


Le Liban était au centre des discussions, dimanche, entre l’Iran et les Etats-Unis, en Suisse. Mais alors que Téhéran affirmait avoir fermé le détroit d’Ormuz et que le vice-président américain JD. Vance prononçait un discours sur un ton positif, le président Donald Trump a réagi à la fermeture du détroit en brandissant des menaces contre l’Iran, ce qui a poussé les négociateurs iraniens à suspendre les discussions. En ce qui concerne le Liban, les yeux sont rivés sur les négociations directes avec Israël, provoquant l’ire du Hezbollah.
Dimanche 21 juin: début des discussions irano-américaines à Lucerne, en Suisse. La délégation américaine est présidée par le vice-président JD Vance, et la délégation iranienne par le président du Parlement Mohammed Ghalibaf. Après un faux départ, puisqu’elles devaient avoir lieu vendredi au même endroit, elles ont fini par se tenir deux jours plus tard. Elles ne devaient pas se dérouler avec calme, mais démontrer une fois de plus les profondes divergences entre les anciens belligérants.
Sur le plan de la forme, cette séance de négociations a été l’occasion de moult poignées de mains et de sourires, notamment entre Américains, Qataris et Pakistanais. Les déclarations de JD Vance étaient positives. «Le président Trump nous a demandé de tourner une nouvelle page afin de transformer notre relation avec le peuple iranien», a-t-il dit. Il a fait part de «progrès considérables ces dernières heures».
Cette première séance a été marquée par des couacs diplomatiques du fait que les Iraniens ont refusé de se faire photographier avec la délégation américaine, sans compter qu’ils ont pris bien soin de faire attendre M. Vance en tardant à se pointer à la salle de réunion!
Sur le plan du fond, la question libanaise était au centre des pourparlers, à en croire les échos parvenus aux médias dont il ressort que ce dossier a pesé lourd dans les discussions. Car à l’opposé des déclarations fleuries de Vance, le président américain Donald Trump a posté des propos fermes sur son réseau social, soulignant que l’Iran doit «arrêter immédiatement le soutien à ses proxys», notamment le Hezbollah, sinon «nous frapperons très fort».
Un peu plus tard, le président américain, dans une déclaration à Fox News, a assuré qu’il avait mis en garde des responsables iraniens durant la nuit, sans les nommer, contre la fermeture du détroit d’Ormuz, affirmant «pouvoir en prendre le contrôle». Ces positions fermes ont provoqué une vive tension à l’intérieur de la salle de réunion et un retrait de la délégation iranienne.
Au Liban, les prises de position iraniennes ont permis au Hezbollah de reprendre du poil de la bête. Il faut «tirer profit» de l’appui de l’Iran, a lancé le député du Hezbollah Hassan Fadlallah.
Le parti pro-iranien a surtout tiré à boulets rouges, dimanche, sur les pourparlers directs entre le Liban et Israël, dont un nouveau round devrait avoir lieu mardi à Washington.
«Diktats américains», «capitulation»… un communiqué du parti n’a pas été avare en termes pour dénoncer la poursuite des négociations directes entamées par les autorités libanaises au nom du Liban, qui se tiendront néanmoins à Washington, avec des délégations politique et militaire.
Dimanche en soirée, Tel Aviv a lancé un message conciliant à l’adresse de Washington, dont il semblait s’éloigner ces derniers temps: la chaîne israélienne 12 a révélé que l’armée israélienne serait prête à des retraits «limités» au sud du Liban. Un geste de bonne foi à l’égard des autorités libanaises ou dans le cadre des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis?
Une semaine pleine de rebondissements
La semaine précédente s’était achevée sur une annonce du président américain concernant la signature prochaine d’un accord avec l’Iran. Il a pu se diriger vers la France pour participer au G7 en ayant réalisé ce qu’il considère comme une victoire diplomatique. La signature de l’accord a eu lieu en ligne, par les présidents américain et iranien, mercredi soir.
Trump se trouvait à Versailles, pour participer au dîner offert par son homologue français Emmanuel Macron, à l’occasion du G7, dont les leaders ont salué l’accord et la réouverture du détroit d’Ormuz, tout comme «l’opportunité unique» d’obtenir des Iraniens de renoncer à l’arsenal nucléaire.
Les clauses de l’accord ont été filtrés via les médias à cette même date, alors qu’ils n’avaient pas encore été annoncés officiellement. Par cet accord, les deux parties décident de «la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban» et s’engagent à ne plus initier de guerre l’un contre l’autre, tout en respectant la souveraineté territoriale respective. Le texte mentionne le délai de 60 jours renouvelable pour parvenir à un accord final. Le blocus naval américain serait levé, et le détroit d’Ormuz rouvert totalement dans une durée de 30 jours.
L’un des points les plus essentiels et les plus polémiques du texte est celui de l’engagement des Etats-Unis et de «leurs partenaires régionaux» à élaborer un plan de reconstruction et de développement de la République islamique avec un budget «d’au moins 300 milliards de dollars».
