


La question philosophique de qui précède qui, l’œuf ou la poule, paraît presque simple au regard de la problématique à laquelle fait face le pays: un traité (de paix) dont la signature est conditionnée par le désarmement du Hezbollah.
Cette condition décidée par notre gouvernement, imposée par les Israéliens, et espérée par la majorité grandissante du peuple libanais, ne peut cependant pas se réaliser dans un laps de temps donné. D’ailleurs, que ce soit à travers l’armée libanaise ou les bombardements des sites du Hezb, l’arsenal milicien est toujours opérationnel.
Le problème n’est pas seulement la présence des armes, mais bien l’infiltration de la milice dans certains segments de l’appareil étatique. Celle-ci paralyse toute mesure entreprise à son encontre et, pire, provoque des remous internes, tout en faisant planer le risque de mutinerie sur un navire à la dérive qui a entamé son naufrage.
Qu’il s’agisse d’un ancien procureur qui saborde une enquête, d’un juge qui n’inflige qu’une simple amende pour des faits répréhensibles, de hauts officiers infiltrés dans l’armée et qui servent indics, d’un général d’un service de sécurité qui lance des escadrons contre des civils; les exemples abondent, prouvant que le Hezbollah s’est propagé à plusieurs échelons.
Lorsque le curare est injecté dans un corps, ce sont tous les membres et muscles qui se relâchent, y compris l’appareil respiratoire, jusqu’à l’asphyxie. Soit un antidote est administré au patient, soit le poison est exfiltré par une purge.
Purge. Un terme à connotation négative qui rappelle l’ère soviétique. Malheureusement, aux grands maux, les grands moyens. Seule une purge de l’État, ne serait-ce qu’au niveau de certains postes-clefs représenterait une ébauche de solution viable, interne et non importée, contrairement à l’invocation du chapitre VII de la Charte des Nations unies.
Une mise à pied des hauts-fonctionnaires, militaires et civils, voire des poursuites contre ceux qui ont entravé le cours de la justice ou qui ont utilisé les services publics pour attiser des tensions internes, faisant ainsi planer la menace d’une guerre civile, s’impose. Ce sera probablement la première étape, si ce n’est la seule, qui pourra donner une crédibilité à l’État aux yeux des instances internationales. Cette crédibilité servira de levier pour solliciter des aides destinées à renforcer la souveraineté de l’autorité publique légitime sur l’ensemble du territoire.
Les alliés et les vassaux du Hezbollah soutiendront qu’il faut privilégier le dialogue comme unique solution au problème. Mais par le passé, les «dialogues nationaux» se sont succédé et n’ont fait que renforcer la mainmise du Hezbollah sur l’État.
«On peut obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et un révolver, qu’avec un mot gentil tout seul.» L’auteur de cette phrase avait bien raison, et en avait d’ailleurs fait son credo. Il s’agissait d’Al Capone.
Des mises à la retraite anticipée, des suspensions immédiates, des renvois, peu importe le terme utilisé, mais une véritable refonte de l’appareil étatique, aussi élevé que soit l’échelon ou le grade, s’impose. Car, c’est lorsque le poison est exfiltré du corps, que les différents organes et membres pourront se mouvoir à nouveau.
La tâche n’est certainement pas aisée. Si le président Aoun et le Premier ministre Salam veulent réellement empêcher le bateau Liban de chavirer et le ramener à bon port, sans avoir à faire appel à des corsaires ou à une assistance externe, ce sera probablement la seule solution.
Il est certain que de puissants acteurs politiques baliseront leur chemin de mines pour enrayer toute possibilité de désarmement et, évidemment, toute signature d’un quelconque accord avec Israël. Mais il arrive un moment où le choix entre la sauvegarde d’une nation et la protection d’intérêts privés ne se pose plus.
Une forme d’écuries d’Augias version politique, nettement plus ardue que l’épreuve d’Hercule, mais nécessaire pour que le phénix libanais puisse rassembler ses cendres et rayonner à nouveau.