


Nada Hamadé Mouawad, comment faites-vous pour être si peu appréciée du côté de chez Naïm Kassem, à Dahiyeh comme ailleurs?
Ignoriez-vous que votre paraphe apposé à Washington en date du 26 juin dernier allait susciter des manifs en plusieurs points du territoire?
À telle enseigne que notre armée allait devoir intervenir de nuit pour rétablir l’ordre sur la route conduisant à l’aéroport international.
Tout cela parce que vous avez fait votre devoir de patriote qui consiste à déloger, par les voies diplomatiques, les forces de Tsahal des régions Sud qu’elles occupent.
Dieu que c’est criminel de nier l’évidence! Ce n’est pas la résistance armée qui peut libérer le Jabal Amel mais plutôt les négociations et les pourparlers sous la férule américaine.
Cela n’est certes pas glorieux mais c’est ainsi; ce n’est pas ragoûtant, mais c’est faire pour le mieux.
N’ayant pas remporté de victoire éclatante pour imposer nos conditions à l’adversaire israélien, il est inutile de plastronner.
Et puis, disons-le sans ambages: ladite résistance croyante (al-muqawama al-mou’mina) n’a fait qu’élargir la zone d’occupation, multiplier les destructions et refouler nos compatriotes hors de leurs foyers ancestraux!
Comme à Waterloo …
Mais préalablement rappelons les termes de l’accord intervenu le 17 juin entre l’Iran et les États-Unis et le sentiment d’abandon que les souverainistes ont vécu sous le choc en apprenant que le dossier libanais était inclus dans le deal!
Au grand dam des libanistes, les hezbollahis pouvaient jubiler: Téhéran, nous ayant saisi à la gorge, pouvait décider de notre sort.
Le Liban était tombé dans l’escarcelle des pasdarans.
On parla de résignation dans nos rangs, on accusa la politique américaine d’ambivalence sinon de forfaiture, on rappela l’épisode lamentable du cuirassé New Jersey en septembre 1983, on rejeta la faute sur la rivalité entre le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio.
En bref, dans les rangs des souverainistes, on était effondré. Et puis soudain, le 26 juin dernier, comme un diable qui surgit d’une boîte, le Liban officiel se mit à oser. Et l’Accord tripartite une fois signé allait pouvoir libérer le Sud libanais de l’occupation israélienne en mettant fin à la tutelle étrangère, aux ingérences iraniennes et au règne de la milice jaune.
Alors à Beyrouth, comme autrefois à Waterloo, «l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme».
La liesse à Dahiyeh n’aura été que de courte durée, à peine de 9 jours.
Nada Hamadé Mouawad et Simon Karam venaient de voler leur victoire aux hezbollahis!
Péril et fermeté
Ce fut un pied de nez fait au ministre Abbas Araghchi: celui-ci s’était trop servi du «prétexte» libanais pour violer notre souveraineté sur la scène internationale.
Le voilà «Gros-Jean comme devant», lui qui a fait des concessions sur le nucléaire iranien pour se faire accorder une place à Bürgenstock, à Lucerne en Suisse.
Du coup, l’armée libanaise, épaulée par nos alliés occidentaux, est tenue de rester sur ses gardes. Elle ne doit pas avoir froid aux yeux maintenant que nos diplomates ont franchi le Rubicon.
D’ailleurs, Nabih Berri, «sentant sa fin prochaine», n’a-t-il pas aussitôt parlé de «fitna»?
Ce qui est plus qu’une simple discorde, et ce qui constitue une menace à peine voilée de faire dérailler l’Accord-cadre.
Quant à David Hale, ex-ambassadeur américain au Liban, il n’a pas manqué de nous prévenir que, dans un premier temps, le Hezb fera tout pour torpiller l’Accord en question; il n’hésitera pas, selon lui, à recourir à la violence et aux procédés terroristes.
De son côté, l’Exécutif libanais qui, semble-t-il, a repris l’initiative, n’ignore pas que nous entrons en zone de turbulence.
Or rien de consistant ne peut être achevé sans prendre de risques. Encore de la fermeté, toujours de la fermeté, et notre pays pourra rompre le mariage forcé que le Hezbollah lui avait imposé avec l’Achéménide.