Les Etats-Unis mettent fin «à tous les types de sanctions» contre l’Iran, alors que la République islamique réaffirme qu’elle «ne se procurera ni ne développera d’armes nucléaires», les deux pays ayant convenu de régler le sort des stocks d’uranium enrichi qui se trouvent toujours sur le sol iranien.
Le Trésor américain devra «délivrer des dérogations pour l’exportation du pétrole brut iranien et des produits dérivés», et les Etats-Unis s’engagent à «rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs de la République islamique d’Iran gelés ou soumis à des restrictions».
Enfin, l’accord final, quand il aura abouti, «sera entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l’ONU», une revendication iranienne à la base.
Les clauses de cet accord ont été quasi-unanimement considérées dans le monde comme bien plus favorables à l’Iran qu’aux Etats-Unis, étant donné que le premier a obtenu sur papier tout ce qu’il demande, alors que toutes les clauses qui importent aux seconds font partie de ce qui devra être discuté durant les 60 jours, donc qui restent dans l’incertitude, notamment la question du nucléaire. Trump a nié qu’un quelconque centime serait payé à l’Iran tant que ce pays n’aura pas honoré tous ses engagements.
Les Iraniens, eux, ne se sont pas privés de crier victoire. La réponse du guide suprême Mojtaba Khamenei au mémorandum d’entente est venue vendredi sous forme d’une bénédiction enveloppée de scepticisme, puisqu’il a laissé entendre que son assentiment ne signifiait pas qu’il avait une opinion qui converge avec celle de l’autre partie. Un Mojtaba Khamenei toujours aussi invisible et insaisissable.
Enfin, il faut souligner que malgré le succès diplomatique du Pakistan, le rôle du Qatar dans ces négociations est de plus en plus manifeste: quand l’accord semblait compromis durant cette semaine, notamment en raison des attaques israéliennes au Liban, une visite de médiateurs qataris en Iran aurait été décisive.
Le Liban, carte régionale ou souverain?
Dans le texte de l’accord Iran-US, il n’est fait aucune mention claire des missiles balistiques ou de l’influence iranienne dans la région. Bien au contraire, ce texte permet à l’Iran de remettre la main sur la carte libanaise, puisqu’il a réussi à glisser le cessez-le-feu au Liban comme condition essentielle à la mise en place de l’accord. Et ce, alors que les autorités libanaises mènent leurs propres négociations avec Israël à Washington et que les Etats-Unis ont souvent insisté sur la séparation des dossiers iranien et libanais.
L’attachement de Téhéran à son poulain Hezbollah ne semble pas faiblir: le président du Parlement iranien a même été jusqu’à reconnaître que le parti chiite libanais a combattu durant 104 jours pour l’Iran, alors que l’Iran lui-même n’a combattu que durant 38 jours… un lien indéfectible que ni l’un ni l’autre ne cherche plus à cacher.
C’était sans compter le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, qui, tout en accueillant favorablement le cessez-le-feu, ont fortement réaffirmé la volonté du Liban de négocier en son propre nom, et de retrouver sa souveraineté.
Cette semaine aussi, le Hezbollah et ses alliés ont reçu un coup dur samedi quand l’ancien ministre Sleimane Frangieh, leur candidat préféré à la présidence, et l’un de ses cadres les plus virulents, Mahmoud Comati, ont fait l’objet de sanctions américaines. Ce serait, pour les Etats-Unis, une façon de signifier que malgré leur volonté de ne pas compromettre le deal avec les Iraniens, leurs priorités au Liban n’ont pas changé.
Le terrain au Sud
Entre-temps, sur le terrain, au Liban-Sud, l’intensité des combats n’a pas faibli durant toute la semaine, remontant même d’un cran vers le week-end. L’armée israélienne et le Hezbollah se sont mutuellement accusés de violer le cessez-le-feu. Les troupes israéliennes continuaient de tenter de prendre la colline stratégique de Ali Taher à Nabatiyeh, faisant de multiples victimes du côté libanais, et perdant des soldats.
A plusieurs reprises, l’Iran a menacé de geler les négociations si les attaques israéliennes ne cessaient pas au Liban. Et c’est à ce niveau que les divergences de vues entre Israéliens et Américains sont apparues au grand jour, puisque les seconds ont exercé de fortes pressions sur les premiers en vue de respecter le cessez-le-feu. Un scénario très inhabituel dans la relation entre les deux alliés.
Au final, ce n’est que le samedi soir que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a formellement demandé à son armée de «cesser les opérations» au Liban, tout en se réservant le droit de riposter à la moindre provocation du Hezbollah, et en prévenant qu’un retrait des territoires occupés durant ce conflit n’est pas à l’ordre du jour.
Le cessez-le-feu entré en vigueur semblait toujours très fragile dimanche: malgré un calme apparent, certaines violations israéliennes ont été notées, alors que les forces de l’Etat hébreu annonçaient la découverte d’un grand tunnel sous le village de Majdelzoun, à Tyr.
Des propos de Netanyahu, du ministre de la Défense Israel Katz et du chef d’état-major Eyal Zamir, allaient tous dans le sens d’une possible relance des affrontements à la moindre occasion.