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L'Essentiel de la semaine

Conflit iranien: entre escalade militaire et pourparlers stériles

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Cette photographie aérienne colorisée, réalisée en janvier 1936 et prise vers l'est depuis le château de Beaufort, illustre la position stratégique de la forteresse médiévale des Croisés. (Armée du Levant/Ifpo via Wikimédia Commons)
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Par LevantTime .
Publié mai 31, 2026 - 23:40

La semaine écoulée a été celle des tentatives avortées de parvenir à un protocole d’entente entre Washington et Téhéran, sur fond de déclarations contradictoires. Entre le Liban et Israël, une nette escalade militaire a été enregistrée sur le terrain, accompagnée d’importantes avancées de Tsahal qui aurait franchi le Litani.

Les derniers jours au Moyen-Orient ont été marqués par la déclaration faite par le président américain Donald Trump le week-end précédent sur l’imminence de la conclusion d’un protocole d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran, qui ouvrirait la voie à 60 jours de négociations supplémentaires et permettrait de lever le blocus sur les ports iraniens et de rouvrir le détroit d’Ormuz. Sauf que l’optimisme affiché par le président américain à plus d’une reprise est resté sans effet: la semaine s’achève sans avancée notable, et toutes les options restent sur la table, inclus celle d’un nouveau round de violence.

Une déclaration faite par un « responsable américain » au site Axios dimanche résume la situation : Il y aura un accord avec l’Iran, mais la date de sa signature n’est pas tranchée.

Un moment fort de cette semaine est survenu vendredi, dans l’après-midi selon l’horaire du Levant, quand Donald Trump a annoncé qu’il prendrait sa décision concernant l’accord avec l’Iran suite à une réunion avec ses conseillers à Washington. Dans un de ses messages sur son réseau social, il a révélé des détails sur le document proposé : une levée immédiate du blocus contre la réouverture du détroit d’Ormuz, et une destruction de l’uranium iranien enrichi par les Américains sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Et, surtout, pas de déboursement des avoirs iraniens gelés jusqu’à nouvel ordre. Mais il sortira de cette réunion sans annoncer de décision ce jour-là. Le président américain assurera à plus d’une reprise qu’il ne signerait pas un accord qui ne respecte pas les « lignes rouges » qu’il a définies.

De leur côté, les Iraniens ont multiplié les démentis à chaque déclaration de Donald Trump, sous forme d’informations livrées par des sources à des médias d’Etat iraniens (notamment ceux proches des Gardiens de la Révolution) plutôt que des communiqués officiels. Selon ces « sources », il n’est pas question de destruction du nucléaire dans le protocole d’entente, et le détroit d’Ormuz resterait sous le contrôle conjoint iranien et omanais. Ce qui a valu au sultanat d’Oman une menace américaine proférée par le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, qui a brandi la menace de « mesures punitives » se le sultanat participe à la perception, avec l’Iran, de droits de passage imposés à des navires.

Le détroit d’Ormuz reste donc le principal point d’achoppement, selon les informations qui filtrent, tout comme la question des avoirs gelés et les sanctions que les Américains ne veulent lever que graduellement. Après une telle semaine de douches écossaises, les protagonistes de cette pièce de théâtre qui s’éternise semblent dans l’impasse, chacun de son côté.

Le président américain et son équipe sont soumis à des pressions grandissantes en raison de cette guerre impopulaire aux Etats-Unis, et de ses conséquences économiques dues à la hausse du prix du carburant, mais ne peuvent se suffire d’un accord qui serait perçu comme un recul par rapport à la situation de l’avant-guerre (du 28 février) et, surtout, par rapport à l’accord sur le nucléaire signé dans le passé par l’ancien président Barack Obama. Dans un entretien cette semaine, à la question d’une journaliste américaine sur la pression des élections de mi-mandat sur ses décisions, Donald Trump a assuré que les échéances démocratiques ne peuvent le dissuader de poursuivre son objectif d’interdire à l’Iran la possession de l’arme atomique.

