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Politique

ZEE Liban-Chypre : l’investissement pétrolier et les défis géopolitiques (2)

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La zone de pompage du terminal de stockage de pétrole du port de Vasilikos, dans la ville côtière de Mari, au sud de Chypre. Ce site sert de plaque tournante entre l'Europe et la mer Noire et les marchés du Moyen-Orient pour le stockage d'essence, de gazole, de kérosène et de naphta. (Barbara LABORDE / AFP)
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Par Nayla Assaf
Publié janv. 20, 2026 - 14:45

Le pari énergétique face à l’effondrement économique


Avec la signature de l’accord de délimitation des frontières maritimes avec Chypre en 2025, l’exploitation des ressources offshore s’impose comme un levier potentiellement décisif pour la relance de l’économie libanaise, en crise profonde. 

Si cet accord a fourni un cadre juridique formel pour les frontières maritimes, il n’a toutefois pas dissipé l’ensemble des défis économiques et géopolitiques. Les délais d’exploitation, les différends régionaux persistants et les blocages politiques placent le Liban face à une équation complexe : saisir les opportunités énergétiques sans compromettre ses intérêts nationaux.


Le pétrole d’abord : du risque juridique au choix de l’accord


Selon le général Khalil Gemayel, expert en délimitation des frontières maritimes, le Liban était convaincu que le recours aux juridictions maritimes internationales pour trancher le différend avec Chypre aurait transformé les blocs pétroliers libanais adjacents à ce pays - les blocs 1, 3, 5 et 8 - en zones disputées jusqu’au prononcé d’une décision définitive. 


Une telle situation aurait, de facto, entraîné un retard considérable dans les opérations d’exploration, les grandes compagnies pétrolières internationales évitant systématiquement les zones litigieuses.


Dans cette logique, la signature de l’accord a été perçue comme un moyen de sortir ces zones de l’incertitude juridique et de les rendre immédiatement exploitables, sans entraves légales.


Clarification juridique, exploitation différée


Cependant, Gemayel nuance fortement cette lecture. Il rappelle que l’attribution récente du bloc libanais n° 8 a accordé au consortium mené par TotalEnergies un délai de trois ans pour décider, à la lumière des résultats des études sismiques, s’il procédera ou non au forage d’un puits. 

Selon lui, cette période « ouverte » pourrait, en pratique, s’avérer bien plus longue que le temps qu’aurait nécessité une décision rendue par une juridiction internationale compétente, décision qui aurait garanti les droits du Liban et fixé ses frontières maritimes avec Chypre de manière définitive, claire et sans ambiguïté, ne laissant aucune place à l’interprétation.

Des acquis juridiques limités dans un environnement diplomatique complexe


Gemayel ne s’attend pas à ce que l’accord contribue de manière significative au renforcement de la stabilité juridique ou diplomatique du Liban. Il estime que l’accord a été conclu sans l’implication d’un acteur clé dans la délimitation des frontières, à savoir la Syrie. Il souligne également que la Turquie rejette toute atteinte aux droits des Chypriotes turcs en République turque de Chypre du Nord.


La Turquie et la Syrie : des acteurs absents mais déterminants


Il met en garde contre le fait que la Turquie empêche concrètement, par la présence de ses navires militaires, toute compagnie pétrolière de mener des activités de prospection dans les zones qu’elle considère relever des droits des Chypriotes turcs. 


Cette réalité, combinée au différend maritime non résolu avec la Syrie, pourrait constituer un risque à la fois pratique et politique pour la mise en œuvre effective de l’accord.


Le point tripartite en suspens : une bombe frontalière à retardement


Gemayel souligne que l’accord a laissé en suspens la question du point tripartite n° 7 (Syrie – Chypre – Liban), en attendant l’achèvement de la délimitation avec la Syrie. Or, selon lui, le problème est bien plus profond. 


Damas considère en effet que la zone maritime litigieuse avec le Liban s’étend du point libanais n° 5 au sud jusqu’au point n° 7 au nord, couvrant une superficie contestée estimée à environ mille kilomètres carrés. Gemayel avertit que cette situation pourrait se transformer, à terme, en un véritable problème stratégique pour le Liban.


La feuille de route nécessaire : accélérer la délimitation et compenser les pertes


À la lumière de ces éléments, Gemayel estime que le Liban doit, en priorité, accélérer le règlement du différend maritime avec la Syrie afin de fixer définitivement ses frontières septentrionales. 


Il appelle également à hâter l’attribution et l’exploitation des blocs pétroliers libanais adjacents à Chypre, dans le but de compenser une partie des pertes induites par un accord qu’il considère, dans son essence, comme déséquilibré.


Lecture stratégique de l’accord : trois enseignements clés


Si les déclarations de Gemayel mettent clairement en évidence les risques juridiques et géopolitiques, une lecture stratégique fait ressortir trois observations majeures :


Investissements rapides, incertitude temporelle


1. La priorité économique à court terme : le Liban a choisi de lever les obstacles juridiques afin de rassurer les investisseurs et d’attirer rapidement les compagnies pétrolières. Toutefois, cette approche n’a pas permis une exploitation immédiate des ressources, notamment en raison du long délai accordé pour le bloc 8.


Les conflits régionaux ressurgissent en mer


2. La persistance des menaces régionales : les différends avec la Syrie et le refus de la Turquie de reconnaître les droits des Chypriotes turcs exposent le Liban à des risques récurrents susceptibles d’entraver l’exploration et la production. L’accord fournit un cadre juridique, mais n’offre pas de protection réelle contre les tensions politiques ou militaires.


Des frontières définies, une souveraineté fragile

3. Un équilibre interne fragile : l’accord reflète une décision politique rapide, mais il laisse le Liban avec des frontières juridiquement définies, tout en demeurant vulnérables aux contestations futures. Cette situation réduit la marge de manœuvre du pays dans de futures négociations et pèse sur les retombées économiques espérées.


Conclusion : un accord juridique sans garanties stratégiques

En définitive, l’accord avec Chypre offre au Liban une stabilité formelle et un référentiel juridique, mais l’expose à des défis stratégiques majeurs. La réussite de cet accord en tant qu’outil de souveraineté économique et de sécurité énergétique dépendra de la capacité du Liban à régler rapidement le différend avec la Syrie, à accélérer les opérations d’exploration et à gérer avec prudence ses relations régionales, afin de transformer un simple texte juridique en une véritable opportunité pour l’économie nationale et le secteur de l’énergie.


Article précédent: ZEE Liban-Chypre : entre acquis juridiques et pertes maritimes


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