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Opinion

Hezbollah, qu’as-tu fait de tes frères?

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Vue d'un quartier de la banlieue sud de Beyrouth après une nuit de bombardements israéliens, le 14 mars 2026. (AFP)
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Par Youssef Mouawad
Publié mars 14, 2026 - 09:32

Hezbollah, tu avais probablement quelque chose à prouver ! En lançant aux premières heures du lundi 2 mars, une « salve de missiles et un essaim de drones » en direction d’Israël, tu avais certainement ta petite idée derrière la tête. À ce jour, les conséquences sont incalculables : plus de sept cents morts, éradication sans pitié de quartiers entiers, près de neuf cent mille sinistrés hors de leurs foyers, dont plus de 150.000 qui n’ont trouvé refuge que dans la précarité et la promiscuité d’abris collectifs! 

Pourquoi n’avoir pas fait le dos rond ?

Tu ne pouvais faire preuve de tant d’immaturité quand tu savais que la riposte de l’État hébreu serait disproportionnée. En ta qualité de « mouvement autoproclamé de résistance », tu n’étais pas de taille à te mesurer à Tsahal, d’autant moins que tu avais été décapité au jour du 17 septembre des « pagers ». Quelle était donc la finalité de ton acte de provocation ? Ton minable feu d’artifice ne pouvait renverser le cours de la situation, déjà que les missiles tirés depuis l’Iran s’étaient révélés inefficaces et insuffisants et qu’ils avaient apporté la preuve de la vulnérabilité d’un régime clérical aux abois.

On alléguera que ta décision du 2 mars, date à retenir, ne t’appartenait pas et qu’elle était davantage dictée par les officines iraniennes que par les intérêts strictement libanais. On soutiendra, également, que tu ne pouvais rester les bras croisés quand le Guide suprême se faisait abattre et l’Iran déchiqueter quotidiennement en toute impunité. Admettons donc ta sujétion aux grands frères de Qom, d’Ispahan et de Téhéran et avouons au passage qu’elle n’est pas à l’honneur d’une « résistance » prétendument libanaise.

Le sacrifice inutile et la défaite victorieuse

Hezbollah, tu es, en somme, « entré dans la fournaise » et tu y as entraîné les tiens, alors que le régime des ayatollahs avait déjà perdu de sa superbe et ne vivait d’ores et déjà qu’en sursis. 

On a dit que ton action vengeresse était pure folie, fuite en avant et surtout suicide. Mais n’était-ce pas plutôt un sacrifice stérile ?

Tu ne pouvais encaisser la perte du Guide suprême, sans faire couler le sang. Tu serais passé pour un ingrat, le régime iranien ayant tant investi dans ta structuration et ton dressage militaire. Ne disposant pas d’un arsenal létal adéquat et ne pouvant pas faire de victimes (ou si peu) en Israël, tu allais en faire dans ta propre communauté. Insensée et criminelle preuve de fratellanza, cette fraternité des armes qui régit les causes suspectes !

Un anthropologue nous avait déjà prévenu contre le sacrifice inutile qui peut aisément prendre la forme d’une auto-immolation(1). Suicidaire, ton intervention armée a certes protégé ton « identité communautaire fantasmée », mais toutefois au détriment de la survie réelle de ton groupe confessionnel. Regarde bien dans quelles conditions survivent les déplacés du Sud et de Dahiyé, éparpillés qu’ils sont sur l’intégralité du territoire national. Considère bien ce que tu as fait d’eux ! Pourtant, et en dépit de leurs misères au quotidien, leur attachement t’est acquis mordicus et de manière indéfectible (2). C’est qu’ils évoluent en un domaine eschatologique, celui de la « défaite victorieuse » . Et pour illustration, le spectacle de tes affiliés qui, dans le déni de leur réalité, soutiennent que tu es triomphant alors que tu es en pleine déroute. 


Hezbollah, tu as offert le corps social des chiites à un lynchage médiatisé pour répondre « toujours prêt » à tes mentors et bienfaiteurs des hauts plateaux iraniens. Aurais-tu, par un renversement des priorités, fait des tiens le bouc émissaire ?  Cet affolement de la raison politique ne s’explique que comme le miroir d’une mentalité archaïque, ou du moins l’expression d’un état hypnotique. Et le reste est à l’avenant !

Face à cette distorsion du sens commun, quoi dire sinon : « Tant de misère pour si peu de gloire » !


1-Paul Dumouchel, Le sacrifice inutile. Essai sur la violence politique, Paris, Flammarion, 2001.

2- Sauf peut-être quand ils s’expriment en catimini.


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