

Le monde se retrouve une nouvelle fois suspendu à la décision que le président américain Donald Trump doit prendre, en réaction à la contre-proposition iranienne (qu’il a jugée «totalement inacceptable», dimanche) à ses conditions pour une reprise des négociations autour d’un accord devant mettre fin durablement à la guerre.
Par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, l’Iran a affirmé lundi, avoir seulement «réclamé l'arrêt des hostilités dans toute la région et un dégel de ses avoirs».
Esmaïl Baghaï qui répondait au rejet par Donald Trump de la réponse iranienne, a affirmé que «la seule chose exigée, ce sont les droits légitimes de l'Iran», à savoir «la fin de la guerre dans la région, y compris au Liban, la levée du blocus américain des ports iraniens et la libération des avoirs appartenant au peuple iranien, injustement bloqués depuis des années».
Il n’a pas évoqué la question du nucléaire, évoquée seulement à travers le prisme de la souveraineté nationale, sans répondre aux exigences centrales de Washington.
Autrement dit, la contre-proposition iranienne contourne les conditions américaines et traduit une volonté de reprendre l’initiative diplomatique.
Ce qui mérite d’être relevé dans ce nouvel épisode du bras de fer entre la République islamique et les États-Unis, c’est moins le rejet par Téhéran des exigences américaines, que le ton de défi, voire de provocation, qui a marqué le ‘non’ iranien.
La réponse du régime des mollahs à Donald Trump était presque un «over my dead body». Autrement dit: «pas de mon vivant». Le problème, c’est que Donald Trump risque de le prendre au mot. Ou pas.
Car les enjeux et les problématiques liés à ce bras-de-fer qui dure depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre les deux belligérants, le 8 avril 2026, sont immenses.
Concrètement, aussi bien les États-Unis que l’Iran se trouvent dans une mauvaise passe. D’abord parce que cette guerre, toutes proportions gardées, pèse lourdement à l’intérieur de leurs pays respectifs.
Ensuite parce que ses effets s’étendent à l’échelle internationale, comme en témoigne la nouvelle flambée du prix du pétrole à l’ouverture des marchés, lundi.
L’Iran des mollahs, qui joue littéralement sa survie face au duo Washington-Tel Aviv, déterminé à l’amputer de son programme nucléaire et de neutraliser sa puissance balistique, croit ainsi pouvoir tenir tête à Donald Trump et le faire plier éventuellement, en misant encore et toujours sur le facteur temps.
Après l’élimination de plusieurs chefs de premier rang lors des frappes américano-israéliennes, des divisions sont apparues au sein du régime iranien entre un camp modéré, favorable à un accord avec Washington pour sauver l’essentiel, et une ligne dure menée par les Gardiens de la révolution, farouchement opposée à toute concession. C’est vraisemblablement ce dernier camp qui serait à l’origine de la contre-proposition iranienne.
Téhéran joue le tout pour le tout en tirant profit d’une double conjoncture, intérieure et internationale, défavorable au président américain.
Pour résumer, la République islamique capitalise principalement sur la polarisation politique aux États-Unis, notamment les pressions internes auxquelles Trump est soumis pour se retirer d’une guerre qui a un double coût économique et politique.
Les répercussions sur l’économie américaine se sont vite traduites comme on le sait, par une forte inflation. Quant au coût politique, ce sont notamment les élections de mi-mandat qui doivent le déterminer.
À l’échelle internationale, l’Iran mise principalement sur les facteurs suivants: l’échec américain à rallier les Européens à la guerre, qui s’est traduit par une vive tension entre Washington et l’Otan, la neutralité défensive des pays arabes, les pressions découlant de la perturbation du trafic maritime des pétroliers à travers le détroit d’Ormuz, devenu une carte de pression majeure aux mains des Iraniens, en dépit du blocus imposé par les États-Unis aux ports iraniens.
Il ne faut pas non plus oublier l’importance stratégique de la visite de Donald Trump mercredi, à Pékin, allié de l’Iran, et ses éventuelles retombées sur le conflit irano-américain.
Ce qui précède peut ainsi expliquer le durcissement de ton adopté par Téhéran après avoir remis sa réponse au médiateur pakistanais dimanche.
À peine celle-ci a été délivrée que le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a fait publier un communiqué recelant un message clair aux Américains, autour de ce qu’il a présenté comme étant l’invincibilité iranienne: «À travers l’histoire, les Iraniens se sont dressés non seulement contre des envahisseurs isolés, mais aussi contre de grandes puissances et de redoutables légions, et ils en sont toujours sortis avec honneur.
