شعار Levant Time
العودة إلى المقال
Analyse

Liban en mutations: l'État contre les axes

صورة للأخبار
صورة المؤلف
بقلم Najib Zwein
نُشر mai 26, 2026 - 12:01

L’ensemble de la région se trouve aujourd’hui devant de grandes mutations qui redessinent les équilibres et les équations politiques et militaires. La guerre qui a éclaté entre l’Amérique et Israël d’une part, et l’Iran et le Hezbolla de l’autre, ne saurait se réduire à un affrontement passager ou à une joute limitée, mais constitue un événement charnière dont les répercussions profondes se feront sentir sur l’ensemble des États, et singulièrement sur le Liban, qui se retrouve une fois de plus au cœur de la tempête.

L’expérience a maintes fois démontré que les grandes guerres ne s’arrêtent pas aux frontières des États belligérants et que leurs conséquences se propagent jusqu’aux entités fragiles et déchirées, jusqu’aux États incapables d’asseoir leur souveraineté et de concentrer leur pouvoir de décision au sein de leurs institutions légitimes. C’est pourquoi maintenir le Liban arrimé à des axes régionaux et le laisser demeurer une arène ouverte aux conflits d’autrui place les Libanais devant des dangers existentiels qu’il serait imprudent de sous-estimer.

Le monde suit aujourd’hui avec attention les négociations américano-iraniennes et les reconfigurations politiques, sécuritaires et militaires qu’elles pourraient engendrer. Mais le véritable danger tient à ce que le Liban figure parmi les pays les plus exposés à en payer le prix, en raison de la persistance d’armes qui échappent à l’autorité de l’État, et de l’acharnement de certaines forces à maintenir le pays dans l’orbite d’un projet régional qui transcende les intérêts des Libanais, leur patrie et leur État.

La région est bel et bien entrée dans une nouvelle phase, où se redéfinissent les notions de guerre et de paix, où se tracent de nouvelles frontières d’influence et où se redistribuent les rôles des États et des groupes armés. Dans ce contexte, il apparaît clairement que tout cesséz-le-feu entre les États-Unis et l’Iran ne saurait se réduire à un détail conjoncturel, mais constituerait le prélude d’une nouvelle phase politique dont les effets se répercuteraient inévitablement sur toutes les scènes régionales, au premier rang desquelles le Liban. Car il appartient à l’Amérique d’imposer à l’Iran le démantèlement de ses bras armés et la cessation de tout acheminement d’armes et de fonds vers quelque faction que ce soit dans la région, et tout particulièrement vers le Hezbolla.

Parier sur la pérennité du statu quo, ou sur la possibilité pour le Liban de demeurer à l’écart des transformations à venir, serait un pari à la fois erroné et dangereux. La communauté internationale et les États arabes sont désormais de plus en plus convaincus que la stabilité régionale ne saurait se réaliser dans un contexte où persistent des États incapables de maîtriser leurs décisions souveraines, ni tant que perdure le phénomène des armées parallèles et des organisations armées opérant en dehors de toute légalité.

Le discours récent du président de la République a constitué un moment remarquable dans son approche des questions de la négociation directe et de la guerre et de la paix, lorsqu’il a affirmé avec clarté que toute décision de cesséz-le-feu est une décision souveraine qui appartient à l’État libanais seul, et non à quelque autre instance que ce soit. Il a réaffirmé également en des termes qui n’admettent aucune ambiguïté que nul n’a le droit de parler au nom du Liban sinon l’État libanais et ses institutions constitutionnelles.

Cette position exprime l’essence même de l’idée d’État et les principes les plus élémentaires de la souveraineté nationale. Car le Liban ne peut perdurer en tant qu’État si la décision de la guerre et de la paix demeure en dehors de ses institutions légitimes, ni si certaines forces persistent à se présenter comme l’autorité de fait, au-dessus de l’État, au-dessus de la Constitution et au-dessus de la volonté des Libanais.

Il est regrettable que certains continuent de traiter le Liban comme une arène ouverte au service de projets régionaux, alors que ce dont le pays a besoin aujourd’hui est de renouer avec le principe d’un État unique, d’une autorité unique et d’une décision unique. Car le Liban ne se protège pas par des slogans, ni par des surenchères, ni par des discours d’accusation et d’incitation, mais par l’avènement d’un État réel, capable de protéger ses frontières, son peuple et ses intérêts nationaux.

Il est désormais évident que toute nouvelle aventure militaire ne serait payée que par les Libanais, et que tout arrimage du destin du Liban à l’affrontement irano-israélien (via le Hezbolla) conduirait inexorablement le pays vers un surcroît d’isolement, d’effondrement et de destruction.

De même, tout accord ou arrangement régional et international à venir imposera des réalités nouvelles à la région, et le Liban sera incapable de se protéger ou de défendre ses intérêts tant qu’il demeurera dans l’incapacité de bâtir un État véritable, seul titulaire du droit d’user de la force, du monopole des armes et du pouvoir de décider de la guerre et de la paix.

L’État libanais se trouve aujourd’hui devant une épreuve historique : soit il recouvre pleinement son rôle de référence unique pour l’ensemble des Libanais, soit le Liban demeure une arène profanée dont le peuple paie le prix des conflits d’autrui.

La phase à venir exige le plus haut degré de responsabilité nationale, car la région se transforme à vive allure et les règlements à venir imposeront des équations nouvelles. C’est pourquoi le salut du Liban commence par un retour à la Constitution, à la logique de l’État, au respect de la légalité libanaise et internationale, et par la construction d’un État véritablement capable de protéger son peuple, son territoire et sa souveraineté.

Les Libanais méritent un État qui les protège et non un État dont le territoire est instrumentalisé pour régler des comptes. Ils méritent un avenir fondé sur la stabilité, la souveraineté et la prospérité, et non sur des guerres perpétuelles, des divisions et la dépendance à l’égard de l’extérieur. En cette heure charnière, l’attachement à l’État cesse d’être un simple choix politique pour devenir la condition même de la survie du Liban.

La protection du Liban commence avant tout par son désengagement des axes de conflit, par la réaffirmation de son identité arabe, par la consécration de sa neutralité à l’égard des guerres d’autrui, et par l’établissement de l’autorité exclusive de l’État sur l’ensemble du territoire libanais.

مقالات ذات صلة
عرض الكل
فيديوهات ذات صلة
عرض الكل
بودكاست ذات صلة
عرض الكل