

Les étapes de la reconstruction de l’État libanais semblent être gelées, malgré quelques progrès sur le plan technocratique. Au terme de plus d’un an de « guerre de soutien » menée par le Hezbollah et l’affaiblissement de ce parti sur la scène régionale, l’élection du président de la République avait suscité une vague d’euphorie démesurée. La formation d’un gouvernement prometteur avait induit l’espoir d’une restauration de la souveraineté de l’État. Cependant, un an plus tard, cette euphorie s’est transformée en déception, et l’espoir s’est dissipé.
Le refus du Hezbollah, à l’instigation de l’Iran, de se plier à la volonté de la majorité des Libanais et de remettre ses armes à l’État, ainsi que sa violation de la résolution 1701, ont servi, et continuent de servir, de prétexte au harcèlement israélien qui vise ses cadres et son infrastructure. Cette dynamique empêche tout progrès dans le redressement de l’État libanais.
Malgré l’affaiblissement de l’Iran et le soutien de Washington, des pays arabes et de la communauté internationale, une grande partie des acteurs au niveau des pouvoirs exécutif et législatif à Beyrouth, ainsi que certains anciens militaires qui induisent en erreur les Libanais quant à la capacité de notre armée, continuent de se soumettre à un Hezbollah arrogant et menaçant. Ce phénomène n’est pas surprenant, car ces responsables, du plus haut au plus bas échelon, ont été habitués, durant quatre décennies, à céder face à cette influence.
On ne devrait pas être étonné de voir ces individus changer de cap et de s’aligner sur un autre camp si le conflit entre Téhéran et Washington débouche sur une guerre éclair ou totale au profit des États-Unis. Mais en cas de conflit prolongé ou de concessions de la part de Washington, ces acteurs se féliciteront de leur alignement opportuniste. Pour l’heure, ils se placent donc en situation d’attente (stand-by mode) pour déterminer dans quel camp ils se situeront. Le problème, c’est qu’ils sont la façade du Liban ! Et les grands décideurs de ce monde les méprisent en privé, les caressent dans le sens du poil et les insultent en public.
Le Hezbollah et son corollaire, le mouvement Amal, ont utilisé la rue et le contrôle du Parlement, par le biais du chef du législatif pour s’affirmer. De surcroît, le Hezbollah avait recours aux armes, aux assassinats et aux menaces camouflées ou publiques, dans le même but. Cela s’est avéré efficace avec les pôles du pouvoir. Les deux partis armés continuent de manœuvrer et d’évoluer dans le même temps au sein de l’État et à travers leur milice, relevant organiquement du corps des Gardiens de la révolution iranienne. De plus, ils ont infiltré l’État profond et les institutions officielles à tous les niveaux.
L’assainissement de ces institutions relève de la responsabilité de l’exécutif et du président de la République. Les deux partis n’ont rien proposé et ne proposent aucun projet crédible pour édifier l’État libanais, en dehors d’une dialectique de résistance qui a échoué et des haines tous azimuts. Seule la survie du Hezbollah compte, et bien qu’affaibli, ce parti persiste sur la même voie qui a prévalu pendant quatre décennies.
Seuls de vrais hommes d’État pourraient faire avancer les choses. Or ceux-ci sont largement absents des institutions officielles, à l’exception de quelques rares figures souverainistes, qui restent fermes sur leurs positions. Ce qui les expose aux attaques les plus virulentes et à des menaces physiques de la part d’un Hezbollah qui s’accroche désespérément à ses acquis. Ce qui pourrait coûter très cher à tout le pays.
Les indécis, les corrompus, les gens du bazar, ceux qui sont atteints de cécité sociopolitique, ainsi que les lâches ne peuvent ni gérer, ni diriger ni avoir la stature d’un leader. Le Liban regorge de ressources humaines et de capacités. Celles-ci n’attendent que l’opportunité, la vraie, pour initier une renaissance.
Dans un tel contexte, force est de relever que la Syrie voisine a battu tous les records en termes de redressement de ses institutions étatiques. Il lui reste cependant énormément de lacunes à combler. Elle se doit de rassurer les minorités, de les intégrer. Elle a un système à construire… En bref, elle a encore un long chemin à parcourir pour atteindre la stabilité. En contrepartie, ce qui a été réalisé est très prometteur, parce qu’à la tête de l’État syrien se trouve un homme d’État, Ahmad el-Chareh, qui émerge, en faisant preuve de maturité et de pragmatisme. Il sait que les yeux des Syriens et du monde entier sont rivés sur lui, et il relève le défi. Au Liban, nous attendons l’émergence d’hommes d’État.