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La Boussole du Levant

Le Liban est-il à nouveau dans le collimateur ?

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Par Rayyan Al-Basseer
Publié avr. 25, 2026 - 23:38

Au cours des trois dernières semaines, la position de négociation du Liban a évolué discrètement mais de manière significative. Des pourparlers directs entre le Liban et Israël sont en cours à Washington, dans le cadre d'un cessez-le-feu de dix jours qui a débuté le 16 avril et a été prolongé de trois semaines le 23 avril à la demande expresse du Liban. Le contexte régional et intérieur a changé, mais le gouvernement libanais ne semble pas encore s'y être adapté. En dehors du Liban, et plus particulièrement au sein du CCG, une reconnaissance croissante s'impose : chercher à désarmer le Hezbollah et à conclure un traité de paix complet avec Israël ne relève plus du réalisme. Les acteurs régionaux influents considèrent que la poursuite de tels objectifs risquerait vraisemblablement de provoquer une rupture interne au Liban, ravivant des confrontations sectaires que tous s'emploient à éviter.

Les conseils persistants de l'Égypte et de l'Arabie saoudite au Liban d'adopter une approche fondamentalement plus prudente trouvent leur fondement dans le résultat du cessez-le-feu du 8 avril entre les États-Unis et l'Iran, conclu sans que Téhéran n'ait consenti à des concessions substantielles sur son programme nucléaire, son arsenal de missiles balistiques ou son soutien aux forces supplétives. Si l'Iran a subi d'importants dommages à son infrastructure militaire conventionnelle à la suite des opérations militaires conjointes américano-israéliennes, il conserve un stock significatif d'uranium enrichi qui, sans constituer une arme, s'en approche suffisamment pour demeurer un levier de pression durable. Il dispose encore d'un arsenal balistique résiduel, réduit mais non éliminé.

Plus important encore, son réseau de proxies régionaux, dont le Hezbollah est la composante la plus en vue, est affaibli mais demeure fonctionnel. L'Iran a par ailleurs démontré durant la crise qu'il détenait une carte qu'il n'avait pas jouée à cette échelle auparavant : sa capacité à menacer ou à entraver partiellement le passage par le détroit d'Ormuz. Ce qu'il a choisi de ne pas utiliser est tout aussi révélateur. Les Houthis au Yémen conservent une capacité de frappe autonome. La capacité iranienne à mener des opérations de zone grise par l'intermédiaire de ses réseaux de déstabilisation à l'intérieur des pays du Golfe, voire des pays occidentaux, demeure une carte tenue en réserve. Pris dans leur ensemble, ces atouts asymétriques résiduels signifient que l'Iran est entré dans la période post-cessez-le-feu non pas en puissance vaincue prête à capituler, mais en acteur qui dispose encore de cartes réelles à abattre, fût-il blessé et éprouvé.

Pour les États membres du CCG, cette réalité informe chaque calcul stratégique à venir. Une victoire totale sur l'Iran n'est plus à l'ordre du jour. S'engager avec Téhéran, accepter certaines de ses lignes rouges, lui offrir une normalisation économique et atténuer plutôt que démanteler son influence deviennent l'alternative rationnelle, et peut-être la seule envisageable en dehors d'une confrontation ouverte dans laquelle le CCG aurait considérablement plus à perdre qu'un Iran meurtri.

Dans ce contexte, les pressions régionales exercées sur Beyrouth pour qu'il accommode plutôt qu'il n'affronte les intérêts iraniens, y compris la survie du Hezbollah en tant que force politique et militaire, ne pourront que s'intensifier. Chaque concession que le CCG accorde à l'Iran en échange de la stabilité régionale est une concession qui rétrécit la marge de manœuvre du Liban. L'hypothèse selon laquelle l'Iran avait été suffisamment affaibli pour autoriser une poussée décisive en faveur du désarmement du Hezbollah a été rattrapée par les événements.

Dans un tel contexte, Riyad pourrait chercher à proposer un « paquet libanais » dans le cadre de son engagement diplomatique élargi avec Téhéran. Un Liban en proie aux flammes d'une guerre civile rendrait ce paquet impossible à livrer tout en mettant directement en péril les efforts saoudiens de désescalade. La dimension syrienne ajoute à l'urgence : ayant investi substantiellement dans la transition post-Assad, l'Arabie saoudite ne peut se permettre de voir l'instabilité se propager depuis le Liban vers l'est, ce qui deviendrait très probable dans l'éventualité de violences sectaires déclenchées par une tentative de normalisation des relations avec Israël.

Israël a formulé sa position sans ambiguïté. Il ne se retirera ni ne renoncera à sa capacité de frapper à l'intérieur du Liban tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé. Face à ces exigences rigides, le Hezbollah a condamné les pourparlers comme une humiliation et déclaré qu'il ne respectera aucun accord conclu sans un retrait complet des forces israéliennes et un retour organisé et généreusement financé des familles déplacées vers l'ensemble des localités du Liban-Sud touchées par les opérations israéliennes en cours. L'impasse structurelle que cela crée n'est pas entièrement nouvelle. Avant le 7 octobre 2023, la politique libanaise reposait sur un équilibre régional de forces défini par la réticence du CCG à toute confrontation directe, ce qui permettait à l'Iran de maintenir son influence et ne laissait au Liban d'autre choix que d'accommoder un Hezbollah armé comme trait permanent de son paysage politique. La question est désormais de savoir si un accord substantiel peut être construit qui prenne honnêtement en compte cette réalité.

La bande de sécurité israélienne à l'intérieur du territoire libanais le long de la frontière, le rôle de l'armée libanaise au sud du Litani et les règles d'engagement de la FINUL constituent autant de facteurs de complication réels et non résolus en amont de tout accord.

Le conseil égypto-saoudien au président Aoun est d'obtenir le niveau minimal d'adhésion intérieure nécessaire pour prévenir une rupture, en rabaissant les attentes d'un traité de paix à un accord, limité dans sa portée, que le Hezbollah et ses bases électorales ne percevraient pas comme une menace existentielle. Sans un tel consensus, tout accord risque d'être soit inapplicable, soit un catalyseur de conflit civil. Les accords qui satisfont à l'exigence du consensus national seraient davantage des versions améliorées d'arrangements antérieurs — la résolution 1701 ou l'armistice de 1949 — pouvant impliquer un mandat plus clair et plus contraignant pour la FINUL, un redéploiement progressif de l'armée libanaise au sud du Litani lié à des jalons mesurables, et un mécanisme progressif de retrait israélien adossé à ces mêmes jalons. La question centrale demeure cependant de savoir si Israël est prêt, après tout ce qui s'est passé depuis octobre 2023, à revenir au statu quo ante.

Un traité de paix complet avec Israël et le désarmement du Hezbollah sont inatteignables dans les circonstances actuelles. Ce qui demeure possible est, très vraisemblablement, un arrangement sécuritaire qui réduise le risque d'une guerre renouvelée, confère à l'armée libanaise un rôle réel dans le Sud et crée les conditions permettant à l'État libanais de réaffirmer progressivement son autorité institutionnelle dans des zones où elle a longtemps fait défaut.

La pleine souveraineté n'est pas une destination qu'un accord conclu aujourd'hui puisse atteindre, mais c'est une destination qu'un arrangement bien construit peut maintenir dans le champ du possible.

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