après-midi, le Hezb a revendiqué le tir de deux roquettes contre une base militaire israélienne dans le nord du pays. Les deux projectiles ont été interceptées par l’armée israélienne, alors que les sirènes retentissaient à Kiryat Shmona et Menara.
Le Hezbollah essaie-t-il de provoquer les autorités israéliennes, sachant que ces dernières n’outrepasseront pas les limites posées par le président américain? Peut-être. Mais il se trompe sans doute s’il croit pouvoir profiter des divergences de vues apparues lundi entre Tel Aviv et Washington, à la faveur de la prise de bec entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu, au sujet de l’opération militaire israélienne qui reste ainsi limitée au sud du pays.
Les propos tenus mercredi par le président américain et son ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, ainsi que par Benjamin Netanyahu, confirment que les États-Unis et Israël restent sur la même longueur pour ce qui est des objectifs stratégiques au Liban et en Iran, mais qu’ils divergent sur la tactique. Washington et Tel Aviv s’accordent ainsi sur la nécessité de mettre fin à la présence militaire du Hezbollah au Liban, en tant que bras armé de l’Iran dans le pays.
Pour Washington, la diplomatie demeure la voie prioritaire, qu’il s’agisse du Liban ou du dossier iranien. Donald Trump l’a répété mercredi, au cours d’une interview au podcast du New York Post, tout en se disant «contrarié» par «la guerre sans fin» menée par Israël contre le Liban. Dans le même temps, le Premier ministre israélien affirmait partager avec le président américain l’objectif de désarmer le Hezbollah, dans un entretien à la chaîne américaine CNBC. «Si nous voulons sauver le Liban, si nous voulons parvenir à une paix entre le Liban et Israël, comme je le souhaite, nous devons désarmer le Hezbollah et démilitariser le pays. C’est un objectif que le président et moi partageons, et c’est ce que nous devons faire», a-t-il dit. Le secrétaire d’État américain lui a fait écho, en soulignant «le danger» que le Hezb représente pour l’État au Liban, notamment après les menaces formulées par des cadres de ce groupe de renverser le gouvernement de Nawaf Salam.
Le plus important reste la volonté de Washington de dissocier les négociations libano-israéliennes en cours, des pourparlers engagées avec l’Iran, ce que Téhéran rejette toujours.
La présidence américaine veut donc gérer simultanément, mais séparément, les négociations bilatérales libano-israéliennes et le dossier iranien. Sur ce dernier point, Donald Trump a affirmé que les discussions avancent vite. L’Iran s’est cependant empressé de le démentir, niant avoir envoyé à Washington une réponse quelconque aux propositions américaines pour une reprise des négociations. Le démenti, diffusé par l’agence Tasnim, liée aux Gardiens de la révolution islamique, a été rendu public peu de temps après l’interview de Donald Trump auNew York Post.
Tasnim n’a pas cependant commenté les propos du président américain qui a évoqué la possibilité d’une rencontre avec le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei.
Alors que Téhéran continue de jouer la montre, Donald Trump a réaffirmé pour la énième fois qu’il n’attendra pas indéfiniment et qu’il va devoir choisir entre la conclusion d’un accord avec l’Iran et le lancement d’une frappe militaire. Il a qualifié cette seconde option de «non agréable».
Benjamin Netanyahu a, pour sa part, estimé que la République islamique «joue avec le feu», en abordant non seulement ses atermoiements dans les discussions indirectes avec Washington, mais également les frappes menées dans la nuit de mardi à mercredi contre le Koweït et Bahrein, en réponse, selon les Pasdarans, contre des attaques américaines ayant visé un pétrolier iranien et une île du détroit d’Ormuz.
Au Koweït, les raids revendiqués par ces derniers, ont touché un terminal de l’aéroport et fait un tué et 63 blessés, dont certains dans un état grave.
L’armée américaine a mené en réponse des «frappes de défense» sur l’île iranienne de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz, selon le commandement américain pour la région (Centcom). Les Gardiens de la Révolution ont riposté à leur tour, en visant une base aérienne «abritant des hélicoptères» au Koweït, ainsi que le siège de la Cinquième flotte navale américaine à Bahreïn.