Logo Levant Time
Retour à l’article
Opinion

L’Iran et le Liban: deux théâtres, une même guerre?

Image d'actualité
Le président Emmanuel Macron visite le porte-avions français Charles de Gaulle, déployé en Méditerranée, le 9 mars 2026, en marge d'un déplacement à Chypre. (Gonzalo Fuentes/AFP)
Portrait de l'auteur
Par Jean-Patrick Dayras
Publié avr. 27, 2026 - 11:21

Les différentes déclarations et voltes-faces du président Donald Trump vont modifier les relations avec les Européens, l’OTAN et les alliés des Etats-Unis. Elles vont entraîner des réactions de la part des pays du Pacifique et du Moyen-Orient. Les Occidentaux jouent la modération et veulent assumer un rôle dans la sécurisation du détroit d’Ormuz après la cessation des hostilités. Les États-Unis seront-ils hors-jeu dans la région? 

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire contre l’Iran sans en informer au préalable les chefs d’État et de gouvernement des pays occidentaux et membres de l’OTAN. Dans la foulée, le président américain, Donald Trump, a cependant sollicité leur soutien, notamment pour la sécurisation du détroit d’Ormuz, mais aussi pour fournir un appui direct aux opérations américaines.

Dans leur grande majorité, les chefs d’État et de gouvernement ont cependant rejeté cette demande.

La réaction du président Trump a été claire bien qu’incohérente par moments. Dénonçant une «grossière erreur» et une «lâcheté», il a affirmé ne pas avoir besoin d’eux et qu’il agirait seul étant «le plus fort du monde ». Il a même évoqué un possible désengagement de l’OTAN, brandissant ainsi la menace d’un affranchissement de ses devoirs de membre, comme prévu dans l’article 5 du traité de cette organisation. Il a évoqué aussi la possibilité de retirer partiellement les troupes américaines stationnées en Europe. Pour lui, privée des États-Unis, celle-ci serait un «Tigre en papier». Pour bien cadrer le sens de ses déclarations, il a dit reprocher aux alliés de ne pas soutenir les États-Unis en cas de crise et de profiter d’une alliance à sens unique. En conséquence, pour quelle raison garantirait il automatiquement leur défense?

Toutes ces critiques ne l’ont pas empêché plus tard de solliciter la participation des Européens au blocus naval qu’il a imposé aux ports iraniens. 

Après avoir exprimé leur refus, successivement, certains pays ont interdit leur espace aérien aux appareils américains participant aux opérations militaires contre l’Iran.

Une action défensive et non agressive

Dans ses déclarations, le président Trump manque donc de cohérence. À un besoin de soutien, voire de participation active, succède un désintérêt méprisant et l’affirmation que les États-Unis sont en mesure de gagner cette guerre seuls. 

La notion de guerre fait ainsi l’objet d’un débat. Selon Donald Trump, les membres de l’OTAN se devraient de respecter leurs obligations conformément au traité fondateur. Sauf qu’il a lui-même déclenché cette guerre, incité par Israël, qui devient ainsi un cobelligérant. Il est donc l’agresseur.

Or l’organisation transatlantique est «défensive». Dans ce cas précis, l’article 5 ne s’applique donc pas. Le texte en question stipule qu'une attaque armée contre un ou plusieurs membres en Europe ou en Amérique du Nord est considérée comme une agression contre tous, ce qui justifie une intervention militaire ou une action défensive collective.

Et s’il est arrivé à l’OTAN d’intervenir, c’est seulement sur base d’un mandat de l’ONU.

Le président des États-Unis attendait en réalité de ses alliés un soutien actif, sans toutefois l’inscrire dans le cadre formel de l’Alliance transatlantique.

Cette situation a cependant eu pour effet de soulever un doute sur la fiabilité des garanties américaines déclarées et officialisées, là où les États-Unis jouent un rôle de protecteur.

Les pays de l’OTAN et les Européens ne sont pas les seuls à exprimer ces doutes. D’autres pays du Pacifique, le Japon, l’Australie, la Corée du sud en premiers, ne peuvent désormais que douter du soutien américain assuré en cas d’intervention chinoise. À ces pays s’ajoutent Taïwan, l’Indonésie, les Philippines, et les États riverains du golfe arabo-persique, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le sultanat d’Oman.

Lorsqu’un chef d’État, «primus inter pares» au sein de l’OTAN, déclenche un conflit qui peut aboutir à une guerre mondiale, il ne peut pas demander aux membres de l’organisation concernée de le soutenir et de participer activement, les yeux fermés, aux opérations militaires.

