


Le moins que l'on puisse dire sur l'entraînement du Liban dans la guerre qui vise la «République islamique» d'Iran, c'est qu'il s'agit d'un crime envers le pays et envers les habitants du Sud en particulier. Il semble que l'on cherche à en finir avec le Liban au moment même où les États-Unis ont décidé, en coordination avec Israël, de se débarrasser du régime iranien.
À quoi sert-il de lier le destin du Liban à celui d'un régime en Iran qui veut se suicider? Que faire lorsque l'occupation israélienne continue d'étendre son emprise dans le Sud et que le nombre de déplacés ne cesse d'augmenter, y compris dans certaines régions de la Békaa? L'Iran exige-t-il, en réalité, de plonger le Liban dans une crise intérieure dont il ne pourra jamais sortir, en transformant le Sud du pays en une autre Gaza?
Plus important encore: le Liban peut-il éviter la catastrophe dans laquelle le Hezbollah l'a précipité, ou trouver le moyen d'en sortir ?
On compte désormais quelque 110 000 déplacés parmi les habitants du Sud, tandis qu'une trentaine de villages ont été détruits. Il semble que le Hezbollah ait décidé de porter ce chiffre à environ 350 000, pour des raisons fallacieuses qui n'ont aucun rapport, de près ou de loin, avec le Liban. En définitive, que veut la «République islamique» sinon entraîner le Liban dans son propre naufrage, maintenant qu'il est apparu clairement que le régime qui la gouverne n'est plus viable?
La décision du Hezbollah — car c'est bien un ordre venu de Téhéran — intervient dans le contexte du plus grand bouleversement qu'ait connu toute la région depuis 1979, date à laquelle la nature de l'Iran fut transformée par son passage à la «République islamique» et par la redéfinition de son rôle régional. Cette décision, à caractère suicidaire, survient en outre alors que se dessinent les contours d'un nouvel équilibre régional, né des entrailles de la guerre de Gaza qui a commencé le 7 octobre 2023 — une guerre que la «République islamique» a tenté d'exploiter, sans y parvenir, par l'intermédiaire de ses bras armés en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen.
Le problème auquel fait face le Hezbollah aujourd'hui tient à son refus d'apprendre de l'expérience de la «guerre d'appui à Gaza», qui s'est terminée comme elle s'est terminée. Il a livré cette guerre qui lui a infligé des pertes considérables — incluant l'élimination de son commandement et l'opportunité offerte à Israël de revenir occuper des terres libanaises. Le Parti refuse de tirer les leçons de cette guerre et de l'assassinat de Hassan Nasrallah, perpétré dans les conditions que l'on sait.
On ne comprend toujours pas comment un parti — qui n'est rien d'autre qu'une milice confessionnelle inféodée à l'étranger — peut s'engager dans une nouvelle guerre sans tenir compte du fait que ses résultats sont connus d'avance. C'est une énigme qui n'a d'autre explication que celle-ci: les Gardiens de la révolution poussent le Hezbollah à se suicider avec eux. Il est manifeste que le Parti est désormais sous le contrôle total de l'Iran et qu'il n'est, en réalité, qu'une brigade des Gardiens de la révolution — rien de plus.
Avant que le Hezbollah ne tire ses roquettes depuis le Sud du Liban, l'État libanais avait reçu des avertissements clairs de la part d'Israël. La teneur de ces avertissements était que l'entrée du Liban dans la guerre que mène l'Iran aurait des conséquences catastrophiques pour le pays. Malgré cet avertissement, qui fut transmis au Parti, ce dernier a surpris les Libanais en procédant au lancement de roquettes depuis le Sud du Liban…
Rien n'explique ce qui s'est passé, sinon l'incapacité de l'État libanais à exercer son autorité sur le Hezbollah. L'État continue d'avoir peur du Parti. La décision du Conseil des ministres — qualifiant l'activité sécuritaire et militaire du Parti de «violation de la légalité » — marquera-t-elle un tournant majeur sur la scène libanaise et une rupture avec la logique qui avait imposé le funeste Accord du Caire en 1969? Permettra-t-elle, concrètement, de briser le mur de la peur face à un Parti qui n'a œuvré depuis sa création qu'à détruire méthodiquement le Liban et les institutions de l'État libanais, l'une après l'autre?
L'État libanais se doit de démontrer qu'il est capable d'appliquer la décision du Conseil des ministres, afin de pouvoir s'atteler au traitement des conséquences de la catastrophe qui s'est abattue sur le pays. En réalité, l'État libanais — qui se trouve face à une nouvelle et véritable épreuve — doit traiter avec un parti qui a fait de la sujétion à l'Iran sa profession, et qui a placé les intérêts de la «République islamique» au-dessus des intérêts du Liban, voire au-dessus des intérêts de la communauté chiite elle-même.
C'est un parti qui voit dans la mort du Guide suprême Ali Khamenei la mort de son propre chef. Simplement, il est difficile de traiter avec un parti qui fait du suicide un objectif en soi et qui considère le Liban comme une composante de la «République islamique» gouvernée par le vali-ye faqih.
Soit. Le Hezbollah veut se suicider. Il veut entraîner le Liban dans son suicide et faire de son destin le destin de la «République islamique». Il n'y a pas de place pour le langage de la raison avec qui veut se suicider. Il est utile, pour le Liban, de définir ce qu'il veut véritablement. Il est utile de se désengager de la logique du suicide — rien de plus… et l'heure en est venue !