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Opinion

Le Liban dans cent ans

Comment passer de la gestion des crises à la construction de l’avenir?

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Par Samir Abdelmalak
Publié mai 29, 2026 - 21:00

À une époque où les crises et les défis se multiplient, nous lisons chaque jour des articles, études et analyses centrés principalement sur la description de la réalité actuelle et l’examen de ses dimensions politiques, économiques et sociales.

Or, malgré l’importance de comprendre le présent, l’excès de focalisation sur le diagnostic de la situation nous a enfermés dans une pensée circulaire: nous tournons sans cesse autour des mêmes constats et des mêmes blocages, sans réellement avancer vers une réflexion sérieuse sur l’avenir du Liban, celui de ses citoyens, et par conséquent celui de la société et de l’État.

Lancer des cercles de réflexion nationale… avec positivité

Le Liban a aujourd’hui un besoin urgent de créer des espaces de dialogue et de réflexion réunissant groupes, élites et acteurs de la société, quel que soit leur niveau d’organisation, afin de poser les grandes questions qui détermineront la forme du pays dans les décennies à venir.

Les nations qui survivent et progressent ne sont pas celles qui se contentent de gérer leurs crises quotidiennes, mais celles qui ont le courage de penser à long terme et de dessiner une vision claire de leur avenir.

Mais avant tout débat, nous devons adopter une pensée positive. Une personne positive est davantage ouverte aux opinions des autres ; elle voit dans la diversité des idées une richesse et de nouvelles opportunités de progrès. À l’inverse, une pensée négative et fermée nourrit la méfiance envers l’autre et finit même par douter des opportunités qui existent pourtant devant elle.

Nous devons également regarder la réalité telle qu’elle est, et non telle que nous souhaiterions qu’elle soit. Fuir les faits ou les embellir ne produit pas de solutions ; cela ne fait que repousser l’explosion des crises et les aggraver.

Dès lors, il devient essentiel de poser les questions avec objectivité et respect, loin des faux-semblants, des calculs étroits ou des jugements préconçus. Les sociétés vivantes ne craignent pas les questions ; elles les considèrent comme une étape naturelle vers la recherche d’un avenir meilleur.

Imaginer les cent prochaines années

Le Liban a aujourd’hui plus que jamais besoin de «cercles de réflexion nationale» capables d’aborder avec calme et réalisme les grands défis fondamentaux, d’échanger les points de vue et de rechercher des bases communes susceptibles de garantir la stabilité du pays pour les cent prochaines années.

Parmi les questions essentielles à poser:

- Quelle est la formule de gouvernance la plus adaptée au Liban à la lumière des expériences passées?

  • Le système centralisé demeure-t-il le meilleur choix?

  • La décentralisation élargie ou le fédéralisme offriraient-ils des solutions plus efficaces?

  • Ou faut-il imaginer une formule totalement nouvelle?

- L’Accord de Taëf est-il encore adapté après toutes les transformations qu’ont connues le Liban et la région?

- Le modèle du vivre-ensemble et de la démocratie consensuelle est-il toujours capable de produire de la stabilité et de construire un véritable État?

- Le vivre-ensemble reste-t-il possible dans sa forme actuelle, à la lumière des expériences, crises et divisions traversées par les Libanais?

- Comment gérer la diversité libanaise?

  • À travers un système civil fondé sur l’égalité complète entre les citoyens?

  • Ou à travers un système respectant les spécificités et les équilibres communautaires dans une formule consensuelle garantissant la stabilité?

- Quel doit être le rôle de l’État?

  • Doit-il se limiter à assurer la sécurité, la stabilité et les besoins essentiels comme la santé, l’éducation et les infrastructures?

  • Ou doit-il intervenir plus largement dans les différents secteurs économiques et sociaux?

- Qu’en est-il de l’éducation?

  • La priorité doit-elle rester accordée à l’enseignement libre, qui a longtemps constitué l’un des piliers historiques du Liban?

  • Ou l’avenir exige-t-il un modèle plus équilibré entre secteurs public et privé?

- Quelle économie voulons-nous?

  • L’économie libérale reste-t-elle le choix le plus adapté au Liban?

  • Ou la prochaine étape nécessite-t-elle une économie sociale conciliant liberté économique et justice sociale?

- Comment garantir une véritable participation populaire dans la production du pouvoir?

  • Quelle loi électorale permettrait d’assurer une représentation juste et de renforcer la vie démocratique?

- Comment les décisions nationales majeures doivent-elles être prises en cas de désaccord?

- Et quels mécanismes constitutionnels et politiques permettraient d’empêcher les blocages tout en préservant le partenariat national?

Ces questions ne sont que quelques exemples des grands débats qui devraient être abordés avec courage et sérénité. Car bâtir une nation ne consiste pas seulement à gérer les crises du présent, mais aussi à être capable d’imaginer l’avenir et de le préparer.

On dit souvent: «En temps de crise naissent les opportunités». Cela est vrai, à condition de savoir lire la réalité avec lucidité et de posséder le courage intellectuel et politique nécessaire pour saisir ces opportunités, plutôt que de se contenter de gérer les effondrements ou d’attendre des solutions venues de l’extérieur.

Si le Liban veut demeurer une nation vivante et capable de durer, il a besoin d’un projet intellectuel et national à long terme, élaboré collectivement, afin de construire une stabilité politique, sociale et économique pour les cent prochaines années — et non pour quelques années seulement.

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