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Politique

Khamenei, un Guide suprême impitoyable et intransigeant

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Une image satellite montrant les bâtiments détruits dans l'enceinte de la résidence du guide suprême iranien à Téhéran. (Image satellite ©2026 Vantor/AFP)
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Par LevantTime .
Publié mars 1, 2026 - 23:31

À la tête de l’Iran depuis 1989, l’ayatollah Ali Khamenei incarnait, depuis plus de trois décennies, la continuité idéologique de la République islamique et son affrontement déclaré avec les États-Unis – le « Grand Satan » – et Israël, désigné comme ennemi irréductible.

Âgé de 86 ans, le Guide suprême était le doyen des dirigeants du Moyen-Orient. Arborant le turban noir des ‘seyyed’, signe d’une filiation revendiquée avec le prophète Mahomet, il concentrait entre ses mains l’essentiel du pouvoir. Chef du système théocratique iranien, il détenait l’autorité ultime sur les affaires religieuses, politiques et militaires. Son portrait domine les espaces publics du pays, tandis que la question de sa succession demeurait taboue.

Ali Khamenei a accédé à la magistrature suprême en juin 1989, à la mort de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique. À l’époque, il s’apprêtait à fêter ses 50 ans. Son ascension s’est déroulée sans heurts : président de la République durant huit années marquées par la guerre Iran-Irak (1980-1988), il avait consolidé sa stature en multipliant les apparitions en treillis sur le front, façonnant son image de dirigeant engagé.

Violations des droits de l’Homme

Ses décennies au pouvoir ont été jalonnées de crises majeures. En 2009, le « Mouvement vert » contestait la réélection, jugée frauduleuse, du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. En 2022, le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » embrasait le pays après la mort en détention de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile prétendument mal porté. Plus récemment encore, les vastes manifestations de janvier dernier avaient été qualifiées par le Guide de tentative de «coup d’État».

Prompt à dénoncer des « complots » orchestrés, selon lui, par les États-Unis et Israël, Khamenei assimilait régulièrement les protestations à des « séditions », légitimant ainsi une répression sauvage et sanglante. La République islamique fait l’objet de critiques répétées d’ONG et des Nations unies pour violations des droits humains.

Né le 19 avril 1939 à Machhad, dans une famille azérie modeste, fils d’imam, il a étudié dans les hauts lieux du chiisme, à Najaf (Irak) et à Qom (Iran). Son opposition au chah Mohammad Reza Pahlavi lui a valu plusieurs séjours en prison dans les années 1960 et 1970. Disciple fidèle de Khomeini dès 1958, il est nommé en 1980 à la tête des prières du vendredi à Téhéran, un poste hautement important. L’année suivante, il est élu président, quelques mois après avoir survécu à un attentat qui lui laisse la main droite partiellement paralysée.

Orateur aguerri, menant une vie réputée austère, il voyageait peu à l’étranger. Sa visite la plus remarquée reste son déplacement aux États-Unis en 1987 pour un discours à la tribune de l’ONU. Il résidait dans une demeure relativement modeste au centre de Téhéran. Lors de la campagne de frappes israéliennes de juin 2025 visant les installations nucléaires iraniennes, il s’était réfugié dans un lieu secret. Depuis cette « Guerre des douze jours », ses apparitions publiques n’étaient plus retransmises en direct.


Un État dans l’État

Sous son autorité, le bureau du Guide suprême s’était mué en une puissante structure, comparable à un État dans l’État. Il avait supervisé six présidents aux orientations variées, des réformateurs Mohammad Khatami et Hassan Rohani aux conservateurs Mahmoud Ahmadinejad et Ebrahim Raïssi.

Les Gardiens de la Révolution avaient durant son mandat renforcé leur emprise sur la vie politique et économique, tout en étendant l’influence régionale de Téhéran, notamment au Liban, en Irak et en Syrie. Toutefois, cet « axe de la résistance » a été fragilisé après l’attaque du Hamas en octobre 2023 contre Israël et les ripostes israéliennes.

Khamenei s’était illustré par une rhétorique virulente à l’égard d’Israël, qu’il avait qualifié en 2018 de «tumeur maligne» à extirper. Il avait également suscité la controverse en évoquant l’extermination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale comme un « mythe ». Plus récemment, il avait menacé de s’en prendre au porte-avions américain USS Abraham Lincoln déployé dans le Golfe, affirmant que Washington ne parviendrait pas à faire tomber la République islamique.

Sur le plan économique, l’Iran est demeuré affaibli durant son règne par les sanctions internationales, malgré un léger redressement dans les années 1990 et après l’accord de 2015 encadrant le programme nucléaire iranien.

Une difficile succession

Moins connu du grand public, le Guide suprême cultivait une passion pour la littérature. Admirateur de Victor Hugo et de son roman ‘Les Misérables’, qu’il qualifiait de « prodigieux » pour son exaltation de « la bonté et de l’amour », il était également amateur de poésie, passion héritée de sa mère. Avant la Révolution, il traduisait des œuvres arabes et composait lui-même des poèmes.

En 2019, une photographie diffusée par son bureau le montrait souriant à la Foire du livre de Téhéran, feuilletant un recueil d’Ahmad Shamlou, poète marxiste longtemps honni par les autorités.

Père de six enfants, il voyait régulièrement circuler des spéculations sur sa succession. Son fils Mojtaba, religieux influent sans fonction officielle, était parfois présenté comme un successeur potentiel, une hypothèse que le Guide suprême avait publiquement écartée. 

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