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Opinion

Ce n'est pas la paix qui est en jeu

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Par Jad Akhawi
Publié juin 12, 2026 - 09:25

Au milieu du vacarme politique et médiatique qui accompagne les négociations en cours entre le Liban et Israël sous parrainage américain, beaucoup s'affairent à poser la question traditionnelle: Israël veut-il la paix? Sommes-nous face à une nouvelle phase dans les relations entre les deux pays, ou simplement à des arrangements sécuritaires imposés par les rapports de force nés de la guerre?

Mais la vérité est que cette question, si importante soit-elle, n'est pas la plus importante pour le Liban.

La question fondamentale d'aujourd'hui ne porte pas sur ce que veut Israël, mais sur ce que le Liban a réussi à reconquérir pour lui-même après de longues décennies de confiscation de sa décision nationale.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, le Liban ne s'assoit pas à la table des négociations en tant que terrain de conflits ou monnaie d'échange dans les mains des autres, mais en tant qu'État qui se représente lui-même. Et ce changement, en lui-même, constitue l'événement politique majeur de tout ce qui se joue en ce moment.

Les Libanais se sont malheureusement habitués à voir leur pays faire partie des guerres des autres. Ils se sont habitués à ce que les dossiers existentiels relevant de la guerre, de la paix, de la souveraineté et de la sécurité soient gérés en dehors des institutions légitimes, à ce que l'État devienne un simple témoin de décisions prises ailleurs.

Durant de nombreuses périodes de notre histoire récente, ce n'était pas le Liban qui négociait: c'était lui l'objet même des négociations.

Et les Libanais en payaient toujours le prix.

Le prix des guerres dont ils n'avaient pas décidé le moment.

Le prix des compromis auxquels ils n'avaient pas participé.

Le prix des conflits régionaux qui avaient fait de leur patrie une boîte aux lettres pour les messages militaires et politiques des autres.

Aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, le tableau semble différent.

Non parce qu'Israël aurait soudainement changé, ni parce que la région serait devenue plus pacifique, mais parce que l'État libanais a commencé à reconquérir un droit souverain fondamental: le droit de parler au nom du Liban.

Les Libanais pourront diverger sur les détails des négociations. Les positions pourront différer sur certaines clauses, certaines orientations ou certaines priorités ; et c'est là quelque chose de naturel et de sain dans toute société démocratique.

Mais ce qui devrait faire l'objet d'un consensus national, c'est que la décision libanaise est revenue aux institutions constitutionnelles, et que c'est l'État qui gère ce dossier au nom de l'ensemble des Libanais.

C'est précisément là que réside la valeur réelle du processus actuel.

Car les États ne se mesurent pas seulement à l'étendue de leur territoire, à la taille de leur population ou au volume de leur économie, mais à leur capacité à détenir le monopole de la décision souveraine.

Et la souveraineté n'est pas un slogan qu'on brandit lors des cérémonies, mais une pratique quotidienne qui commence par la maîtrise du droit de décider de la guerre et de la paix, et s'achève par la capacité de l'État à parler au nom de ses citoyens sur la scène internationale.

De ce point de vue, le débat sur les intentions d'Israël devient moins important que celui sur la manière de protéger le gain libanais nouvellement acquis.

Oui, Israël cherche à défendre ses intérêts sécuritaires. C'est là une réalité qui n'a pas besoin d'être découverte. Tout État négocie à partir de ses intérêts, recherche sa sécurité et sa stabilité, et tente d'obtenir le maximum possible. Mais la question qui devrait occuper les Libanais est celle-ci: le Liban est-il enfin capable de défendre ses intérêts nationaux à travers ses institutions légitimes?

Si la réponse est oui, alors nous nous trouvons devant un tournant historique qui dépasse les résultats des négociations elles-mêmes.

Les accords peuvent réussir ou échouer. Les ententes peuvent être mises en œuvre ou piétiner. Mais la reconquête par l'État de son rôle naturel demeure un acquis stratégique de long terme.

Le Liban a payé un prix exorbitant lorsque la décision de guerre et de paix est sortie des institutions de l'État. Il a payé un prix plus lourd encore lorsque les priorités libanaises se sont mêlées aux agendas régionaux. Et il a payé un prix immense lorsque le destin des Libanais s'est trouvé lié à des calculs étrangers à l'intérêt national libanais.

C'est pourquoi le véritable défi d'aujourd'hui ne consiste pas seulement à parvenir au meilleur accord possible, mais à empêcher tout retour en arrière ; autrement dit, à empêcher que la décision soit de nouveau arrachée à l'État pour être rendue aux zones d'influence, aux axes et aux conflits extérieurs.

Ce qu'il y aurait de plus dangereux serait que le débat autour des négociations se transforme en un nouvel affrontement intérieur entre Libanais. Car les expériences passées ont démontré que la division interne a toujours été la porte par laquelle l'extérieur s'est infiltré dans la décision nationale. En revanche, lorsque les institutions s'accordent autour de l'intérêt libanais supérieur, le Liban devient plus solide face aux pressions et plus apte à défendre ses droits.

Ce dont le Liban a besoin aujourd'hui n'est pas seulement d'une trêve à ses frontières, mais d'une trêve avec son histoire politique fondée sur la dualité de la décision. Il n'a pas seulement besoin d'arrangements sécuritaires, mais de consolider le principe que l'État seul est l'instance ultime dans les grandes causes nationales.

Tel est le sens véritable de l'État de citoyenneté pour lequel nous nous battons: un État qui ne se réduit ni à une communauté, ni à un parti, ni à un axe. Un État où tous les citoyens sont égaux devant la loi, où toutes les forces sont soumises aux institutions, et où toutes les décisions souveraines émanent du seul pouvoir légitime.

Car sans État, il n'y a pas de citoyenneté.

Et sans souveraineté, il n'y a pas d'État.

Et il n'y a pas de souveraineté lorsque la décision se trouve dispersée entre de multiples centres de pouvoir.

C'est pourquoi la valeur politique des négociations actuelles ne réside pas seulement dans les ententes ou les accords qu'elles pourraient produire, mais dans le fait qu'elles reflètent le début d'une transition du Liban depuis la position de terrain vers celle d'État ; depuis la position de celui qui reçoit vers celle de celui qui participe, et depuis la position de monnaie d'échange vers celle de celui qui détient la monnaie.

Et c'est ce tournant qu'il faut préserver, quels que soient les développements à venir.

Si le siècle dernier a été marqué par la lutte des Libanais autour de l'identité de l'État, la prochaine étape doit être celle de la reconquête de l'État lui-même. Un État fort par ses institutions, libre dans sa décision, souverain sur son territoire, et dont seuls ceux qu'ont élus les Libanais et que la Constitution a habilités à représenter la République libanaise peuvent prendre la parole en son nom.

La route ne sera peut-être pas aisée, et elle sera sans doute jalonnée d'obstacles, de pressions et de défis. Mais ce qui a été accompli jusqu'à présent mérite d'être préservé.

Car les nations ne se construisent pas seulement par les victoires militaires ni par les accords politiques, mais en bâtissant des institutions et en reconquérant la décision nationale.

Et en définitive, si les Libanais peuvent diverger sur les résultats des négociations, ils ne devraient pas diverger sur une seule vérité: le Liban qui négocie par lui-même vaut mille fois le Liban au nom duquel les autres négocient.


 

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