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Opinion

Ingérence humanitaire à Téhéran et légitime défense à Caracas!

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Par Youssef Mouawad
Publié janv. 31, 2026 - 12:07

Qui ne s’est félicité de l’enlèvement de Nicolás Maduro, le dictateur qui a poussé à l’exode huit millions de ses compatriotes, c’est-à-dire un quart de la population du Venezuela ?

Mais est-ce à dire que l’administration américaine était dans son droit en menant ce raid audacieux dans la vicinité de Caracas? D’après la Charte des Nations Unies de 1945 qui sacralise la souveraineté nationale et garantit la paix entre nations, un pays ne peut recourir à la force armée que dans deux cas, à savoir la légitime défense et l’adoption d’une résolution du Conseil de Sécurité l’y autorisant. Un pays peut cependant intervenir dans le territoire d’un autre pour répondre à la demande pressante de son gouvernement légitime: N’est-ce pas que les US marines avaient débarqué sur nos côtes en 1958 à la requête du président Camille Chamoun?

La légitime défense suivant l’article 51

Un autre son de cloche: Bruno Retailleau, sénateur français, a approuvé la camisade du 3 janvier au prétexte que le président vénézuélien s’était rendu complice des narcotrafiquants. À ses yeux, la capture de Maduro et de son épouse par les États-Unis ne fut qu’une opération de légitime défense conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies.

Difficile de souscrire à telle thèse: le trafic de stupéfiants ne constitue pas, aux yeux de la jurisprudence internationale, un acte « d’agression armée » qui justifierait ladite légitime défense. Le leader des Républicains aurait mieux fait d’invoquer une intervention humanitaire comme ne manquerait pas de le faire un Donald Trump, horrifié qu’il est par la répression qui sévit en Iran.

Y a-t-il une obligation d’intervenir à la charge des États?

L’intervention humanitaire transgresse allégrement les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale d’un pays tiers, comme ce fut le cas en Bosnie-Herzégovine (1992-95), et au Kosovo (1999). Des opérations militaires y furent menées, non pas à la demande d’un gouvernement légitime comme au Liban en 1958, mais CONTRE ledit gouvernement. À cette « guerre au nom de l’humanité », Jean-Baptiste Vilmer donne la définition suivante : « L’usage de la force par un État dans le but de faire cesser des violations graves des droits humains sur des individus qui ne sont pas des nationaux de l’État intervenant et sans le consentement des autorités locales ».

Les tenants de cette doctrine la justifient au nom de l’urgence. Et les États-Unis pourraient procéder de la sorte en Iran ; ils pourraient arguer de la dénonciation que fit le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le 23 janvier dernier, de la « répression sans précédent » exercée au pays des ayatollahs. À cette date, plus de 5000 morts et 25000 arrestations ont amené le Haut-Commissaire Volker Türk à appeler Téhéran à reconsidérer sa position et à mettre fin à sa « répression brutale, notamment aux procès sommaires et aux peines disproportionnées ».

Or, depuis, le bilan s’est alourdi et l’on parle de plus 30000 morts!

Une « frappe humanitaire » au nom de la liberté !

L’ampleur des infractions aux droits fondamentaux peut-elle justifier l’ingérence humanitaire de la machine de guerre américaine ? En théorie, une intervention ne s’impose que face à une violation massive et ininterrompue des droits de l’homme. Si ce n’est pas le cas, faut-il se garder d’agir tant que l’horreur n’aura pas atteint un certain plafond, celui, par exemple, de 50000 victimes?

Il est entendu que si une « frappe humanitaire » venait à prêter main-forte aux manifestants iraniens, elle serait entachée de quelques entorses à la règle de droit, entorses que des juristes pointilleux n’hésiteraient pas à décrier. Mais quoi, c’est de délivrance qu’il s’agit et on ne fait pas dans la dentelle! On n’accorde pas le bénéfice du doute à ceux qui piétinent le droit, pas plus qu’on n’accorde de liberté aux ennemis de la liberté!

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