De tout cela, il ressort que les membres de l’Alliance, malgré l’absence d’unanimité et quelques désaccords, se rallient autour d’une même position à laquelle adhèrent plusieurs pays du Pacifique. Le projet d’assurer la sécurité du détroit d’Ormuz après la cessation des hostilités rassemble ainsi bon nombre d’entre eux.

Dans le monde entier, y compris au Proche et au Moyen- Orient, donc au Liban, la retenue de la Russie et de la Chine est appréciée. Il serait cependant naïf de croire qu’elles n’agissent pas en coulisses en fonction de leurs intérêts propres. Mais leur position, analogue à celle des Européens et des alliés des États-Unis, marquée par une non-participation aux opérations militaires, éloigne le risque d’une dérive vers un affrontement de dimension mondiale.

La ligne générale adoptée par les gouvernements européens, les pays de l’OTAN et les principaux pays concernés du Pacifique est à approuver, certes, sans oublier néanmoins leur engagement de principe en faveur d’une sécurisation du détroit d’Ormuz. Celui-ci devrait toutefois être étendu à la mer d’Oman et au golfe arabo-persique puis à la mer Rouge. Le cas échéant, il y aurait lieu de se féliciter de leur sagesse. Reste une question: Est-il illusoire, voire utopique, de penser que cette attitude commune pourrait être prise en considération par les Iraniens lors d’éventuels pourparlers de paix?

On pourrait être tenté de voir, au Liban, le prolongement d’un même conflit: les protagonistes semblent, au premier regard, identiques. D’un côté, le Hezbollah télécommandé par l’Iran; Israël en maître du jeu; et, en arrière-plan, les États-Unis qui, pour l’heure, se positionnent en modérateurs. De l’autre, l’Iran, acteur central quoi qu’on dise; les États-Unis, autres maîtres du jeu; et Israël qui, d’instigateur initial, puis recadré, est devenu un suiveur.

Les perspectives divergent toutefois sensiblement quant à l’évolution de ces deux théâtres. L’un reste dans un cadre strictement régional alors que l’autre revêt une dimension mondiale. L’un exclut l’Europe, et surtout la France. L’autre marginalise pour l’instant l’Europe et la coalition envisagée d’une quarantaine de pays, dont plusieurs du Pacifique.

Le problème iranien semble insoluble tant que les exigences -justifiées- des États-Unis vont à l’encontre de celles défendues fermement par les Gardiens de la révolution, désormais maîtres du pays. 

Au-delà de ces exigences, pour l’instant inconciliables, le comportement de Donald Trump en matière d’analyse, de diplomatie, et de maîtrise de négociations de cette nature, semble très éloigné de ce que ce genre de situation exigerait. Il semble, pour l’heure, se limiter au recours à la violence.

S’il maintient cette attitude, il ne serait pas exclu de voir les Russes et les Chinois intervenir. La suite dépendra largement des choix qu’il opérerait: au niveau de l’évolution de la crise, de la conduite des affaires internationales ou encore du règlement des différends entre pays.

Il est fort possible que Donald Trump gagne. Mais au prix de quels renoncements? Qui et quoi sacrifiera-t-il avant novembre? À long terme, l’Iran pourrait apparaître comme le véritable vainqueur. Sur l’échelle des risques, le probable pèse plus que le possible.

Une remise en cause profonde de la fiabilité de la protection américaine par les pays du Golfe pourrait-elle se traduire par un remplacement des bases américaines? Mais par quel protecteur? La Chine et la Russie en tireraient avantage profit.

Si la France décide d’épauler le Liban avec la fermeté dont témoigne son président, elle devra le faire avec conviction et détermination. Les demi-mesures n’ont plus de place dans un tel contexte.

Il s’agit donc de deux guerres différentes dont les résolutions doivent être coordonnées. L’une pourrait être traitée isolément, l’autre non. Le président Trump en tiendra-t-il compte lors du «round» final des négociations avec les Gardiens de la révolution?

«Ce qui a le plus changé là-bas, ce n’est pas la Chine, ce n’est pas la Russie, c’est l’Europe: elle a cessé d’y compter» (A. Malraux). 

Plutôt que d’avoir les yeux de Chimène pour l’Ukraine et de n’aborder le Moyen-Orient que sous l’angle du prix du pétrole, les Européens, notamment la France, devraient se donner pour ambition de promouvoir une «paix ferme» au Liban.

Articles liés
Voir tout
Vidéos liées
Voir tout
Podcasts liés
Voir tout