

Au lendemain des menaces du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, d’«écraser le Hezbollah» et d’élargir son opération militaire au Liban, le pays était pris dans un nouveau tourbillon de violence qui a ravivé les craintes d’un retour à une confrontation ouverte. Des craintes d’autant plus légitimes que l’armée israélienne a commencé à élargir la zone dite de sécurité qu’elle contrôle au Liban-Sud.
Dans le même temps, le dirigeant israélien, qui a obtenu un feu vert américain pour une opération d’envergure contre le Hezb, a réaffirmé mardi ne pas vouloir «lever le pied de l’accélérateur», précisant que son armée intensifie ses opérations au Liban et «sécurise des positions stratégiques». Le Premier ministre a également fait état d’un «effort national mené pour contrer la menace des drones explosifs du Hezbollah».
Les Libanais s’attendent ainsi au pire, alors que le Hezbollah reste totalement indifférent à l’effroyable coût humain, économique, social et matériel de la guerre destructrice dans laquelle il a entraîné le pays au profit de l’Iran.
Les frappes israéliennes se sont intensifiées dans la journée de mardi. Depuis lundi après-midi, c’est la ville de Nabatiyeh, en passe de subir le même sort que celui de Bint Jbeil, réduite à un amas de cendres, ainsi que des localités de la Békaa-Ouest, fiefs de la formation pro-iranienne, qui sont prises sous le feu ininterrompu des avions de guerre et des drones israéliens.
Pour la première fois depuis le début de la guerre, l’armée israélienne a appelé les habitants de Nabatiyeh à évacuer toute la ville et à se rendre «au nord du fleuve Zahrani». Pour la première fois aussi, elle s’est acharnée autant contre les bourgades de la Békaa-Ouest. Rien que dans le village mixte de Machghara, quinze personnes ont péri dans un raid mené après un appel à évacuer la localité où les combattants du Hezb se réfugient à l’intérieur ou près des habitations abandonnées par leurs occupants, pour lancer leurs roquettes contre des positions israéliennes.
La logique de ce groupe à qui le Liban doit, en plus des destructions, une occupation israélienne d’une large superficie de sa partie sud, reste la même: faute de pouvoir repousser l’armée israélienne, il s’efforce de lui infliger des pertes. Celles-ci restent dérisoires au vu de celles que subit le Liban. Tel Aviv compte 23 tués dans les rangs de son armée depuis le 2 mars, alors que le Liban compte 3.185 morts et 9.633 blessés.
Un nombre qui risque de grimper davantage si Israël met ses menaces à exécution. Benjamin Netanyahu a tenu des consultations militaires avec son ministre de la Défense, Israël Katz, et son chef d’état-major, Eyal Zamir, quelques heures avant que l’armée israélienne ne confirme à Reuters vouloir élargir vers le nord la «ligne jaune» fictive qui délimite la zone dite de sécurité qu’elle a établie tout le long de sa frontière nord. Dans la nuit de lundi à mardi, elle a d’ailleurs mené une incursion au nord de cette ligne d’une dizaine de kilomètres de profondeur, pour repousser des combattants du Hezb.
Le risque est grand aujourd’hui de la voir étendre sa zone d’influence jusqu’au fleuve Zahrani, à quelques kilomètres au sud de Saïda, conformément aux vœux des ministres d’extrême droite du cabinet israélien. Ou encore de mettre à exécution son plan initial. Celui-ci consistait à mener une incursion dans la Békaa, à partir des positions qu’elle contrôle au sommet de la partie libanaise du Mont-Hermon pour y établir également une zone de sécurité et neutraliser la menace du Hezbollah, en attendant des arrangements sécuritaires avec le Liban. Un développement sur le terrain conforterait cette thèse: le ciblage de routes dans la Békaa. L’aviation israélienne a rendu impraticable la route stratégique qui longe le lac Qaraoun, au niveau du barrage, et qui relie entre eux les villages de Qaraoun et de Machghara. L’axe routier en question a été ciblé quatre fois, mais sans que le barrage soit endommagé, selon l’Office des eaux du Litani.
Cette tactique, qui consiste à couper les voies de passages pour perturber les déplacements des combattants du Hezb, rappelle celle que l’armée israélienne avait appliquée au Liban-Sud, avant de mener son opération terrestre.
Face à ce scénario-catastrophe, il est légitime de se demander si le Hezbollah, poussé par l’Iran, n’a pas fait exprès d’intensifier depuis quelques jours ses attaques aux drones contre l’armée israélienne – sachant que celle-ci n’allait pas garder les bras croisés – afin d’atteindre un double objectif: compromettre le nouveau round de pourparlers directs entre Beyrouth et Tel Aviv, prévu en principe vendredi à Washington, et faire du Liban une nouvelle carte de pression aux mains de Téhéran dans le cadre de potentielles négociations difficiles avec les États-Unis.
Pour l’heure, ni Israël ni le Hezbollah semblent prêts à réduire la pression militaire, ce qui fait craindre un enlisement dans une guerre sur laquelle les autorités n’ont aucun contrôle.
Une médiation au point mort
Dans ce climat tendu, non seulement les efforts de médiation en vue d’une reprise du dialogue irano-américain restent au point mort, mais la tension a resurgi entre les belligérants.
Téhéran a repris le langage des menaces, au lendemain des frappes américaines qui ont visé des hydroglisseurs des Pasdarans, à Bandar Abbas, sur le détroit d’Ormuz.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a accusé Washington d’une «violation flagrante du cessez-le-feu», alors que, l’armée américaine a affirmé avoir visé des sites de lancement de missiles ainsi que des embarcations suspectées de poser des mines maritimes. «L’Iran tient le régime américain responsable de toutes les conséquences résultant de ces actions agressives et injustifiées», a souligné le ministère dans un communiqué.
À son tour, le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a averti que les forces américaines ne disposeraient désormais «plus d’aucun refuge dans la région», tandis que les Pasdaran ont affirmé avoir abattu un drone américain et tiré sur d’autres aéronefs qui entraient dans l’espace aérien du pays.
C’est dans ce contexte de résurgence des tensions que le président américain, Donald Trump, se rendrait demain à Camp David, selon le New York Post, pour des concertations relatives au dossier iranien, avec les membres de son administration, dont la directrice du renseignement national (DNI), Tulsi Gabbard. Cette dernière avait présenté sa démission, il y a quatre jours.
Loin des tensions régionales, la suspension d’un décret présidentiel iranien qui rétablissait l’accès à Internet en Iran, mérite d’être relevée, dans la mesure où elle confirme la mainmise des Pasdarans sur les décisions stratégiques dans le pays. La décision d’invalider la mesure présidentielle a été prise par le ministère iranien de la Justice.