De son côté, l’Iran paraît empêtré dans ses propres luttes intestines, et la prise de décision y semble de plus en plus difficile, malgré la récurrence de déclarations attribuées au Guide suprême Mojtaba Khamenei, plus insaisissable que jamais. L’aile dure du régime demeure capable de bloquer tout accord en montrant de l’intransigeance concernant certains points, notamment la réouverture du détroit d’Ormuz. Le spectre d’un nouveau soulèvement populaire provoqué par la crise économique étouffante ne serait pas loin des préoccupations des Pasdarans : avec la restitution partielle de l’internet en Iran, des vidéos de manifestations importantes commencent à circuler sur les comptes d’Iraniens opposants au régime à l’étranger, avec des informations sur une féroce répression pratiquée à leur encontre. Les informations sur les exécutions d’opposants se poursuivent : cette semaine il a été révélé que deux frères kurdes, soupçonnés par les Gardiens de la Révolution de faire partie des « instigateurs » du mouvement de janvier en Iran, ont été traqués et tués.

Sur le terrain, malgré la prééminence de la possibilité d’un accord, les incidents sécuritaires n’ont pas manqué. Jeudi, des explosions ont été entendues dans le port iranien de Bandar Abbas et des tirs de missiles iraniens ont atteint des vaisseaux qui tentaient de passer par le détroit d’Ormuz. Le Koweït a été la cible de tirs iraniens cette semaine, les Gardiens ayant affirmé avoir attaqué une base américaine. Mais aucune de ces attaques n’était de nature à dégénérer en large escalade, bien qu’elles montrent à quel point la trêve actuelle reste fragile.

Inquiétudes israéliennes

Le protocole d’entente en gestation entre l’Iran et les Etats-Unis n’a pas occulté le volet libanais du conflit. En effet, les déclarations des deux belligérants ne s’accordent pratiquement que sur un point : la prolongation du cessez-le-feu sur le front iranien s’accompagnerait d’une cessation des hostilités effective sur le front libanais, entre Israël et le Hezbollah. Les échos d’une inquiétude israélienne concernant l’interruption de son opération au sud du Liban sans atteindre l’objectif du démantèlement du Hezbollah se multiplient dans la presse israélienne. Le parti chiite, lui, en a profité, par la voix de ses députés, pour fustiger les négociations directes menées par les autorités libanaises avec Israël, et assurer que seules les négociations avec l’Iran pouvaient réaliser un réel cessez-le-feu.

Autre motif d’inquiétude pour les Israéliens : dans tout ce qui a accompagné les fuites concernant l’accord irano-américain en gestation, les deux grands points absents sont ceux de l’influence régionale iranienne via ses bras armés, et le sort des missiles balistiques en Iran. Cette semaine, un autre de ces bras armés, le Hezbollah irakien, a annoncé ne pas vouloir rendre ses armes à l’Etat irakien et chercher à renforcer sa capacité militaire.

Le château de Beaufort sous contrôle israélien

Sur le front libanais, cette semaine a été marquée par une nette avancée de l’armée israélienne en profondeur. L’armée israélienne aurait franchi le Litani, vers le Nord, après y avoir construit cinq ponts à usage militaire.

La semaine a en outre été marquée par deux facteurs : les négociations libano-israéliennes à caractère militaire à Washington, et une escalade sans précédent au sud du Liban et dans la Békaa.

Les pourparlers au Pentagone en fin de semaine, entre les deux délégations militaires, ont duré plus de dix heures, et les échos ne sont pas rassurants. Dans la presse israélienne comme libanaise, on relève un consensus autour du fait qu’aucune percée n’a été constatée suite à ces réunions.

Selon l’armée libanaise, il n’est pas possible d’opérer d’avancées sans arrêt des combats. La partie israélienne, à en croire des analyses de presse, se plaint du fait que les Libanais n’ont pas toutes les cartes en main. Washington n’en a pas moins qualifié cette séance de « constructive », et les pourparlers se poursuivront. La semaine qui s’annonce verra un nouveau round de négociations politiques à Washington, les 2 et 3 juin.

