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Opinion

Hé l’Iran, de quoi je me mêle?

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Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s'exprimant sur l'accord conclu avec les États-Unis lors d'une réunion avec des ambassadeurs et des représentants diplomatiques étrangers à Téhéran. (AFP)
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Par Youssef Mouawad
Publié juin 20, 2026 - 00:50

La question ainsi formulée est quelque peu tardive, cependant elle a le mérite d’être posée en des termes exprès! En vertu de quelle norme juridique ou de quelle convention internationale, l’Iran s’immisce-t-il dans les affaires libanaises? Et en toute impunité depuis plus de quarante ans! Profitant de la faillite de l’État, l’ingérence s’est faite sous forme de soutien militaire, politique et financier dispensé au Hezbollah, allant jusqu’à impliquer notre pays dans des conflits et des affrontements qui n’étaient pas à l’ordre du jour de son gouvernement légitime.

 

Comment frôler l’incident diplomatique sans y succomber?

 

Déjà que l’ambassadeur des mollahs ne jouit pas du «persona grata», locution adjectivale qui certifie qu’il est accrédité par la puissance auprès de laquelle il a été missionné et qui est censée l’agréer. Bien sûr, Téhéran n’allait pas attendre que Mohammad Reza Shibani ait présenté ses lettres de créance pour piétiner nos plates-bandes, empiéter sur notre part de souveraineté et encore moins pour engager les hostilités avec Israël ou les interrompre.

 

Sans-gênes, les Pasdarans allaient faire comme s’ils étaient chez eux et, pour toute réaction, nos officiels, quand ils n’étaient pas de mèche avec ces derniers,  allaient se contenter de détourner pudiquement le regard comme pour ne pas se rendre à l’évidence.

 

Cette situation était censée se poursuivre indéfiniment, le Liban ayant bon dos. Mais c’était ne pas compter avec l’embardée du chef de l’État, qui a récemment tenu à faire la différence entre l’aide apportée par la République islamique et l’ingérence qu’elle se permet dans nos affaires propres. L’immixtion en question, constituant une atteinte grave à la souveraineté d’un pays, ne pouvait être conçue qu’à l’époque des «tutelles étrangères auxquelles il est interdit de revenir».

 

Mais l’embellie, due à ce déportement, risque d’être de courte durée, car pour Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, le volet libanais ne saurait être dissocié du volet iranien. Se solidarisant soi-disant avec notre pays, et exigeant le retrait israélien du Sud libanais pour parvenir à la paix conformément à l’accord d’Islamabad, Téhéran nous implique plus que jamais dans son jeu politique et dans les négociations qui portent sur l’avenir du golfe Persique.

 

Notre sort se déciderait donc à Islamabad plutôt qu’à Washington!

 

La fin de non-recevoir qu’a opposé le parti de Dieu à l’accord du cessez-le-feu du 3 juin dernier (1), ne s’expliquerait, suivant le président du Conseil Nawaf Salam, que par la volonté de Téhéran de rappeler que telle décision lui appartient: en tant que capitale iranienne, celle-là ne saurait être exclue des pourparlers.

L’Iran, d’après un de ses haut placés, a consenti bien trop de sacrifices sur la scène du Moyen-Orient, pour qu’un cessez-le-feu ait été négocié entre le Liban et Israël sans son assentiment.

D’ailleurs, que savait-on du mémorandum d’entente concocté à Islamabad, et dont les diverses versions étaient jusque-là truffées d’inexactitudes et d’omissions? Et maintenant qu’il a été signé électroniquement dans sa forme définitive, qui parierait sur sa mise en œuvre ou sa «durabilité»? (2)

 

Vous avez dit ingérence?

 

Devant les échéances qui se précipitent, Téhéran a cherché cependant à reprendre langue avec Baabda par l’intermédiaire de Abbas Araghchi. Ce ministre même qui s’était récemment gaussé des propos du président Joseph Aoun en se demandant: est-ce la République islamique ou bien l’État hébreu qui occupe un cinquième du territoire libanais?

Mais, ce disant, le diplomate en chef s’était laissé prendre à son propre piège et on pourrait aisément lui rétorquer que c’est son pays qui occupe du «Liban utile» une portion autrement plus large que celle occupée par Israël (3). Et c’est sans parler de la mainmise de wilayat al-faqih sur les rouages de l’État profond qui nous régente.

Tout cela, bien sûr, par le truchement de son supplétif, le Hezbollah. Ce dernier n’était-il pas habilité, par les soins des Pasdarans, à embarquer le Liban dans des conflits dévastateurs et à entraîner des évacuations de masse!

  

(1) Les négociations libano-israéliennes redémarreront le 23 juin.

(2) Sina Toossi, «Even if Iran benefits from this deal with Washington, any peace is likely to be temporary», The Guardian, 16 juin 2026.

(3) Le «Liban utile», une expression péjorative et assassine, mais on a bien parlé de la «Syrie utile».

 

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