En 53 av. J.-C., lors de la bataille de Carrhes, le général Suréna, à la tête de forces bien inférieures en nombre et en moyens, infligea une défaite éclatante aux légions lourdement armées de Rome dans une victoire d’une parfaite maîtrise asymétrique.
Crassus, l’un des hommes les plus riches et les plus puissants de Rome, y trouva la mort.
Le mythe de l’invincibilité romaine s’effondra définitivement, et l’ambition d’expansion de Rome vers l’Orient s’éteignit sur le champ de bataille. L’histoire, dit-on, finit toujours par se répéter, pour ceux qui refusent de la regarder en face ou d’en tirer les leçons».
Un peu plus tard, l’agence iranienne, Tasnim, citant des sources iraniennes, a minimisé l’importance du rejet catégorique américain des contre-propositions iraniennes. «Cela n’a aucune importance. Personne en Iran n’élabore des plans pour faire plaisir à Trump (…) mais pour le bien de la nation iranienne. Si cela ne plaît pas à Trump, tant mieux. Ce dernier n’aime pas la réalité et c’est pour cette raison qu’il continue de perdre en Iran».
Ni guerre-ni paix
La tactique iranienne consiste ainsi à maintenir cette situation de ni guerre-ni paix, plus coûteuse au final pour les Américains qu’une fin des hostilités, dans l’espoir d’obtenir autant d’acquis que possible.
Un pari à haut risque qui n’est pas sans rappeler d’ailleurs l’aventure suicidaire dans laquelle le Hezbollah a entraîné le Liban après la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué lors d’une frappe américano-israélienne le 28 février.
Comment le président américain compte-t-il réagir? En renforçant et en prolongeant indéfiniment le blocus imposé à l’Iran, pour le mettre à genoux, comme l’a préconisé dimanche soir, le sénateur républicain Lindsey Ghaham. Ce dernier a suggéré une opération «Projet freedom plus», (Projet Liberté élargi) mais sans développer son idée.
Une option que Donald Trump n’a pas écarté lundi, dans une déclaration à Fox News. L’opération en question consistait jusque-là à aider les pétroliers et autres cargos coincés dans la mer d’Oman et le Golfe à traverser le détroit d’Ormuz, toujours fermé par les Iraniens.
Retournera-t-il à l’option militaire, avec le soutien de son allié israélien? Une fois la réponse iranienne parvenue, le président américain a eu un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui doit tenir ce soir une réunion de concertations avec un certain nombre de ministres et de responsables militaires israéliens. Israël reste prêt à intervenir et ne cache pas sa volonté d’écraser le régime des mollahs, pour en finir une fois pour toutes, avec la menace iranienne.
Pour l’heure, Donald Trump se garde toujours de faire part de ses intentions. Qualifiant la réponse iranienne de «stupide», il s’est contenté d’affirmer au cours d’une conférence de presse à la Maison Blanche, qu’il dispose d’un plan, «le meilleur de tous les temps». «L’Iran ne peut pas avoir l’arme nucléaire. Il a été militairement vaincu, totalement. Il en reste un peu. Ils ont probablement réussi à se reconstituer pendant cette période. On est en train de les neutraliser en à peu près une journée», a-t-il dit, en laissant entendre que la trêve risque de s’effondrer.
Il a accusé les Iraniens de formuler des promesses et de s’en désengager par la suite, promettant d’en finir rapidement avec le danger qu’ils représentent.
Une autre question qui taraude les esprits dans ce contexte de bras-de-fer tendu: l’Iran cherchera-t-il, dans le cadre de son affrontement avec les États-Unis, à faire capoter par l’intermédiaire du Hezbollah les négociations libano-israéliennes prévues le jeudi 14 et le vendredi 15 mai à Washington?
Cette formation qui a plongé le Liban malgré lui dans le conflit régional et qui a jusque-là fait la sourde oreille à toutes les injonctions des autorités visant à mettre fin à l’escalade en cours, dispose de plusieurs leviers pour exercer une pression maximale sur celles-ci.
Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, ont tenu lundi chacun une réunion préparatoire avec l'ambassadeur américain Michel Issa, qui sera présent aux pourparlers.
Les deux ont appelé Washington à «faire pression» sur Israël pour qu'il cesse ses opérations, alors que sur le terrain, les combats entre le Hezbollah et Israël se poursuivent avec de plus en plus d’intensité.