Ces négociations ont lieu sous le feu israélien et l’escalade du Hezbollah, les rendant excessivement ardues. Une difficulté soulignée samedi par le Premier ministre Nawaf Salam. Tout en fustigeant la destruction systématique du Sud par Israël, il a souligné que « les négociations restent la voie la moins coûteuse » pour le Liban.

Beaufort_map

Sur cette carte réalisée par l’Onu on peut voir clairement la position stratégique du Château de Beaufort, qui sert de point d’observation du côté libanais et même, à l’Est du côté du Golan occupé et du “Doigt de Galilée”. (ONU)

Le Sud, lui, est plus que jamais en flammes. Dimanche, les Israéliens ont annoncé la prise du très stratégique château de Beaufort, et se dirigent vers un contrôle de la région de Nabatiyé. Une démarche qui couperait toutes les lignes d’approvisionnement des miliciens du Hezb entre le Sud et la Békaa, et reconstituerait la ligne de la bande frontalière d’avant le retrait de 2000, mais cette fois dénuée de ses habitants. Les appels à l’évacuation « au nord du Zahrani » ces derniers jours, dont le dernier en date dimanche matin, augure d’une occupation de plus vastes territoires dans les prochains jours. Notons à cet égard que la Défense civile a annoncé dimanche sa décision de quitter la ville de Tyr et de se replier sur Saïda.

Le Hezbollah, pour sa part, a également augmenté l’intensité de ses attaques, recommençant à lancer des missiles en profondeur dans le nord d’Israël. Dans ses communiqués, il assure mener de féroces batailles sur le terrain, notamment au niveau de Nabatiyeh.

Les attaques du Hezbollah obligent apparemment les Israéliens à prendre des mesures plus strictes au nord de l’Etat hébreu, en fermant les écoles et les plages et en demandant à un hôpital du nord d’aménager un centre souterrain. La chaîne israélienne 13 a cité des sources militaires qui se disent « surprises » par l’étendue de la riposte du Hezbollah, réitérant que le maintien des troupes en place au Liban serait une condition sine qua non de toute négociation ultérieure.

Cette semaine a aussi été celle des menaces sur le patrimoine libanais, en premier lieu le château de Beaufort directement touché par les missiles, une merveille médiévale dans la tourmente. Ces menaces ont poussé le ministre des Affaires étrangères Joe Rajji et le ministre de la Culture Ghassan Salamé à lever la voix pour demander une protection internationale, notamment en ce qui concerne les vestiges de Tyr.

Face à cette escalade militaire, le chef du Quai d’Orsay Jean-Noël Barrot a annoncé dimanche en fin de journée que la France a décidé de demander la tenue d’une réunion urgente du Conseil de Sécurité de l’Onu pour examiner les développements au Liban. Cette réunion devrait avoir lieu lundi, selon les sources diplomatiques.

Les appels de Tyr et Nabatiyé

Autre développement majeur cette semaine : un double appel de plus d’une centaine d’intellectuels de Tyr et autant de Nabatiyé pour la démilitarisation de ces deux régions si riches en patrimoine, et leur placement sous la seule autorité de l’Etat, en vue de leur protection. Une « rébellion » qui montre un net changement d’humeur au sein de la population du Sud, et qui a été, de ce fait, très mal perçue par le Hezbollah.

En bref, rien ne présage d’une baisse de tensions au Sud dans la semaine qui s’annonce. Dimanche, le chef d’Etat major israélien Eyal Zamir a assuré que l’« opération au Liban est loin d’être terminée », sans compter des déclarations en faveur d’une escalade du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du ministre de la Défense Israel Katz qui ont souligné que la prise du Château de Beaufort constitue une étape dans le cadre de vastes opérations militaires qui pourraient être lancées sous peu et qui pourraient ne plus se limiter au Liban-Sud.

Les deux protagonistes sur le front semblent pressés par le temps, notamment dans la perspective d’un accord irano-américain. Alors que les Israéliens veulent réaliser un maximum d’acquis sur le terrain, le Hezbollah tente de tenir bon dans l’espoir d’un cessez-le-feu.

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